Publié le 9 décembre 2025 à 19h15. La cheffe de la Première Nation de Garden River demande l’annulation d’un spectacle d’humour à Sault Ste. Marie, estimant que les blagues du comédien Ben Bankas sur les pensionnats autochtones et les peuples autochtones sont offensantes et inexactes.
- La cheffe Karen Bell s’oppose fermement à la présence de Ben Bankas sur le territoire du Traité Robinson-Huron.
- Le comédien a déjà vu plusieurs de ses spectacles annulés dans d’autres villes canadiennes en raison de son humour controversé.
- La Première Nation de Garden River et la ville de Sault Ste. Marie ont signé un accord d’amitié axé sur la réconciliation.
La cheffe Karen Bell de Garden River a exprimé son indignation face à la programmation de Ben Bankas au Centre de théâtre communautaire de Sault Ste. Marie en mars prochain. Elle dénonce une rhétorique qu’elle juge inacceptable et une offense à la dignité des peuples autochtones.
Selon la cheffe Bell, les blagues de Bankas sur les pensionnats indiens sont particulièrement blessantes et véhiculent des inexactitudes. Elle a notamment critiqué une remarque du comédien selon laquelle fréquenter un pensionnat aujourd’hui coûterait environ 40 000 $ par an (soit environ 26 500 €), impliquant que les enfants autochtones y étaient accueillis gratuitement. Elle a également dénoncé une comparaison désobligeante entre Winnipeg et une « apocalypse de zombies autochtones ».
« Je suis absolument opposée à la rhétorique de ce comédien et, plus important encore, à sa présence sur le territoire du Traité Robinson-Huron, principalement dans la ville de Sault Sainte-Marie. »
Karen Bell, cheffe de la Première Nation de Garden River
La cheffe Bell a rappelé que les pensionnats indiens étaient des institutions où les enfants autochtones étaient séparés de leurs familles, souvent sans le consentement de leurs parents, et soumis à des conditions de vie déplorables et à des abus physiques et sexuels. Elle a souligné que ces écoles n’étaient pas un sujet de plaisanterie, mais un chapitre sombre de l’histoire du Canada, marqué par des traumatismes intergénérationnels.
« Ces écoles ont séparé et stigmatisé les enfants des Premières Nations de leur pays, de leur culture et de leur langue. Beaucoup ne sont pas rentrés chez eux parce qu’ils sont morts dans ces écoles et ont été laissés dans des tombes anonymes », a-t-elle déclaré, ajoutant que les survivants portaient encore aujourd’hui les cicatrices de ces expériences.
Le spectacle de Ben Bankas, intitulé J’ai dit ce que j’ai dit, est décrit par le Centre de théâtre communautaire de Sault Ste. Marie comme une « soirée de comédie non filtrée qui dit ce que tout le monde pense ». Le comédien a déjà vu ses spectacles annulés à Kelowna, Calgary, Thunder Bay et North Bay. Une vidéo où il plaisante sur les pensionnats a notamment été pointée du doigt.
Le maire de Sault Ste. Marie, Matthew Shoemaker, a indiqué que la décision d’annuler ou non le spectacle revient au Centre de théâtre communautaire, en consultation avec les Premières Nations locales. Il a affirmé que la ville continuera de travailler à la réconciliation, que le spectacle ait lieu ou non.
Le Centre de théâtre communautaire de Sault Ste. Marie n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Le conseil scolaire du district d’Algoma a toutefois alerté le centre sur la nature controversée du spectacle et lui a demandé d’examiner si le contenu de l’humoriste est conforme à sa mission.
