Publié le 20 mai 2025. La réalisatrice française Julia Ducournau explore la peur, le rejet et la haine à travers son nouveau film, Alpha, présenté au Festival de Cannes, une œuvre viscérale inspirée par les traumatismes collectifs et personnels.
- Alpha raconte l’histoire d’une adolescente confrontée à une épidémie transformant les corps en pierre.
- Julia Ducournau explique que le film est né d’un sentiment d’angoisse face à l’actualité et de souvenirs liés à la pandémie de sida.
- Tahar Rahim livre une performance marquante, ayant perdu plus de 20 kg (44 lb) pour son rôle d’oncle toxicomane.
Le dernier long métrage de Julia Ducournau, après son succès couronné par la Palme d’Or avec Titane, plonge le spectateur dans un univers troublant où une mystérieuse maladie se propage. Alpha (Mélissa Boros), une jeune fille de 13 ans, se retrouve au centre d’une crise après s’être potentiellement infectée lors d’une fête. La peur d’une transformation physique irréversible la conduit à l’ostracisme.
Pour la réalisatrice, cette histoire est le reflet d’un malaise profond.
« J’ai senti que ces émotions que je ressens tous les jours, ce nœud dans mon estomac, ces larmes qui restent coincées dans ma gorge, c’est quelque chose que je devais aborder. »
Julia Ducournau, réalisatrice
Elle poursuit :
« La seule façon de résoudre ce problème était de le transférer à une autre période dans laquelle j’avais ce sentiment, où je sentais vraiment que j’étais né dans un monde voué à mourir. »
Julia Ducournau, réalisatrice
Le film ne traite pas directement du sida, mais s’inspire des émotions ressenties face à cette crise sanitaire passée et des angoisses contemporaines.
Le film explore également les conséquences de la dépendance à travers le personnage d’Amin, l’oncle d’Alpha, interprété par Tahar Rahim. L’acteur a radicalement transformé son physique pour incarner ce rôle, perdant plus de 20 kg (44 lb) et s’immergeant dans le quotidien des personnes toxicomanes.
« Je me sentais comme quelqu’un dans son propre laboratoire, jouant avec la chimie pour voir si ça explose ou non pour créer quelque chose. »
Tahar Rahim, acteur
Il a collaboré avec des associations d’aide aux toxicomanes, participant à des maraudes pour mieux comprendre leur réalité.
« C’est l’une des meilleures expériences que j’ai jamais vécues, dans ma vie d’acteur, mais aussi dans ma vie privée, parce que je me sentais tellement ouverte. Je pouvais sentir tout ce qui m’entourait, l’énergie. »
Tahar Rahim, acteur
Julia Ducournau souligne que Alpha est avant tout une réflexion sur la propagation de la peur et ses conséquences destructrices.
« La chose la plus importante dont je voulais parler est la propagation de la peur et la manière dont la peur génère le rejet et la haine. »
Julia Ducournau, réalisatrice
Elle interroge :
« Si c’est choquant pour une jeune fille fictive, comment se fait-il que ce ne soit pas choquant quand cela se produit dans la vraie vie ? »
Julia Ducournau, réalisatrice
Alpha est actuellement présenté dans certains cinémas irlandais.

Source : Reuters
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