Publié le 6 octobre 2025. L’Indonésie voit affluer un nombre croissant de touristes, notamment chinois, ce qui pousse les populations locales à s’adapter, apprenant même le mandarin pour faciliter les échanges et développer l’économie touristique de l’archipel.
- Le nombre de visiteurs chinois en Indonésie est en forte hausse, stimulant l’apprentissage du mandarin par les habitants.
- Des destinations comme Java, Bali, Komodo et Raja Ampat gagnent en popularité auprès des touristes internationaux.
- Le gouvernement indonésien investit dans le développement de sites touristiques prioritaires et super prioritaires pour attirer davantage de visiteurs.
L’Indonésie, avec ses 17 000 îles, attire de plus en plus de voyageurs du monde entier. Cette affluence touristique, particulièrement notable en provenance de Chine, crée à la fois des opportunités et des défis pour les communautés locales. Un exemple frappant de cette adaptation se produit près du cratère d’Ijen, à Banyuwangi, dans la province de Java oriental, surnommé le « Lever de soleil de Java ». Une vidéo devenue virale montre une vendeuse de fruits d’âge moyen saluant chaleureusement des touristes chinois dans leur propre langue.
« Cette mangue coûte 35 000 roupies (2 $ US) le kilogramme. Si vous en achetez 3, cela fera 100 000 », explique-t-elle en mandarin fluide. Elle ajoute ensuite :
« Zhege hen Tian de, Mingtian Bijiao Haochi MA »
Vendeuse de fruits
, ce qui signifie : « Celui-ci est très sucré, et demain il sera encore meilleur. »
Cette initiative n’est pas isolée. Un autre commerçant sur le même site a été filmé s’adressant aux touristes chinois en mandarin, les invitant à découvrir ses durians et mangoustans, promettant même un remboursement s’ils ne sont pas à la hauteur de leurs attentes. Ces scènes, largement diffusées en ligne, ont suscité l’étonnement et l’amusement des visiteurs chinois, ravis de pouvoir communiquer avec les habitants dans leur langue maternelle.
L’augmentation du nombre de touristes chinois a encouragé les habitants d’Ijen et d’autres régions à apprendre le mandarin. Le cratère d’Ijen, un complexe volcanique situé à environ 300 kilomètres au sud-est de Surabaya, la deuxième ville d’Indonésie, a vu sa fréquentation augmenter régulièrement ces dernières années. Les vendeurs de fruits et autres commerçants locaux se sont efforcés de surmonter les barrières linguistiques pour mieux servir les voyageurs étrangers.
Aujourd’hui, Ijen est une destination incontournable de Java, attirant des touristes d’Asie du Sud-Est, de Chine, mais aussi de France, des États-Unis, du Japon et de Russie. Java et Bali restent les îles les plus populaires auprès des touristes étrangers, les Chinois étant en tête des arrivées à Bali, comme avant la pandémie. Cependant, d’autres destinations, comme le parc national de Komodo, le lac Toba et Raja Ampat, gagnent du terrain grâce à leurs paysages magnifiques et leur riche patrimoine culturel.
Cette augmentation du tourisme dans les îles moins fréquentées a convaincu de nombreux habitants de l’importance d’apprendre une langue étrangère. Même à Bali, on constate une pénurie de guides touristiques maîtrisant le chinois. Paul Edmundus Talo, directeur général de Floressa Bali Tours, souligne la demande croissante non seulement pour des guides, mais aussi pour du personnel de restaurants et d’hôtels parlant anglais et mandarin.
« De nombreux groupes chinois préfèrent encore voyager avec leurs propres guides. C’est pourquoi ils sont particulièrement heureux de rencontrer des habitants capables de communiquer avec eux en chinois, cela ajoute une touche humaine à leur voyage. »
Paul Edmundus Talo, directeur général de Floressa Bali Tours
M. Talo, titulaire d’un doctorat en économie du tourisme, a constaté cette évolution de près. Son entreprise, basée à Denpasar, organise des voyages à travers l’archipel indonésien.
Le parc national de Komodo, où l’on peut observer les plus grands lézards du monde, est particulièrement prisé par les touristes chinois. Pour s’y rendre, il faut d’abord voler jusqu’à Labuan Bajo, sur l’île de Flores, puis prendre un bateau jusqu’à Komodo.
Le gouvernement indonésien a identifié dix sites touristiques « prioritaires », dont Komodo, et cinq destinations « super prioritaires », parmi lesquelles le lac Toba, dans le nord de Sumatra. À l’est, M. Talo envisage d’étendre les offres de voyages d’aventure à Raja Ampat et à d’autres destinations en Papouasie, une région réputée pour sa biodiversité marine exceptionnelle. Raja Ampat a d’ailleurs été désigné comme l’une des destinations incontournables du monde par le New York Times en 2024, aux côtés des îles Galapagos et des Lofoten.
Selon les autorités de Raja Ampat, le nombre de touristes, dont une part importante de Chinois, a augmenté régulièrement au cours des cinq dernières années. La région, située dans le triangle de corail, est composée de quatre îles principales et de près de 1 800 îlots, dont la plupart sont inhabités. Pour s’y rendre depuis Jakarta, il faut compter environ quatre heures de vol jusqu’à Sorong, puis une à deux heures de bateau.
Les autorités de Raja Ampat prévoient d’accueillir environ 45 000 touristes cette année, soit plus du double du nombre de visiteurs enregistrés en 2023. Malgré le coût élevé de la destination, Anika Soertjiady, une habitante de Jakarta, estime que les eaux cristallines de Raja Ampat valent le détour pour la plongée et la dégustation de fruits de mer.
I Putu Winastra, de l’Association indonésienne des voyagistes, souligne l’importance d’améliorer l’accessibilité aux sites touristiques.
« Dans le tourisme, ce n’est pas la destination qui compte, mais la connectivité. »
I Putu Winastra, chef du chapitre de Bali de l’Association des tournées et agences de voyage indonésiennes
Il rappelle que Bali a bénéficié avant la pandémie d’une augmentation des vols affrétés, notamment en provenance de Chine, qui ont stimulé le tourisme.
L’auteur est un journaliste indépendant pour China Daily.