Publié le 26 décembre 2025 à 05h32. L’année cinématographique 2025 a été riche en propositions audacieuses et en œuvres marquantes. Voici une sélection des dix films qui ont le plus captivé la rédaction, des fresques politiques aux portraits intimes, en passant par des explorations animées et des thrillers sociaux.
- « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson s’impose comme un choc cinématographique par son ambition et sa maîtrise.
- « Valeur Sentimentale » de Joachim Trier explore avec une justesse rare les fissures d’une famille, porté par une interprétation remarquable de Renate Reinsvé.
- « On vous croit » de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys dénonce les failles du système judiciaire face à la parole des enfants.
L’année 2025 a confirmé le talent de cinéastes confirmés et révélé de nouvelles voix. Des œuvres ambitieuses, souvent engagées, ont marqué les esprits, explorant des thématiques aussi variées que la politique, la famille, la santé et l’écologie. Cette sélection témoigne de la vitalité du cinéma contemporain et de sa capacité à nous interroger sur le monde qui nous entoure.
1. « Une bataille après l’autre », de Paul Thomas Anderson
Paul Thomas Anderson livre avec « Une bataille après l’autre » l’un de ses films les plus aboutis. Le réalisateur mêle habilement satire, comédie, drame et thriller pour composer une fresque politique et intime d’une efficacité redoutable. La tension narrative est palpable tout au long des près de trois heures du film, portée par une mise en scène implacable et des interprétations saisissantes, notamment celles de Sean Penn et Leonardo DiCaprio. Mordant, actuel et profondément cinématographique, ce film s’impose comme un événement majeur de l’année 2025.
« Une bataille après l’autre », de Paul Thomas Anderson
2. « Valeur Sentimentale », de Joachim Trier
Avec « Valeur Sentimentale », Joachim Trier affine encore son art du portrait intime. Le cinéaste observe une famille en proie à des tensions avec une précision d’orfèvre, combinant humour discret, mélancolie et émotions à fleur de peau. Les dialogues sont percutants, les silences éloquents, et la maison familiale devient un personnage à part entière, chargée de souvenirs et de conflits. Renate Reinsvé y est particulièrement remarquable. Le film célèbre subtilement le cinéma, parsemé de clins d’œil méta qui raviront les cinéphiles. Une œuvre d’une justesse palpable, à la fois humaine et déchirante.
« Valeur Sentimentale », de Joachim Trier
3. « On vous croit », de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
“On vous croit” est un huis clos tendu, précis et nécessaire. Le film ausculte les failles d’un système judiciaire qui continue trop souvent de douter de la parole des enfants – et de ceux qui les défendent. Par une mise en scène resserrée, presque claustrophobe, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys captent l’usure, la colère et la détermination d’une mère sommée de prouver l’impensable. Le film interroge frontalement nos certitudes, questionnant qui l’on croit, qui l’on écoute, et à quel prix. Bouleversant sans jamais tomber dans le pathos, il redonne un poids politique et humain à la parole des victimes. Un film indispensable.
« On vous croit », de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
4. « En première ligne » (« Heldin »), de Petra Volpe
Petra Volpe transforme le quotidien d’une infirmière en un véritable thriller humain. « En première ligne » plonge le spectateur au cœur d’un service hospitalier sous tension, où chaque geste compte et où l’épuisement guette à chaque instant. La mise en scène nerveuse et le rythme effréné du film permettent de ressentir physiquement la pression d’un métier essentiel, mais trop souvent invisibilisé. Porté par une Léonie Benesch d’une justesse impressionnante, le film rend un hommage puissant, sans discours moralisateur, à celles et ceux qui maintiennent le système à bout de bras. Une expérience haletante et nécessaire.
« En première ligne » (« Heldin »), de Petra Volpe
5. « Bugonia », de Yórgos Lánthimos
Yórgos Lánthimos repousse encore les limites de son art de la satire absurde, transformant la paranoïa contemporaine en un vertige cinématographique. « Bugonia » capte nos peurs écologiques, notre fascination pour les théories du complot et l’absurdité du pouvoir avec une précision formelle implacable. Chaque plan, chaque décor, chaque costume a un sens. Porté par un duo explosif, Emma Pierre et Jesse Plemons, le film oscille entre humour noir, malaise et lucidité cruelle. Un objet dérangeant et jubilatoire, qui confirme le statut de Lánthimos comme l’un des cinéastes les plus stimulants de sa génération.
« Bugonia », de Yórgos Lánthimos
6. « Arco », d’Ugo Bienvenu
Rarement un film d’animation aura autant célébré la beauté du dessin et la force de l’imaginaire. Avec « Arco », Ugo Bienvenu signe une fable de science-fiction lumineuse, destinée aux enfants, mais qui résonne aussi avec les préoccupations des adultes. Sa 2D éclatante, sublimée par un sens aigu des couleurs et du mouvement, accompagne un récit délicat sur la transmission, le temps et la possibilité d’un avenir apaisé. À la fois poétique et politique, le film rappelle que rêver reste essentiel pour inventer demain. Une pépite d’intelligence et de douceur.
7. « Touche familière », de Sarah Friedland
« Touche familière » renverse les clichés sur la vieillesse avec une élégance désarmante. En suivant une femme de 80 ans dont la mémoire vacille, mais dont le désir reste intact, Sarah Friedland observe les maisons de retraite comme des espaces de vie, de liberté et de possibles. Le film trouve sa force dans l’attention portée aux gestes, aux regards et aux petits rituels du quotidien, sans artifice émotionnel. Kathleen Calfent y est exceptionnelle, à la fois drôle, fragile et lumineuse. Une œuvre sensible, pleine de vitalité, qui rappelle que vieillir n’empêche ni d’aimer, ni de choisir.
« Touche familière », de Sarah Friedland
8. « Les enfants vont bien », de Nathan Ambrosioni
Avec « Les enfants vont bien », Nathan Ambrosioni confirme, après « Toni en famille », une maturité évidente à seulement 26 ans. Le film frappe par la justesse de son écriture, sa manière pudique et universelle d’aborder le spectre de la maternité, la culpabilité et les liens familiaux imposés. Camille Cottin y livre l’une de ses performances les plus intenses, épaulée par deux jeunes interprètes d’une précision remarquable. Sans pathos ni effets appuyés, le film touche juste, redéfinissant la famille comme un espace fragile, mouvant et profondément humain.
« Les enfants vont bien », de Nathan Ambrosioni
9. « Mémoires d’un escargot » (« Memoir of a snail »), d’Adam Elliot
Adam Elliot signe un retour bouleversant après « Marie et Max », maniant le stop motion comme peu de cinéastes savent le faire. « Mémoires d’un escargot » prend à la gorge par sa capacité à faire cohabiter la cruauté de l’existence et un humour noir salvateur. À travers le parcours cabossé de son personnage principal, le film refuse toute complaisance et préfère la résilience, la tendresse et le rire. Visuellement sidérant, avec son univers ultra-stylisé et sa matière brute, il touche en plein cœur. Un bijou d’animation doux-amer, aussi déchirant que vital, qui rappelle que le cinéma peut faire mal et du bien en même temps.
« Mémoires d’un escargot » (« Memoir of a snail »), d’Adam Elliot
10. « Des preuves d’amour », d’Alice Douard
Avec « Des preuves d’amour », Alice Douard signe un premier long-métrage à la fois solaire et émouvant, qui aborde la maternité dans un couple lesbien avec finesse et beaucoup d’humour. Son film explore aussi avec douceur la place de celle qui ne porte pas l’enfant et la complexité des rôles parentaux. Magnifié par les formidables Ella Rumpf et Monia Chokri, le film réussit à conjuguer tendresse, comédie romantique et émotion pure, révélant une cinéaste à suivre absolument. Une vraie bouffée d’air frais dans le cinéma français de 2025.
« Des preuves d’amour », d’Alice Douard
Ils ont failli intégrer le Top 10: « Sorry, Baby » d’Eva Victor, « Mr. Nobody Against Putin » de David Brenstein, « Dreams » de Dag Johan Haugerud, « All Shall Be Well » de Ray Yeung, « La Voix de Hind Rajab » de Kaouther Ben Hania, « Un Simple Accident » de Jafar Panahi, « Nino » de Pauline Loquès, « L’intérêt d’Adam » de Laura Wandel et « La Petite dernière » de Hafsia Herzi.
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