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Le Japon et la Chine se disputent Taïwan alors que Donald Trump fait pencher « l’échiquier » mondial

Publié le 12 novembre 2025 à 22h30. L’élection de Sanae Takaichi au poste de Première ministre japonaise et ses prises de position fermes sur Taïwan ont ravivé les tensions avec Pékin, malgré les récentes promesses de coopération entre…

Le Japon et la Chine se disputent Taïwan alors que Donald Trump fait pencher « l’échiquier » mondial

Publié le 12 novembre 2025 à 22h30. L’élection de Sanae Takaichi au poste de Première ministre japonaise et ses prises de position fermes sur Taïwan ont ravivé les tensions avec Pékin, malgré les récentes promesses de coopération entre les deux pays. Cette escalade intervient dans un contexte géopolitique fragilisé par l’évolution de la politique américaine.

  • Les déclarations de Sanae Takaichi concernant Taïwan et la réponse musclée de la Chine ont déstabilisé les relations bilatérales.
  • Tokyo adopte un ton plus ferme face à l’affirmation croissante de Pékin, tandis que la Chine réaffirme ses ambitions concernant Taïwan.
  • L’influence de l’administration Trump et la visite récente du président américain dans la région pourraient avoir encouragé les deux pays à durcir leurs positions.

Quelques jours après un sommet où le Premier ministre japonais et la direction chinoise avaient affiché leur volonté de renouer le dialogue, les relations entre Tokyo et Pékin sont entrées en turbulence. Les déclarations directes de Sanae Takaichi concernant le statut de Taïwan, suivies d’une réplique virulente de la Chine, ont créé un climat de forte tension.

Des diplomates et des universitaires s’inquiètent de cette dégradation, d’autant plus qu’elle survient à un moment où la géopolitique régionale est bouleversée par l’approche pragmatique du président américain Donald Trump en matière de commerce et de diplomatie. La relation entre le Japon et la Chine, deux puissances régionales majeures, est intrinsèquement fragile. « Chaque changement de leadership, choc extérieur ou évolution de la situation peut remettre en question cet équilibre précaire », explique un conseiller ayant travaillé auprès de trois anciens Premiers ministres japonais.

Depuis l’arrivée de Sanae Takaichi à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir le mois dernier, Pékin est sur le qui-vive, craignant qu’elle ne suive la ligne dure de son mentor, l’ancien Premier ministre nationaliste Shinzo Abe. Tokyo, de son côté, a adopté un discours plus explicite sur la détérioration de l’environnement sécuritaire dans la région, en réponse à la montée en puissance de Pékin.

Le président chinois Xi Jinping a rompu avec la tradition en ne félicitant pas Sanae Takaichi après son élection. Malgré ce revers initial, des responsables japonais ont insisté pour obtenir une rencontre avec Xi Jinping, qui a finalement eu lieu lors de la Conférence économique Asie-Pacifique (APEC) en Corée du Sud le 31 octobre, dans une ambiance neutre.

Le lendemain, cependant, Sanae Takaichi a rencontré le représentant de Taïwan lors du forum de l’APEC et a publié une photo de cette rencontre sur les réseaux sociaux, suscitant immédiatement des protestations véhémentes de la Chine.

Sanae Takaichi a ensuite évoqué, devant le Parlement japonais, un scénario hypothétique dans lequel une attaque chinoise contre Taïwan pourrait être considérée comme une « menace existentielle » pour le Japon, justifiant ainsi une réponse militaire des forces d’autodéfense japonaises. Cette prise de position, plus explicite que celles de ses prédécesseurs, suggère que Tokyo pourrait envisager une intervention militaire sans être directement attaquée.

Pékin a réagi avec fermeté. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé que « la Chine sera inévitablement réunifiée » et a prévenu que le pays « écrasera de manière décisive toute tentative d’ingérence ou d’obstruction à la réunification de la Chine ». La Chine revendique la souveraineté sur Taïwan et a menacé d’utiliser la force militaire si Taïpei continue de résister à son contrôle.

Le consul général de Chine à Osaka a même publié un message menaçant sur le réseau social X, déclarant que si « un sale type s’immisçait sans y être invité, nous le couperions sans hésitation. Êtes-vous prêts à cela ? »

Sanae Takaichi a refusé de revenir sur ses déclarations, tout en précisant devant le Parlement qu’elle ne les répéterait pas. Ses propos reflètent néanmoins le point de vue de nombreux responsables des ministères japonais de la Défense et de la Sécurité économique.

La visite de Donald Trump dans la région le mois dernier pourrait avoir encouragé Pékin et Tokyo à adopter une attitude plus ferme, selon Margarita Estévez-Abe, politologue à la Maxwell School de l’Université de Syracuse. Elle souligne que le succès de la visite de Trump et le sentiment de victoire de la Chine après la conclusion d’un accord commercial avec Washington ont contribué à cette évolution. « Sanae Takaichi estime qu’elle peut exprimer ses opinions plus librement ; la Chine aurait été plus prudente si elle n’avait pas obtenu d’accord avec les États-Unis sur les droits de douane », explique-t-elle. « La donne a considérablement changé ces dix derniers jours. Les deux camps sont enhardis. »

Hu Xijin, un commentateur nationaliste chinois, a qualifié Sanae Takaichi d’« imprudente » et a averti qu’elle chercherait à « créer davantage de justifications pour que le Japon augmente son budget militaire » et à remettre en question la constitution pacifiste du Japon.

Sanae Takaichi s’est également montrée évasive quant à la possibilité de visiter le sanctuaire controversé de Yasukuni à Tokyo en tant que Première ministre. La visite de Shinzo Abe à ce sanctuaire en 2013 avait suscité de vives protestations diplomatiques de Pékin et des avertissements de responsables américains.

Stephen Nagy, expert en relations internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, souligne que l’expérience de Sanae Takaichi en tant que ministre de la Sécurité économique – contrairement à ses prédécesseurs – lui confère une compréhension approfondie des vulnérabilités du Japon, qui sera au cœur de son approche vis-à-vis de la Chine.

« Sanae Takaichi a accordé beaucoup plus d’importance à la sécurité économique que les Premiers ministres japonais précédents, comme Shigeru Ishiba et Fumio Kishida. Elle privilégie la résilience et fera de cette notion la pierre angulaire de sa politique diplomatique », affirme-t-il.

L’accent mis par la Première ministre sur l’économie nationale mettra en évidence la forte dépendance du Japon à l’égard de l’industrie manufacturière chinoise et du marché chinois, qui sont des moteurs essentiels de sa croissance économique, selon Hotaka Machida, un ancien diplomate japonais aujourd’hui chercheur à l’Institut de géoéconomie. Cette relation sera toutefois toujours contrebalancée par le risque sécuritaire lié à la dépendance de Pékin et de Tokyo à l’égard des États-Unis, qui constituent leur « seule option » en matière de défense.

« La situation actuelle entre le Japon et la Chine est préoccupante car la Chine est à la fois un concurrent et un challenger », conclut Machida. « Le Japon est très inquiet de la confiance militaire croissante de la Chine. »

L’une des complications majeures de la position du Japon est l’incertitude quant à la fiabilité du soutien militaire et économique américain, suite à l’évolution de la politique de l’administration Trump, selon Robert Dujarric, directeur de l’Institut d’études asiatiques contemporaines à l’Université Temple de Tokyo. Il ajoute qu’il existe, parmi les responsables japonais, « une nouvelle crainte » quant aux dommages que Donald Trump pourrait infliger aux relations américano-japonaises.

« Sanae Takaichi a peut-être les mêmes objectifs que ses prédécesseurs et la Chine est toujours dirigée par le même chef, mais les cartes que détiennent désormais Sanae Takaichi et Xi Jinping sont très différentes », souligne-t-il.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.