Publié le 18 mars 2024 10h15. Les États-Unis ont proposé à l’Ukraine des garanties de sécurité d’un niveau exceptionnel, comparables à celles offertes par l’OTAN, dans l’espoir de jeter les bases d’un cessez-le-feu négocié, lors de discussions cruciales à Berlin.
- Washington est prêt à offrir à Kiev des garanties de sécurité « de niveau platine », s’inspirant de l’article 5 de l’OTAN sur la défense mutuelle.
- L’Ukraine, tout en saluant ces propositions, insiste sur la nécessité d’une « compréhension claire » de ces garanties avant de pouvoir faire des concessions sur des questions sensibles, notamment le statut du Donbass.
- Les discussions à Berlin ont mis en lumière des divergences persistantes entre Kiev et Moscou concernant le Donbass, la Russie exigeant le contrôle total de la région, ce que l’Ukraine refuse catégoriquement.
Des discussions intenses se sont tenues à Berlin, réunissant des représentants américains, européens et ukrainiens, dans le but de définir un cadre de sécurité robuste pour l’Ukraine. Les États-Unis ont présenté une proposition de garanties de sécurité ambitieuses, visant à dissuader toute future agression russe. Selon des responsables américains, ces garanties seraient « très fortes » et s’aligneraient sur le principe de la défense collective, tel qu’il est énoncé dans l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. L’espoir est que ces garanties rassurent Moscou et l’incitent à accepter un cessez-le-feu durable.
Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a qualifié la réunion de « productive », tout en reconnaissant sa complexité. Il a souligné que Kiev attend une « compréhension claire des garanties de sécurité » avant de pouvoir envisager des compromis sur d’autres points de friction. L’Ukraine réclame depuis longtemps des assurances solides que la Russie respectera tout accord de cessez-le-feu et renoncera à de nouvelles attaques.
Les responsables américains ont décrit ces garanties comme un standard « de platine », tout en précisant qu’elles ne seraient pas offertes indéfiniment. Dimanche, Zelensky a laissé entendre qu’il serait prêt à renoncer à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en échange de ces garanties de sécurité renforcées, une concession potentielle qui pourrait débloquer les négociations.
La région du Donbass reste un obstacle majeur à la paix. Les États-Unis ont suggéré la création d’une « zone franche économique » dans la partie contestée de cette région, mais cette proposition implique que l’Ukraine se retire des zones qu’elle contrôle actuellement, sans contrepartie de la part de la Russie. Zelensky a reconnu l’existence de « positions différentes » entre Kiev et Washington sur cette question.
« Pour l’instant, nous avons des positions différentes, pour être honnête. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Les responsables américains estiment que si une zone franche économique pouvait être établie, cela permettrait de régler les dernières questions de souveraineté. Cependant, les positions de Moscou et de Kiev sur le Donbass restent diamétralement opposées. La Russie occupe une grande partie de la région et souhaite l’annexer complètement, une exigence que l’Ukraine rejette fermement.
Washington se dit désormais prêt à soumettre un ensemble de mesures de sécurité à la ratification du Sénat américain. Le président américain Donald Trump a déclaré avoir eu un « très bon entretien » avec Zelensky et les dirigeants européens, estimant que les négociations sont « plus proches que jamais » de la conclusion d’un accord de paix.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a exprimé un optimisme similaire, affirmant que « c’est la première fois qu’un cessez-le-feu est concevable ». Il a salué les garanties de sécurité proposées par Washington comme un « énorme progrès ».
De nouvelles discussions sont prévues lundi soir à Berlin, avec la participation de plusieurs dirigeants européens, dont Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ainsi que des délégations ukrainienne et américaine.
Au cœur des discussions se trouve le plan de paix en 20 points présenté par l’Ukraine aux États-Unis la semaine dernière, en réponse à un projet initial américain jugé trop favorable à la Russie. Les détails de ce plan n’ont pas été divulgués, mais Zelensky a souligné qu’il devait servir de « base » pour la reconstruction de l’Ukraine et la garantie de sa sécurité.
L’Ukraine a également indiqué que la délégation américaine transmettait les « signaux, les demandes, les mesures et les indications » de la Russie concernant ses conditions pour un accord. Le Kremlin a déclaré qu’il attendait de recevoir le « concept » discuté lundi par les États-Unis.
Ces négociations interviennent à un moment critique pour l’Ukraine, alors que le pays entre dans son quatrième hiver de guerre, confronté à des coupures d’électricité prolongées causées par les attaques russes contre ses infrastructures énergétiques. Plus d’un million de foyers ukrainiens étaient privés d’électricité ce week-end, et Zelensky a déclaré lundi qu’il n’y avait « pas une seule centrale électrique en état de marche » qui n’ait pas été attaquée par la Russie.
Par ailleurs, les pays de l’Union européenne doivent voter cette semaine sur une proposition visant à utiliser 90 milliards d’euros (78,6 milliards de livres sterling) d’actifs russes gelés, détenus en Belgique, pour soutenir l’économie ukrainienne. En savoir plus sur la proposition d’utilisation des actifs russes gelés. Si les gouvernements de l’UE ont convenu d’immobiliser ces actifs pour une durée indéterminée, un consensus sur leur utilisation en Ukraine n’a pas encore été trouvé. La Belgique s’oppose à cette idée, et d’autres pays, comme l’Italie, ont suggéré d’explorer des « options alternatives ».
Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, a reconnu que les discussions étaient « de plus en plus difficiles », mais a ajouté : « Nous faisons le travail et il nous reste encore quelques jours ».