Publié le 16 novembre 2025. Face à l’afflux croissant de croisiéristes, plusieurs destinations de renommée mondiale, dont les États-Unis, la Grèce, l’Italie et les Pays-Bas, mettent en place des mesures restrictives pour préserver leurs écosystèmes fragiles et la qualité de vie de leurs habitants.
- Les États-Unis rejoignent une initiative internationale visant à limiter l’impact du tourisme de croisière sur les destinations populaires.
- Des mesures concrètes sont prises, allant de taxes de séjour à des plafonds quotidiens de passagers, en passant par des restrictions d’accès pour les grands navires.
- Santorin, Venise, Amsterdam, Barcelone et l’Alaska sont parmi les premières destinations à mettre en œuvre ces politiques de tourisme durable.
L’industrie des croisières connaît une croissance exponentielle, avec des prévisions de 35 millions de passagers en 2024, contre 31,7 millions en 2023. Cette expansion rapide s’accompagne toutefois de défis majeurs : surpopulation, pressions environnementales et dégradation des infrastructures. Des villes autrefois ouvertes aux croisiéristes reviennent désormais sur leurs positions, imposant des restrictions pour protéger leurs communautés, leur culture et leurs écosystèmes.
Plusieurs destinations ont déjà pris les devants. Santorin, Venise, Amsterdam, Barcelone et Juneau (Alaska) ont mis en place des mesures audacieuses pour encadrer le tourisme de croisière. Les États-Unis, par le biais de destinations comme l’Alaska, la Californie et la Floride, s’inscrivent désormais dans cette dynamique, cherchant à concilier les retombées économiques du tourisme avec la responsabilité environnementale et sociale.
Santorin, Grèce : une taxe de séjour et des quotas quotidiens
L’île de Santorin, célèbre pour ses couchers de soleil et ses maisons blanchies à la chaux, est une destination prisée des voyageurs du monde entier. En 2023, elle a accueilli plus de 1,3 million de croisiéristes, avec l’arrivée d’environ 800 navires de croisière. Ce flux important a mis à rude épreuve les infrastructures de l’île, initialement dimensionnées pour une capacité bien inférieure.
Pour faire face à cette situation, les autorités grecques ont adopté une approche en deux temps. Dès septembre 2024, une taxe de 22 dollars américains (20 euros) par croisiériste a été instaurée pour les visiteurs de Mykonos et de Santorin. Cette redevance vise à financer l’amélioration des infrastructures locales et à atténuer les impacts environnementaux et sociaux du tourisme de masse.
Mais les mesures ne s’arrêtent pas là. À partir de 2025, Santorin limitera le nombre quotidien de croisiéristes à 8 000, une réduction significative par rapport aux années précédentes. L’objectif est non seulement de réduire la surpopulation, mais aussi de protéger l’écosystème fragile de l’île et d’améliorer la qualité de vie de ses habitants. Cette décision pourrait servir d’exemple à d’autres destinations confrontées à des problèmes similaires, démontrant qu’un tourisme durable est possible grâce à une action proactive des pouvoirs publics.
Venise, Italie : interdiction du centre historique et restrictions de taille
Venise, en Italie, est une autre ville confrontée aux effets négatifs du tourisme excessif. Elle a mis en œuvre certaines des mesures les plus strictes à l’encontre des navires de croisière. En 2021, la ville a interdit l’accès à son centre historique, notamment au canal de la Giudecca, aux grands navires de croisière. Cette décision fait suite à des inquiétudes croissantes concernant l’impact environnemental de ces navires, qui contribuent à la pollution de l’air, à l’érosion et même à l’endommagement des fondations de la ville.
L’écosystème vénitien est particulièrement vulnérable. Les gros navires perturbent l’équilibre délicat des voies navigables, érodent les fondations de bâtiments historiques et augmentent la pollution. Les canaux étroits de la ville, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont particulièrement sensibles au sillage des navires géants.
À l’avenir, Venise prévoit d’autoriser l’accès aux navires de moins de 60 000 tonnes d’ici 2027, cherchant ainsi un compromis entre les revenus touristiques et la préservation de l’environnement. La ville envisage également de réduire le nombre total de croisières de 20 % dans les années à venir. Ces restrictions s’inscrivent dans une démarche globale visant à préserver l’avenir de Venise tout en accueillant les visiteurs de manière plus responsable.
Amsterdam, Pays-Bas : réduction de moitié des escales de croisière
Aux Pays-Bas, Amsterdam prend des mesures ambitieuses pour réduire l’impact environnemental et social du tourisme de croisière. La ville a connu une augmentation significative du nombre d’arrivées de croisières, entraînant des rues surpeuplées, des canaux encombrés et une pollution accrue. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la ville est relativement petite et figure parmi les destinations touristiques les plus populaires d’Europe.
Pour remédier à ce problème, les autorités locales d’Amsterdam ont décidé de réduire de moitié le nombre d’escales de navires de croisière d’ici 2026, limitant ainsi le nombre de navires entrant dans le port à 100 par an. De plus, tous les navires devront utiliser l’alimentation électrique à quai d’ici 2027, une étape essentielle pour réduire les émissions et améliorer la qualité de l’air en ville.
Cette décision est une réponse directe au problème du surtourisme. Bien qu’Amsterdam dépende du tourisme pour son économie, les autorités municipales reconnaissent que des pratiques touristiques durables sont indispensables pour maintenir la qualité de vie des habitants et protéger le patrimoine historique de la ville.
Barcelone, Espagne : fermetures de terminaux et limites de passagers
Barcelone, l’un des principaux ports d’escale d’Europe, s’engage également dans une démarche de changement pour lutter contre le surtourisme. La ville prend des mesures drastiques pour réduire le nombre de navires de croisière accostant dans son port. D’ici fin 2025, deux des terminaux de croisière les plus importants de la ville fermeront définitivement leurs portes. Le Terminal Nord, l’un des plus fréquentés, a déjà cessé d’accueillir les navires de croisière en octobre 2024.
Ces fermetures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à redistribuer le tourisme de croisière vers des zones moins congestionnées. Les navires accosteront désormais au quai du Moll d’Adossat, situé plus loin des quartiers résidentiels, minimisant ainsi l’impact sur les riverains. Cette décision obligera toutefois les compagnies de croisière à adapter leurs itinéraires en Méditerranée, potentiellement en redirigeant les navires vers d’autres ports espagnols, comme Malaga ou Valence, voire vers Marseille en France.
En prenant ces mesures, Barcelone privilégie le bien-être de ses habitants par rapport aux avantages économiques du tourisme de masse. Avec près de 340 navires de croisière accostant chaque année, les restrictions constituent une mesure audacieuse mais nécessaire pour assurer la pérennité du secteur touristique de Barcelone.
Juneau, Alaska : plafonds quotidiens de passagers à partir de 2026
En Alaska, la ville de Juneau introduira des plafonds quotidiens de passagers à partir de 2026. Cette décision fait suite à des discussions entre les autorités locales et les compagnies de croisière, aboutissant à un accord limitant le nombre de passagers débarquant des navires à 16 000 la plupart des jours et à 12 000 le samedi. Actuellement, Juneau peut accueillir plus de 21 000 visiteurs lors de ses journées les plus chargées, ce qui met à rude épreuve les infrastructures et les services locaux.
Cette décision s’inscrit dans une démarche plus large visant à protéger la petite communauté de Juneau, qui compte seulement 32 000 habitants. L’accord, qui prévoit également un plafond sur le nombre de grands navires autorisés à accoster (limité à cinq par jour à partir de 2024), vise à trouver un équilibre entre croissance économique et qualité de vie. Juneau, une étape populaire sur la route de croisière Inside Passage de l’Alaska, a connu une croissance rapide du tourisme de croisière, avec des impacts à la fois positifs et négatifs.
Les États-Unis rejoignent les efforts mondiaux pour un tourisme de croisière durable
Les États-Unis, notamment par le biais de destinations clés comme l’Alaska, la Californie et la Floride, suivent l’exemple des villes européennes qui redéfinissent l’avenir du tourisme de croisière. La mise en place de plafonds de croisière et de contrôles environnementaux est considérée comme une réponse nécessaire aux préoccupations croissantes concernant la surpopulation, la pollution et la pression sur les infrastructures locales.
La décision de l’Alaska de limiter le nombre de passagers quotidiens témoigne d’une prise de conscience croissante du fait que le tourisme durable est essentiel pour préserver la santé à long terme des destinations populaires. En introduisant des limites de passagers, l’État veille à ce que ses paysages naturels emblématiques et ses petites communautés ne soient pas affectés par le surtourisme. Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large aux États-Unis, où les villes et les États s’efforcent de développer des modèles touristiques plus respectueux de l’environnement et de la qualité de vie des habitants.
Les villes côtières de Californie, comme San Francisco et Los Angeles, étudient également des mesures visant à limiter le nombre de navires de croisière accostant dans leurs ports, en particulier pendant la haute saison touristique. Ces discussions s’inscrivent dans une démarche plus globale visant à repenser la manière dont le tourisme de croisière s’intègre dans une planification urbaine et environnementale plus large.
Un mouvement mondial vers un tourisme de croisière durable
Les initiatives de Santorin, Venise, Amsterdam, Barcelone, Juneau et désormais des États-Unis s’inscrivent dans une évolution mondiale vers un tourisme plus durable. Alors que le secteur des croisières continue de croître, il est clair que les modèles touristiques doivent s’adapter pour donner la priorité à la santé à long terme des destinations plutôt qu’aux profits à court terme.
Face à ces restrictions, les compagnies de croisière sont confrontées à des défis opérationnels, mais ces changements pourraient à terme conduire à un modèle de tourisme de croisière plus durable, axé sur la préservation de l’environnement, des infrastructures et des communautés locales. La mise en place de plafonds de passagers, de fermetures de ports et de mesures environnementales telles que l’alimentation électrique à quai pourrait devenir la norme, au bénéfice des voyageurs et des habitants.
Ces mesures reflètent une prise de conscience croissante du fait que le tourisme, en particulier le tourisme de masse, doit évoluer pour répondre aux attentes des visiteurs et des résidents. Alors que le changement climatique, la surpopulation et la dégradation de l’environnement deviennent des problèmes de plus en plus urgents, le tourisme durable n’est plus un luxe, mais une nécessité.
Les mesures prises par les villes et les pays du monde entier pour limiter le tourisme de croisière représentent un tournant décisif dans le fonctionnement de l’industrie. Les États-Unis, aux côtés de la Grèce, de l’Italie, des Pays-Bas, de l’Espagne et de l’Alaska, créent un précédent pour les futurs modèles touristiques qui concilient les intérêts économiques avec la durabilité environnementale et sociale. En mettant en œuvre des restrictions telles que des plafonds de croisière, des contrôles environnementaux et des fermetures de ports, ces destinations prennent des mesures essentielles pour protéger leur patrimoine culturel et environnemental tout en garantissant une expérience de qualité aux visiteurs et aux résidents.
Les États-Unis se sont joints à la Grèce, aux Pays-Bas, à l’Espagne, à l’Italie et à d’autres pays pour mettre en œuvre des restrictions sur les croisières afin de promouvoir le tourisme durable et de sauvegarder les destinations fragiles. Ces mesures visent à réduire la surpopulation et à préserver les écosystèmes locaux tout en équilibrant croissance économique et responsabilité environnementale.
À mesure que ces mesures entreront en vigueur, elles inciteront probablement d’autres destinations dans le monde à reconsidérer leur approche du tourisme de croisière. L’avenir du secteur des croisières réside dans la recherche du juste équilibre entre croissance économique et durabilité, afin de garantir que ces destinations emblématiques restent dynamiques, résilientes et accueillantes pour les générations à venir.