Publié le 22 novembre 2025 à 14h34. L’ébauche d’un plan de paix pour l’Ukraine, présenté par l’administration américaine, suscite de vives inquiétudes parmi les alliés occidentaux, qui le jugent trop favorable à la Russie et nécessitant d’importantes modifications avant d’être envisageable.
- Les dirigeants européens expriment leur méfiance face à un plan de paix américain perçu comme accordant des concessions significatives à la Russie.
- Le projet, élaboré avec une faible implication de l’Ukraine et de l’Europe, prévoit des cessions territoriales, l’abandon de l’adhésion à l’OTAN et une réduction des forces armées ukrainiennes.
- Des négociations sont prévues en Suisse entre représentants américains et ukrainiens, en amont d’une possible rencontre entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump.
L’annonce d’un plan de paix pour l’Ukraine, présenté par les États-Unis, a provoqué une onde de choc parmi les alliés occidentaux. Si l’initiative est saluée comme un effort pour débloquer la situation, les premières réactions font état d’une profonde inquiétude quant à son orientation, jugée trop complaisante envers Moscou. Plusieurs dirigeants européens ont souligné la nécessité d’un « travail supplémentaire » pour rendre ce projet viable.
Le plan, qui compte 28 points, impliquerait des concessions territoriales à la Russie, l’abandon par l’Ukraine de ses aspirations à rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et une réduction significative de la taille de son armée. Cette proposition a été élaborée avec une participation limitée de l’Ukraine et de l’Europe, ce qui a suscité des critiques.
Les préoccupations majeures portent sur les « limitations proposées aux forces armées ukrainiennes », comme l’a souligné un communiqué commun. De plus, l’implémentation de certains aspects du plan nécessiterait l’accord unanime des États membres de l’Union européenne et de l’OTAN, ce qui pourrait s’avérer difficile à obtenir.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exprimé son malaise face à ce dilemme, affirmant que son pays se trouvait face à un choix cornélien : perdre sa dignité ou renoncer au soutien vital des États-Unis. Donald Trump a fixé à jeudi le délai pour que Kiev accepte les termes du plan.
Cependant, M. Trump a précisé que ce plan ne constituait pas une offre finale.
« Non, ce n’est pas mon offre finale », a-t-il déclaré aux journalistes samedi sur la pelouse sud de la Maison Blanche. « Nous aimerions parvenir à la paix. Cela aurait dû arriver il y a longtemps. »
Donald Trump, président des États-Unis
Les alliés de l’Ukraine se sont réunis en marge du G20 pour discuter de cette proposition, un sommet que les États-Unis ont choisi de boycotter. Ils ont dû naviguer avec prudence, exprimant leurs réserves sans pour autant s’aliéner l’administration américaine.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a insisté sur le fait que toute solution durable doit impérativement obtenir l’accord de l’Ukraine et de l’Europe.
« La guerre ne peut prendre fin qu’avec le consentement de l’Ukraine et aussi avec notre consentement, le consentement européen, car il s’agit d’une guerre sur le continent européen. »
Friedrich Merz, chancelier allemand
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a salué l’initiative américaine, tout en soulignant la nécessité d’approfondir le plan. Il a eu des entretiens avec Donald Trump et s’est engagé à collaborer sur cette proposition de paix. Il a également échangé avec Volodymyr Zelensky, qui a exposé les « nombreuses nuances du travail diplomatique » nécessaire à la mise en place d’un processus de paix.
Pourparlers américano-ukrainiens en Suisse
Des négociations de haut niveau entre représentants américains et ukrainiens se tiendront dimanche à Genève, en Suisse, dans le but de clarifier les prochaines étapes vers la fin du conflit. Un responsable américain a indiqué que l’objectif était de préparer le terrain avant une éventuelle rencontre entre Zelensky et Trump.
Le secrétaire d’État Marco Rubio et l’ambassadeur Steve Witkoff participeront à ces discussions. Une réunion entre des représentants russes et américains est également prévue, mais pas à Genève, et devrait avoir lieu « rapidement ».
Volodymyr Zelensky a confirmé ces discussions et a annoncé la composition de la délégation ukrainienne.
« Nos représentants savent comment défendre les intérêts nationaux de l’Ukraine et ce qu’il faut faire pour empêcher la Russie de procéder à une troisième invasion. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Des conseillers à la sécurité nationale britannique, française et allemande rencontreront également leurs homologues ukrainiens et américains à Genève, selon une source diplomatique. Un diplomate européen a souligné que tout accord futur ne saurait impliquer la reconnaissance de l’occupation russe et que la ligne de contact actuelle devrait servir de point de départ aux négociations. Il a également insisté sur la nécessité de préserver le droit de l’Ukraine à choisir ses alliances et de ne pas plafonner ses forces armées.
Par ailleurs, António Costa, président du Conseil européen, a annoncé l’organisation d’une « réunion spéciale sur l’Ukraine » lundi, en marge du sommet UE-Union africaine.