Publié le 24 septembre 2025. Des archives récemment déclassifiées révèlent les inquiétudes exprimées par les gouvernements britannique et irlandais, peu après le spectaculaire braquage de la Northern Bank en 2004, quant à la persistance de l’influence de l’IRA et à la fragilité du processus de paix en Irlande du Nord.
- Jonathan Powell, ancien chef de cabinet du Premier ministre Tony Blair, estimait que le cerveau du braquage, estimé à 26,5 millions de livres sterling (environ 31 millions d’euros), serait trop rusé pour être arrêté.
- Les documents révèlent également les craintes de Londres concernant une possible réaction violente du DUP (Democratic Unionist Party) si l’implication du Sinn Féin était confirmée.
- Des notes internes du ministère irlandais des Affaires étrangères soulignent que Dublin partageait les préoccupations britanniques et doutait de la sincérité du processus de paix si des figures du Sinn Féin étaient impliquées.
Quelques semaines après le raid audacieux sur la Northern Bank à Belfast, en décembre 2004, une réunion de haut niveau s’est tenue à Downing Street entre des responsables britanniques et irlandais. Des archives datant de janvier 2005, désormais accessibles aux Archives nationales d’Irlande, révèlent les échanges tendus qui ont eu lieu. Jonathan Powell, bras droit de Tony Blair, a exprimé son scepticisme quant à la possibilité d’arrêter les responsables du braquage.
« Londres est à peu près certain qu’il s’agissait de l’IRA. Nous pensons que le braquage a été entrepris par des personnes très proches de la direction du Sinn Féin. Même si le PSNI [Police Service of Northern Ireland] espère procéder à des arrestations, je crains que le ‘top man’ impliqué ne soit assez intelligent pour éviter d’être arrêté. »
Jonathan Powell, ancien chef de cabinet du Premier ministre britannique Tony Blair
Cette affirmation, rejetée à l’époque par le Sinn Féin, a suscité l’inquiétude du côté irlandais. Michael Collins, un fonctionnaire du ministère irlandais des Affaires étrangères, a souligné la profonde anxiété de Dublin face à ce braquage et a exprimé son incompréhension quant à la possibilité d’une telle planification alors que le Sinn Féin était engagé dans des négociations de partage du pouvoir avec le DUP.
« Dublin partage la profonde anxiété suscitée par le braquage de banque. Il est presque incompréhensible qu’une planification ait lieu alors que le Sinn Féin est impliqué dans des pourparlers de partage du pouvoir avec le DUP. »
Michael Collins, fonctionnaire du ministère irlandais des Affaires étrangères
Les documents révèlent également que les services de renseignement irlandais estimaient que l’IRA provisoire restait une organisation unifiée et que le braquage de la Northern Bank n’était pas un acte isolé. Parallèlement, des notes internes du ministère britannique de la Justice mettaient en doute la fin réelle de l’IRA provisoire, soulignant qu’elle continuait de recruter, de collecter des renseignements et de mener des activités criminelles, notamment la contrebande et des agressions paramilitaires.
Le dossier contient également des éléments concernant la réticence des responsables américains à l’égard de l’ancien président Bill Clinton à serrer la main de Gerry Adams, leader du Sinn Féin, lors d’un événement à l’Université Queen’s de Belfast en 1995. Il mentionne également un incident diplomatique impliquant le musicien irlandais Christy Moore, interrogé pendant plusieurs heures après avoir été retenu sur un ferry entre l’Irlande et l’Angleterre. Enfin, les archives font état de la réaction quelque peu alarmée des autorités irlandaises face à une demande de la NASA de désigner l’aéroport de Shannon comme site d’atterrissage d’urgence pour la navette spatiale en 1995.
Ces révélations, issues des archives récemment déclassifiées, offrent un aperçu fascinant des tensions et des incertitudes qui ont marqué la période suivant le braquage de la Northern Bank et soulignent la complexité du processus de paix en Irlande du Nord.

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