Home AffairesLe dollar américain tient la route alors que les valorisations craquent et que la plomberie gémit

Le dollar américain tient la route alors que les valorisations craquent et que la plomberie gémit

by Amélie Bernard

Les marchés financiers ont connu une semaine de repli, révélant une fragilité sous-jacente après une période d’optimisme excessif. Ce retournement, sans déclencheur unique, met en lumière les risques d’une valorisation excessive des actifs et les tensions croissantes sur l’économie mondiale.

La baisse actuelle ne s’explique pas par un événement particulier, mais plutôt par une prise de conscience collective que les prix des actions avaient atteint des niveaux insoutenables. L’indice Shiller CAPE, qui mesure la valorisation boursière ajustée de l’inflation, a reculé de 8 % en 48 heures, un signal fort que la période de « risque zéro » est révolue et que la gravité reprend ses droits.

Sur le marché des changes, le repli a adopté une tournure défensive. Les devises les plus volatiles subissent des pressions à la vente, les investisseurs cherchant à réduire leur exposition au risque et à liquider leurs positions. Le dollar américain, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, profite de cette situation et retrouve son rôle de sanctuaire pour les capitaux.

La Chine, quant à elle, semble retrouver son statut de valeur refuge, ce qui soulage probablement Tokyo, qui souhaite que Pékin contribue à la politique de resserrement monétaire de la Banque du Japon (BoJ). Le franc suisse, habituellement privilégié en période d’incertitude, a vu son attrait diminuer après que la Banque nationale suisse (BNS) a rappelé qu’une appréciation excessive n’était pas souhaitable.

À ce stade, le dollar reste stable, évoluant confortablement dans sa fourchette de trois mois, en attendant la publication des prochains chiffres de l’emploi aux États-Unis. Ce rapport, autrefois central dans les prévisions macroéconomiques, a retrouvé une importance particulière en l’absence d’autres indicateurs fiables. Un chiffre autour de 30 000 créations d’emplois signalerait un simple ralentissement du marché du travail, et non une récession, ce qui maintiendrait les probabilités d’une baisse des taux d’intérêt en décembre en dessous du seuil de certitude. Dans ce scénario, le dollar conserverait sa tendance défensive.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe est confrontée à une nouvelle réalité concernant ses exportations. Le « rebond chinois » qui avait stimulé l’industrie allemande au cours des années 2000 s’est transformé en une concurrence accrue. Pékin exporte désormais de la déflation, inondant les marchés européens de véhicules électriques, de produits chimiques et d’électronique, ce qui met en difficulté les producteurs locaux, alors même que la demande intérieure ralentit.

Cette dynamique menace l’armature industrielle allemande, rappelant les réformes Hartz qui avaient jadis restructuré le marché du travail. La dépendance européenne à l’égard des matières premières chinoises – des terres rares aux biens intermédiaires – complique la situation, car les décideurs politiques ne peuvent pas se permettre de rompre complètement les liens économiques. L’Europe se retrouve dans une situation paradoxale : dépendante de la Chine pour ses approvisionnements, tout en voyant sa part de marché grignotée par le géant asiatique. Certains parlent d’un « choc chinois 2.0 », une inversion de tendance où le moteur de croissance d’hier devient le destructeur de marges de demain.

Cette situation est déflationniste, politiquement sensible et stratégiquement délicate. Pour l’euro, elle ajoute une couche de vulnérabilité supplémentaire à un contexte économique déjà incertain. La perspective d’une baisse des taux d’intérêt de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) semble moins liée aux écarts de taux qu’à un doute structurel quant à la santé de l’économie mondiale.

Parallèlement, en coulisses, des tensions se manifestent sur les marchés obligataires. Les rendements du Trésor américain devraient baisser dans un contexte de repli des marchés, mais ils restent obstinément au-dessus de 4 %. L’annonce de remboursement de mercredi devrait être une simple formalité, mais les investisseurs scrutent tout indice suggérant que le Trésor pourrait modifier sa stratégie d’émission pour atténuer les pressions à long terme.

Les marchés des fonds de pension sont également sous tension, bien qu’ils ne soient pas encore en crise. La hausse des taux d’intérêt a réduit les réserves des fonds de pension, car le Trésor reconstitue son solde de trésorerie, drainant ainsi les liquidités du système bancaire. La situation n’est pas encore comparable à celle de 2019, mais des signes de stress réapparaissent. La Fed a préparé ses outils pour intervenir si nécessaire, notamment des achats d’obligations en décembre.

Le paysage des changes est donc marqué par une attitude défensive, non pas par choix, mais par nécessité. Lorsque les valorisations boursières perdent leur élan, les investisseurs ne cherchent pas à prendre des risques, mais à se protéger. Le dollar en profite, non pas parce que l’économie américaine semble solide, mais parce que le reste du monde apparaît plus fragile. L’Europe est confrontée à son deuxième bilan face à la Chine, l’Asie digère les excès de son passé, et les mécanismes financiers continuent de fonctionner, mais avec quelques ratés. Pour l’instant, le dollar représente le dernier refuge sûr dans un monde où le risque recommence à se manifester.

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