L’imprévisibilité de la politique commerciale américaine et l’escalade des différends douaniers menacent de diviser par deux la croissance économique du Canada au quatrième trimestre. C’est l’avertissement lancé par le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, qui pointe également vers la persistance des tensions inflationnistes liées au prix du pétrole.
L’impact des droits de douane américains sur l’économie canadienne
L’économie canadienne avait pourtant retrouvé un certain dynamisme au cours de la première moitié de l’année. Selon les données disponibles, le pays a enregistré une croissance de 3,3 % au deuxième trimestre, marquant son rythme trimestriel le plus rapide depuis le début de l’année 2023. Les entreprises venaient tout juste de passer une année entière à s’adapter aux hausses tarifaires antérieures.
Ce répit a toutefois été balayé par une nouvelle confrontation douanière. Après l’échec des négociations bilatérales, l’administration américaine a frappé fort. Les mesures prises incluent non seulement des taxes punitives, mais aussi des décisions unilatérales de grande ampleur.
Le président a imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens, a décidé d’interdire purement et simplement certaines importations canadiennes et a signé un décret visant à renommer le lac Ontario « lac Amérique ».
La Presse
Face à cette volatilité, la réaction des marchés et des chefs d’entreprise ne s’est pas fait attendre.
L’incertitude et son effet sur l’investissement des entreprises
S’exprimant devant le Halifax Partnership, Tiff Macklem a insisté sur le poison qu’insuffle cette imprévisibilité dans le climat d’affaires. Lorsque les règles du jeu changent brusquement du jour au lendemain, la planification à long terme devient un exercice périlleux.
L’imprévisibilité de la politique commerciale américaine a fait augmenter l’incertitude pour tout le monde. La dernière escalade pourrait une fois de plus amener les entreprises à retarder leurs décisions d’investissement et d’embauche, ramenant certaines au stade de la réévaluation.
Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada
Si ces nouveaux tarifs demeurent en vigueur, la banque centrale anticipe un net ralentissement. Le taux de croissance du PIB canadien pourrait ainsi être réduit de moitié au quatrième trimestre, glissant dangereusement sous la barre symbolique de 1 %. Malgré ce vent de face, la structure économique fait preuve d’une certaine robustesse. Interrogé lors d’une conférence de presse, le gouverneur a rappelé que la population et les acteurs économiques s’adaptent et trouvent des moyens de surmonter ces obstacles récurrents.
Le facteur énergétique et la menace persistante de l’inflation
Les difficultés d’origine commerciale ne viennent pas seules. La situation géopolitique au Moyen-Orient continue d’entretenir la nervosité sur les marchés de l’énergie, alimentant une hausse soutenue des prix du pétrole brut et des carburants à la pompe.
Au cœur de l’été, lors de la parution du Rapport sur la politique monétaire, les anticipations misaient sur un apaisement progressif du conflit et sur la normalisation des chaînes d’approvisionnement maritime. La réalité s’est avérée différente : des routes maritimes stratégiques demeurent entravées et des infrastructures de raffinage ont subi des dommages matériels.
Statistique Canada a mesuré l’inflation à 3 % en août, un niveau stable par rapport à juillet qui maintient l’indice dans la partie supérieure de la fourchette cible de l’institution monétaire. Si les cours du brut persistent aux alentours de 100 dollars américains le baril, l’institution s’attend à une remontée graduelle de l’inflation au cours des prochains trimestres.
La trajectoire des taux d’intérêt face aux pressions sur les coûts
Jusqu’à présent, la Banque du Canada avait choisi de faire abstraction de l’impact direct de la flambée des carburants sur l’indice général des prix. Au début du mois, le taux directeur est demeuré inchangé à 2,25 %. Toutefois, la donne est en train de changer sur les marchés financiers.
Les investisseurs ont révisé leurs anticipations à la baisse pour les taux, pariant désormais sur un resserrement monétaire plus hâtif que prévu initialement. Le risque de persistance inflationniste inquiète les autorités financières.
Le vrai problème, c’est que plus l’inflation reste élevée pendant longtemps, plus les prix de l’essence et du diesel restent élevés, moins les entreprises sont en mesure d’absorber ces coûts et plus il y a de risques que ces hausses soient répercutées. C’est donc un élément que nous surveillons de très près.
Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada
Entre des sanctions douanières qui pèsent sur l’appareil productif et des coûts énergétiques importés qui menacent le pouvoir d’achat, la marge de manœuvre de la politique monétaire reste étroite à l’approche de la fin de l’année.
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