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Publié le 25 décembre 2023 10:22:00. Il y a 45 ans, la série télévisée tchèque Arabela captivait les foyers de Tchécoslovaquie. Bien plus qu’un simple conte de fées, cette production était un habile stratagème destiné à contourner les contraintes du régime communiste et à conquérir le public occidental.

Quarante-cinq ans après sa première diffusion, le 25 décembre 1980, la série Arabela continue de fasciner par son intemporalité. Mais derrière l’histoire d’une princesse et d’une famille ordinaire, se cachait une stratégie d’exportation soigneusement orchestrée, destinée à projeter une image positive de la Tchécoslovaquie à l’étranger.

L’idée d’Arabela n’est pas née dans les bureaux des planificateurs culturels socialistes, mais sur commande de la chaîne de télévision ouest-allemande WDR. Les Allemands ont financé la production, une aide financière dont le régime tchécoslovaque avait cruellement besoin, à une condition : le public occidental ne devait pas savoir que l’histoire se déroulait en Tchécoslovaquie. Pour cela, l’esthétique de la série a été délibérément modernisée et occidentalisée.

La famille Majer n’habitait pas un immeuble typique de l’époque, mais une villa spacieuse et « bourgeoise » datant de la Première République. L’acteur Vladimír Dlouhý, dans le rôle de Petr Majer, pouvait arborer une longue chevelure, une coiffure qui aurait été proscrite dans d’autres productions. Cette esthétique générale, colorée et moderne, a contribué au succès international de la série, de la Corée du Sud au Japon.

L’actrice principale, Jana Nagyová, était parfaite pour le rôle, mais son accent slovaque posait problème. Václav Vorlíček a donc pris une décision inhabituelle : faire entièrement doubler la voix de l’actrice par Libuše Šafránková, initialement son premier choix pour le rôle, mais indisponible. C’est ainsi que la voix de Libuše Šafránková a accompagné Arabela tout au long des 13 épisodes de la première série.

Lors du tournage de la suite, Arabela Returns, en 1993, Jana Nagyová n’a pas repris son rôle. Elle a été remplacée par Miroslava Šafránková, la sœur cadette de Libuše. Cette deuxième série, composée de 26 épisodes, a bénéficié de la popularité de l’originale, mais n’a pas, selon la critique, atteint le même niveau de qualité.

Le personnage de Rumburak, le sorcier maladroit, est peut-être devenu le plus emblématique de la série. Interprété par Jiří Lábus, Rumburak a conquis le public par son charisme et son humour, au point que certains spectateurs l’applaudissaient plus que les héros positifs. Sa popularité a été telle qu’il a eu droit à son propre long métrage en 1985.

Sur les traces d’Arabela

Les lieux de tournage, choisis pour leur aspect « mondain » pour le public occidental et leur richesse historique pour le royaume des contes de fées, sont les suivants :

  • Villa de la famille Majer (Prague, Strešovice) : Cette villa, située dans le quartier prestigieux de Střešovice, à proximité des villas de Müller, devait répondre aux critères stricts de la production allemande afin de créer l’illusion d’une famille riche et « bourgeoise ».
  • Royaume des contes de fées : Château de Průhonice : Pour retrouver la résidence du roi Hyacinthe et de la princesse Arabela, il faut se rendre au château de Průhonice, à quelques kilomètres de Prague. Les extérieurs du château et son vaste parc ont servi de décor à la plupart des scènes du monde féerique.
  • Château de Rumburak : Kunětická hora : La résidence du sorcier Rumburak ne se trouve pas à Prague, mais sur la colline de Kunětická hora, près de Pardubice. C’est là que les scènes de la tour, où Rumburak avait installé son centre de commandement équipé de matériel de télévision, ont été tournées.
  • Place et palais Hradčany : Le centre de Prague apparaît fréquemment dans la série. Le palais Schwarzenberg à Hradčany et ses environs ont apporté une touche d’histoire à la série. Le tournage s’est également déroulé dans les rues de Malá Strana, qui, à l’époque, étaient relativement désertes et mystérieuses.
  • Palais de Spork (Rue Hybernska) : Le bâtiment qui servait de siège à la télévision dans la série, où travaillait M. Majer, est l’historique palais de Spork, situé au centre de Prague.

Jiří Lábus se souvient encore de la façon dont ce rôle l’a rendu célèbre à l’étranger.

« En vacances en Grèce, le réceptionniste me montrait du doigt comme s’il faisait tourner une bague pour vérifier si c’était bien moi. Alors j’ai hoché la tête. »

Jiří Lábus, acteur

Arabela n’était pas seulement une question d’acteurs, mais aussi d’effets spéciaux révolutionnaires pour l’époque. Rétrécir des personnages, faire voler des valises ou voyager à travers un écran de télévision exigeait un travail cinématographique précis, sans l’aide des ordinateurs actuels. C’est ce savoir-faire, combiné à l’humour absurde de Miloš Macourek, qui a permis à Arabela de traverser les générations.

Aujourd’hui, la série est considérée comme un joyau du cinéma tchèque, un témoignage d’une époque où, grâce à un conte de fées, il était possible de faire tomber, ne serait-ce que temporairement, le rideau de fer.

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Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.
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