Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a mis en garde les États-Unis contre toute ingérence dans les affaires intérieures de l’Union européenne, soulignant un fossé croissant dans les visions du monde entre les deux alliés. Cette prise de position intervient en réponse à une stratégie de sécurité nationale américaine qui critique ouvertement les orientations politiques et culturelles de l’UE.
S’exprimant lundi à Paris, Antonio Costa a reconnu que l’UE et les États-Unis restaient des partenaires, mais a insisté sur le respect mutuel. « Les alliés ne devraient pas menacer de s’immiscer dans la vie démocratique ou dans les choix politiques intérieurs » des autres, a-t-il déclaré. Il a également exprimé son désaccord face au soutien américain à des « partis patriotiques » européens, estimant qu’il ne revient pas aux États-Unis de déterminer « quels sont les bons et les mauvais partis pour les citoyens européens ».
La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, récemment dévoilée, accuse les institutions européennes de réglementation excessive, de politiques migratoires favorisant l’instabilité et de répression de l’opposition politique. Le document encourage les « partis européens patriotiques » à défendre les libertés démocratiques et les « célébrations sans vergogne » des identités nationales.
Costa a dénoncé une évolution de la politique étrangère américaine, perçue comme un éloignement du multilatéralisme et un affaiblissement de l’engagement envers « un ordre international fondé sur des règles ». Il a également souligné l’abandon de l’action climatique en tant que priorité stratégique. « Nous avons des différences dans nos visions du monde », a-t-il admis.
Les tensions entre Washington et Bruxelles se sont accrues depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier. Les désaccords portent notamment sur le commerce, les dépenses de défense et la réglementation numérique. Costa a défendu l’autonomie réglementaire de l’UE, rejetant les critiques américaines concernant une amende de 140 millions de dollars (environ 129 millions d’euros) infligée à X, l’ancien Twitter, appartenant à Elon Musk. Il a affirmé que les règles européennes reflètent le modèle démocratique et la conception de la liberté d’expression en vigueur sur le continent.
Les divergences s’étendent également au conflit ukrainien. Les responsables européens ont rejeté une proposition de paix soutenue par les États-Unis, privilégiant une assistance militaire et financière continue à Kiev. Selon un rapport d’Axios, des responsables américains ont accusé les dirigeants européens d’entraver discrètement leurs efforts en encourageant Kiev à maintenir des demandes jugées irréalistes.