Le Front Polisario menace de rompre ses liens avec Staffan de Mistura, envoyé personnel de l’ONU pour le Sahara occidental. L’organisation sahraouie reproche au diplomate un alignement public sur le plan d’autonomie marocain lors de consultations à huis clos tenues le 8 octobre 2026 devant le Conseil de sécurité.
L’escalade diplomatique s’est accélérée à New York, où le représentant de la République sahraouie et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, a adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres pour réagir au briefing prononcé par M. de Mistura. Dans un communiqué officiel publié à New York par Spsrasd, le mouvement qualifie l’orientation prise par l’émissaire italo-suédois de soutien complet à la position de Rabat, estimant qu’elle compromet gravement la neutralité attachée à sa mission.
Staffan de Mistura dresse un bilan d’impasse devant le Conseil de sécurité
Devant les quinze membres du Conseil de sécurité réunis à huis clos, l’envoyé personnel a dressé un constat lucide de la situation politique. Après cinq années passées à multiplier les consultations et les déplacements depuis sa nomination en octobre 2021, M. de Mistura a reconnu que sa médiation se heurtait à une impasse substantielle et qu’un mur infranchissable bloquait les négociations, qualifiant son action d’avant le briefing d’avril 2026 où il évoquait une résolution « en vue ».

L’exposé écrit de quatre pages présenté par le diplomate désigne directement le refus du mouvement séparatiste d’examiner les détails du plan d’autonomie comme l’un des facteurs majeurs du blocage, aux côtés d’un manque persistant de confiance entre les parties, de la poursuite de tirs en violation du cessez-le-feu de 1991 documentée par Barlamane, et de la complexité des questions en discussion.
L’émissaire formule trois conditions pour une autonomie véritable
Pour dépasser l’enlisement, M. de Mistura invite désormais les parties à recentrer le processus politique sur une autonomie qualifiée d’authentique. L’exposé de l’émissaire formule trois conditions indispensables pour encadrer cette option, exigeant qu’elle soit effective et non seulement nominale, qu’elle s’accompagne d’un acte significatif d’autodétermination pour la population locale, et qu’elle bénéficie de garanties internationales solides apportées par le Conseil de sécurité, incluant une participation du Polisario au gouvernement territorial selon Barlamane.
Cette approche s’inscrit dans le prolongement de la résolution 2797 adoptée par l’ONU, qui positionne la proposition marocaine présentée à l’origine en 2007 comme une base solide de discussion. Pour le Maroc, qui a présenté une version développée de son initiative assortie d’un projet de statut, cette évolution consacre une avancée stratégique majeure, les pourparlers commençant à porter sur l’architecture même de la solution plutôt que sur la nature binaire du conflit.
Les capitales affichent des lectures très divergentes
La présentation de l’émissaire onusien suscite des lectures très divergentes selon les acteurs régionaux. Du côté de la presse et des analystes marocains, le diagnostic de l’émissaire est jugé trop timide à l’égard de l’Algérie, qualifiée de partie prenante au conflit dans les rapports d’António Guterres mais absente des griefs formulés par M. de Mistura le 8 octobre selon plusieurs observateurs politiques.

L’échéance cruciale du 31 octobre approche pour le renouvellement du mandat de la MINURSO, une mission de maintien de la paix déployée depuis trente-cinq ans dans un climat sécuritaire fragilisé par la rupture du cessez-le-feu de 1991 intervenue en novembre 2020, alors que des délégations du Maroc, du Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie ont tenu trois cycles de discussions à Washington et Madrid d’après Just-InfoDZ et Le Desk.