Home Des sportsLes Mondiaux Gravel UCI étaient-ils plus difficiles qu’une course Gravel américaine ?

Les Mondiaux Gravel UCI étaient-ils plus difficiles qu’une course Gravel américaine ?

by Camille Renault

Mis à jour le 17 octobre 2025 à 19h11. Florian Vermeersch a conquis son premier titre de champion du monde de gravel en s’imposant en solitaire lors des Championnats du monde UCI de gravel 2025, après deux fois avoir échoué à la deuxième place lors d’épreuves précédentes.

Le Néerlandais a triomphé sur un parcours atypique, loin des sentiers escarpés traditionnellement associés au gravel. Avec moins de 2 000 mètres de dénivelé positif sur 181 kilomètres, et des montées rarement supérieures à deux minutes, le profil de la course a suscité des interrogations sur la nature même de la discipline.

L’effort de Vermeersch a été impressionnant, mais cette victoire soulève des questions plus larges sur la place des championnats du monde de gravel dans le paysage cycliste professionnel, tant sur route que sur terre. Quels sont les points communs et les différences avec les courses WorldTour classiques ou les épreuves du Life Time Grand Prix ?

Puissance : Championnats du monde UCI de gravel

Les championnats du monde de gravel UCI ressemblaient-ils davantage à une course sur route qu’à une épreuve de gravel américaine traditionnelle ? (Photo : DIRK WAEM/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Vermeersch a rejoint une échappée décisive aux Championnats du monde de gravel UCI, creusant un écart significatif avec quatre autres coureurs à 81 kilomètres de l’arrivée. Bien que les données de puissance de Vermeersch ne soient pas disponibles, celles de Matej Mohorič, troisième, le sont. Le Slovène a lancé une attaque déterminante à 67 kilomètres du but, un effort intense qui n’a cependant pas suffi à rejoindre les leaders. Il a continué à rouler à un rythme soutenu, rattrapant plusieurs concurrents avant de tenter une nouvelle offensive à 15 kilomètres de l’arrivée, le propulsant à la troisième place avec près d’une minute et demie de retard sur Vermeersch.

L’écart entre Mohorič et Vermeersch est resté relativement stable sur les 60 derniers kilomètres, suggérant un effort similaire de la part des deux coureurs. Vermeersch, légèrement plus grand que Mohorič, pèse entre 70 et 75 kg. Quel niveau de puissance est nécessaire pour monter sur le podium des Championnats du monde de gravel UCI ?

Voici les données de performance de Mohorič :

Mohorič – 3ème aux Championnats du monde de gravel UCI

  • Temps: 4h39:33
  • Puissance moyenne : 308 W (4,3 W/kg)
  • Puissance normalisée : 350 W (4,9 W/kg)
  • Puissance maximale sur 2 minutes (attaque à 15 km de l’arrivée) : 511 W (7,1 W/kg)

La course de Mohorič a été marquée par peu de pics de puissance de trois à cinq minutes. Il a plutôt enchaîné des accélérations de 30 à 60 secondes pour se positionner, suivies d’efforts constants pour maintenir sa place. Ses attaques décisives ont été moins explosives, privilégiant l’utilisation de ses jambes au bon moment. Alors que d’autres coureurs étaient à bout de forces, Mohorič a pu maintenir une puissance de 400 à 450 W, lui permettant de décrocher la médaille de bronze.

Quelques semaines plus tôt, Mohorič avait terminé 5ème au Grand Prix cycliste de Québec. Il faisait partie d’un petit groupe de coureurs ayant résisté au peloton dans les derniers kilomètres.

Comparons maintenant une course d’un jour du WorldTour avec les Championnats du monde de gravel UCI.

Puissance : Grand Prix cycliste de Québec

Sivakov est monté sur le podium le mois dernier au GP de Québec. (Photo : Szymon Gruchalski/Getty Images)

Le Grand Prix cycliste de Québec du 14 septembre, avec ses 214 kilomètres et plus de 2 600 mètres de dénivelé positif, a duré un peu plus de cinq heures pour les coureurs les plus rapides, un temps comparable aux championnats du monde de gravel (4 heures 40 minutes). Le GP de Québec comportait également de nombreuses courtes ascensions, répétées plusieurs fois, avec des efforts durant de 2 à 4 minutes.

Mohorič a survécu dans le peloton lorsque l’UAE Team Emirates-XRG a accéléré à environ 52 km de l’arrivée. Sivakov faisait partie du groupe de tête avec Tadej Pogačar, de retour à la compétition avant les championnats du monde sur route. Le Français a produit 570 W (8 W/kg) pendant deux minutes et demie, un effort plus explosif que tout ce que Mohorič a réalisé aux championnats du monde de gravel. Cependant, au GP de Québec, plus de 40 coureurs étaient encore en lice.

En raison des vitesses plus élevées (routes pavées ou routes en gravier), l’effet de sillage est plus important dans les courses sur route, permettant à un plus grand nombre de coureurs de rester dans le groupe lors d’attaques explosives. La fin du parcours du GP de Québec était lisse et rapide, offrant aux coureurs quelques minutes pour récupérer avant le prochain effort.

Aux Championnats du monde de gravel UCI, et dans la plupart des courses sur gravier, le temps de récupération est limité. Les descentes sur gravier sont cahoteuses et techniques, obligeant les coureurs à rester concentrés pour éviter les chutes, même en roue libre.

Mohorič et Sivakov ont une taille similaire (~71 kg) et ont terminé leurs courses respectives avec une puissance normalisée de 340 à 350 W.

Cependant, la puissance moyenne de Sivakov était plus faible (280 W contre 308 W), tandis que sa puissance maximale était plus élevée (475 W pendant 5 minutes contre 430 W pendant 5 minutes). Les courses sur route sont généralement plus faciles mais plus explosives, tandis que les courses sur gravier sont longues et robustes, idéales pour les coureurs endurants comme Matej Mohorič.

Sivakov – 2ème au Grand Prix cycliste de Québec

  • Temps: 5h04:09
  • Puissance moyenne : 280 W (3,9 W/kg)
  • Puissance normalisée : 342 W (4,8 W/kg)
  • Puissance maximale sur 2 min (diviser la course avec 52 km à parcourir): 586w (8,3w/kg)

Les différences entre les courses sur route et sur gravier sont donc plus marquées. Qu’en est-il de la différence entre les Championnats du monde de gravel UCI et le Grand Prix Life Time ? Certains coureurs considèrent le Life Time GP comme une « vraie » course sur gravier, plus exigeante techniquement et physiquement. Mais en termes de puissance, dans quelle mesure les courses de l’autre côté de l’Atlantique sont-elles similaires ?

Puissance : Sea Otter Classic 2025

La course d’ouverture du Grand Prix Life Time 2025 était la Sea Otter Classic. Autrefois une épreuve de VTT, cette manche inaugurale a été remplacée par une course sur gravier débutant sur une piste automobile pavée. Le départ est brutalement difficile, la plupart des coureurs établissant un record personnel sur deux minutes pour tenter de rester dans le top 10.

Simon Pellaud faisait partie de ceux qui se battaient pour la tête dans le virage du singletrack. Le professionnel suisse a produit 543 W (7,8 W/kg) pendant près de deux minutes, son effort le plus explosif de toute la course. Ensuite, il s’agissait de survivre, Pellaud conservant sa position dans le groupe de tête le plus longtemps possible. Sea Otter a eu un peu plus de dénivelé que les autres courses, avec un peu plus de 3 000 mètres, mais la plupart des montées étaient courtes et intenses, avec seulement quelques efforts de plus de quatre minutes.

En fin de compte, Pellaud a terminé 10ème, à un peu plus de trois minutes de Keegan Swenson, qui a vomi en franchissant la ligne d’arrivée. Un bel effort de la part de Pellaud, qui a chuté du groupe de tête dans la dernière partie de la course. Il a une taille similaire à celle de Mohorič et Sivakov, voire un ou deux kilos de moins. Leurs chiffres peuvent donc être comparés directement, d’autant plus que Pellaud a couru près de quatre heures et demie.

Pellaud – 10ème à la Sea Otter Classic

  • Temps: 4h23:32
  • Puissance moyenne : 283 W (4 W/kg)
  • Puissance normalisée : 337 W (4,8 W/kg)
  • Puissance maximale sur 2 min (hors ligne de départ) : 543 W (7,8 W/kg)

Pellaud a maintenu en moyenne 89 % de sa fréquence cardiaque maximale pendant toute la course. Un effort considérable, d’autant plus que son cœur est resté entre 90 et 95 % de son maximum pendant une grande partie de l’épreuve. Alors que Sivakov et les autres ont pu récupérer dans les descentes du Grand Prix cycliste de Québec, Pellaud a dû se battre presque constamment pour rester dans le groupe de tête.

Le manque de récupération est l’une des principales différences entre les courses sur gravier et sur route. Le gravel favorise les moteurs diesel capables de rouler à plein régime toute la journée, tandis que la course sur route privilégie les coureurs explosifs qui peuvent récupérer rapidement après un effort intense.

Avec la finale du Life Time Grand Prix qui approche à Big Sugar Gravel, je pense avoir une bonne idée du type de coureur qui va gagner. Je suppose qu’il s’agira d’un coureur de 67 à 72 kg capable de produire en moyenne 300 W pendant quatre heures et demie. Sa puissance normalisée sera de 350 W et sa puissance maximale sur 2 minutes de 530 à 550 W.

Il reste à voir si cette prédiction se réalisera.


Données d’analyse de puissance fournies par Strava Sauce Extension.

Coureurs :

  • Matej Mohorič
  • Pavel Sivakov
  • Simon Pellaud

You may also like

Leave a Comment