Publié le 28 septembre 2025 à 12h00. Une mélodie entêtante, popularisée par Disney, cache une histoire de droits d’auteur controversée et d’injustices subies par son créateur sud-africain, Salomon Linda, dont la famille a longtemps lutté pour obtenir une juste compensation.
- La chanson “Le Lion dort ce soir”, initialement composée en 1939 par Salomon Linda, a généré des revenus estimés à 15 millions de dollars pour sa famille, suite à son utilisation dans le film “Le Roi Lion”.
- Malgré l’immense succès de la chanson, Salomon Linda est décédé dans la pauvreté, laissant sa famille sans ressources suffisantes pour lui offrir des funérailles décentes.
- Après des années de litiges, les filles de Linda ont finalement obtenu le droit de percevoir des redevances sur l’exploitation de la chanson, grâce à un accord extrajudiciaire.
L’histoire de “Le Lion dort ce soir” est bien plus qu’un conte musical enchanteur. Elle révèle une réalité amère, celle d’un artiste exploité et d’une famille spoliée. Salomon Linda, un berger zoulou originaire de Msinga, à environ 480 kilomètres au sud-est de Johannesburg, a composé en 1939 un morceau intitulé “Mbube” (qui signifie “lion” en zoulou) avec son groupe, The Evening Birds. Il s’agissait d’une mélodie inspirée, selon le journaliste sud-africain Rian Malan, d’une anecdote de leur jeunesse où ils avaient chassé un groupe de lions menaçant leur bétail. Rolling Stone a publié une analyse approfondie de cette genèse au début des années 2000.
Rapidement, le potentiel de la chanson a été reconnu par Eric Gallo, de la maison de disques Gallo Records, qui a acquis les droits de Linda pour la somme dérisoire de deux dollars. Linda est alors retourné à son travail de berger, ignorant l’ampleur du succès que prendrait sa composition. En 1951, le groupe américain The Weavers a adapté la chanson, mais c’est l’interprétation du chanteur folk Pete Seeger qui a popularisé une version mal interprétée, transformant le chœur original “Uyimbube” (“Tu es un lion” en zoulou) en “Wimoweh”. Efeeme recense les dix versions les plus connues de ce titre.
Cependant, c’est en 1961 que la chanson a atteint une renommée mondiale grâce à l’arrangement de George David Weiss pour le groupe The Tokens, qui a ajouté le refrain accrocheur “Dans la jungle, la puissante jungle, le lion dort ce soir”. Cette version a ensuite été vendue à Disney pour un montant considérable. Le film “Le Roi Lion”, sorti en 1994, a rapporté plus d’un milliard de dollars, mais la famille de Linda a longtemps été privée des fruits de ce succès.
La position de Disney, devenu le principal détenteur des droits de la chanson, a été critiquée pour son manque de transparence envers les filles de Linda, qui avaient hérité des droits musicaux de “Mbube”. Après des années de bataille juridique, un accord extrajudiciaire a été conclu en 2006 avec Abilene Music, la société basée dans le New Jersey qui gère les droits d’auteur de “The Lion Sleeps Tonight” et accorde des licences à Walt Disney Corporation. En 2004, l’avocat de la famille, Owen Dean, a déclaré que les trois filles survivantes de Linda et leurs dix petits-enfants avaient désormais le droit de percevoir des redevances sur l’exploitation de la chanson, tant au niveau national qu’international. “L’accord prévoit le versement de redevances rétroactives à la famille et le droit de participer aux futures redevances, dans le monde entier”, a-t-il précisé.
Elizabeth Gugu, l’une des filles de Linda, a dénoncé le système injuste qui avait privé son père d’une juste compensation.
« Il ne comprenait rien aux affaires parce qu’il n’est même pas allé à l’école. »
Elizabeth Gugu, fille de Salomon Linda (2004, BBC)
Elle a ajouté :
« À cette époque, il était facile de tromper les Noirs à cause de l’apartheid et parce que les Noirs ne connaissaient pas la musique et les choses. »
Elizabeth Gugu, fille de Salomon Linda (2004, BBC)
Elle a exprimé sa colère en voyant le film “Le Roi Lion” à la télévision, réalisant que sa chanson était utilisée sans l’autorisation de sa famille.
« Quand j’ai vu Le Roi Lion à la télévision, je me suis mise en colère. Cela m’a rappelé qu’ils utilisaient la chanson sans notre permission et volaient l’argent. »
Elizabeth Gugu, fille de Salomon Linda
L’histoire de Salomon Linda est un rappel poignant des injustices historiques et de la nécessité de protéger les droits des artistes, en particulier ceux issus de milieux défavorisés. Elle illustre également la complexité des questions de droits d’auteur et la responsabilité des grandes entreprises envers les créateurs originaux.
