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Le différend entre les États-Unis et la Chine révèle une dynamique dangereuse

by Nicolas Lefèvre

Publié le 16 octobre 2025 01:09:00. Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine s’intensifient, malgré les assurances mutuelles de désescalade, révélant une dynamique potentiellement dangereuse et une méfiance persistante de part et d’autre.

  • L’administration Trump menace d’imposer des droits de douane pouvant atteindre trois chiffres sur les produits chinois.
  • La Chine a introduit de nouvelles restrictions à l’exportation de technologies clés, notamment dans les secteurs des batteries et des terres rares.
  • Les deux pays continuent de se méprendre sur les intentions économiques de l’autre, alimentant un cycle potentiellement destructeur.

Malgré les déclarations rassurantes, la récente escalade des tensions commerciales entre Washington et Pékin suscite des inquiétudes. Le 12 octobre, Donald Trump a publié un message sur les réseaux sociaux, minimisant les risques :

« Ne vous inquiétez pas pour la Chine, tout ira bien ! »

Donald Trump, président des États-Unis

. Cette déclaration intervient quelques jours après des menaces de représailles américaines suite aux nouveaux contrôles à l’exportation chinois sur les batteries et les terres rares. Le ministère chinois du Commerce a, de son côté, tenté d’apaiser les craintes, affirmant que ces mesures auraient un impact « limité » sur les chaînes d’approvisionnement.

Si les marchés financiers se sont quelque peu stabilisés après une réaction initiale négative, de nombreux observateurs restent sceptiques. L’hypothèse d’une rencontre entre Trump et Xi Jinping le 29 octobre, en marge d’un sommet en Corée du Sud, laisse entrevoir une possible trêve. Cependant, la confrontation récente met en lumière la disposition de l’administration américaine à envisager des droits de douane extrêmement élevés sur l’un de ses principaux partenaires commerciaux. Beaucoup d’investisseurs, et apparemment certains responsables chinois, doutent de la crédibilité de ces menaces, connaissant la sensibilité de Trump aux fluctuations des marchés financiers et ses revirements passés. Néanmoins, le président américain n’apprécie guère d’être mis sous pression et pourrait, à terme, décider de franchir le point de non-retour.

La situation actuelle rappelle le premier mandat de Trump, où il oscillait entre négociations et critiques acerbes envers la Chine, avec des conséquences potentiellement plus graves. L’administration américaine a menacé de bloquer l’accès de la Chine à des logiciels essentiels pour son industrie des semi-conducteurs. Des voix au sein de l’équipe Trump plaident également pour des sanctions contre des entreprises technologiques et des institutions financières chinoises. En réponse, la Chine dispose de leviers pour exercer des pressions sur les entreprises américaines, comme en témoigne l’ouverture d’une enquête sur Qualcomm, un fabricant américain de puces.

Cette nouvelle crise révèle également des malentendus profonds entre les deux pays. Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, estime que l’économie chinoise est en récession. Bien que sa croissance soit ralentie, il conteste que cela soit dû aux droits de douane américains. En septembre, les exportations chinoises de biens ont augmenté de 8 %, les ventes vers d’autres marchés compensant la baisse des exportations vers les États-Unis. La Maison Blanche s’indigne que la Chine ait annoncé ses nouvelles règles quelques semaines avant la réunion prévue entre les dirigeants des deux pays en Corée du Sud. Pékin rétorque que les États-Unis ont rompu le cessez-le-feu en modifiant leurs propres contrôles à l’exportation, ce qui pourrait potentiellement inscrire des milliers d’entreprises chinoises sur une liste noire.

Les nouvelles restrictions chinoises, bien que présentées en partie comme des représailles, exercent une pression supplémentaire. Les fabricants chinois de batteries, leaders mondiaux dans ce domaine, devront obtenir des autorisations pour partager de nombreux produits, ingrédients, équipements et savoir-faire avec des entités étrangères. De même, les entreprises étrangères, même celles qui ne sont pas soumises à la juridiction chinoise, devront obtenir une licence pour exporter des produits contenant des traces de terres rares chinoises.

Donald Trump espère convaincre Xi Jinping d’abandonner ces contrôles. Il pourrait cependant être déçu. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de la Chine visant à établir un cadre réglementaire pour protéger ses atouts économiques. Pékin a laissé entendre qu’elle appliquerait ces règles de manière souple, mais cette promesse semble peu crédible. Les bureaucrates du ministère du Commerce chinois, chargés d’approuver les licences, pourraient craindre d’être perçus comme trop conciliants. La Chine disposera ainsi d’un outil pour moduler la pression en fonction de l’évolution de la situation.

L’espoir réside dans le fait qu’aucune des deux parties ne souhaite réellement une guerre commerciale ouverte. Les deux plus grandes économies mondiales sont interdépendantes. Cependant, cette interdépendance signifie également qu’elles ont la capacité de s’infliger des dommages considérables. Les États-Unis ont déjà limité les exportations de semi-conducteurs, et la Chine renforce désormais son contrôle sur les terres rares. Cette menace de destruction mutuelle assurée ne constitue pas une base solide pour des relations constructives. La situation est intrinsèquement instable : la Chine et les États-Unis se livrent à un jeu de pouvoir, chacun cherchant à renforcer son contrôle tout en tentant de se libérer de l’emprise de l’autre. Un cycle qui, pour l’instant, semble voué à s’aggraver.

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