Avant les découvertes de l’archéologie et de la paléontologie, les sociétés occidentales expliquaient les vestiges de la préhistoire, tels que les mégalithes et les fossiles, à travers des mythes fantastiques et les récits bibliques du Déluge, selon une publication du quotidien Ouest-France.
Nous sommes entourés de vestiges de la préhistoire, qu’il s’agisse de menhirs au milieu d’un champ ou de falaises garnies de fossiles au bord d’une route nationale. Avant l’avènement de l’archéologie et de la paléontologie, l’humanité a longtemps cherché à comprendre ces traces par le prisme de légendes et de récits fabuleux, rapporte Ouest-France.
Quand les fossiles prenaient la forme de serpents pétrifiés
À la cathédrale de Bayeux, une ammonite installée en 1491 orne un mur au-dessus d’une inscription affirmant qu’il s’agit d’un serpent vivant changé en pierre. En Occident, les premières études sur les fossiles remontent à l’Antiquité grecque. Dès le Ve siècle avant Jésus-Christ, des intellectuels comme Xénophane à Malte ou Hérodote en Égypte avaient remarqué la présence de restes de coquillages marins loin des rivages, en déduisant que la mer recouvrait autrefois ces terres. Toutefois, l’origine de ces vestiges est longtemps restée sujette à débat. Pour beaucoup d’érudits de l’époque, les fossiles possédaient une origine minérale et non animale. Les ammonites étaient ainsi perçues comme des serpents symbolisant le péché, enroulés et décapités, incarnant la victoire du bien sur le mal selon Ouest-France.

Le mystère commence à s’éclaircir en 1666 grâce au savant danois Nicolas Sténon. En disséquant un grand requin, il observe des similarités entre ses dents et les fossiles découverts dans le sol, affirmant que ces derniers sont trop robustes pour être de simple nature minérale. L’idée que les fossiles proviennent d’anciens animaux s’impose progressivement, trouvant un écho dans les récits bibliques du Déluge. Au début du XVIIIe siècle, le naturaliste suisse Johann Jakob Scheuchzer identifie un fossile comme étant les restes d’une victime humaine de la submersion de la terre pendant quarante jours, avant que Georges Cuvier ne démontre plus tard qu’il s’agit en réalité d’une salamandre géante fossilisée.
L’art rupestre confronté au défi de l’ancienneté
Au début du XVIIe siècle, le chanoine Jean Tarde observe des peintures dans la grotte de Rouffignac et les attribue à des représentations de bétail moderne, ignorant qu’il s’agissait de mammouths, alors inconnus. Les traces laissées par l’homme préhistorique ont également fait l’objet d’interprétations erronées, en raison de l’ignorance d’une époque antérieure à l’Antiquité et à l’écriture. Il faut attendre la fin du XIXe siècle et la découverte de la grotte de la Mouthe en Dordogne, scellée par des sédiments anciens, pour que la communauté accepte que l’homme préhistorique possédait des talents artistiques avérés, éliminant l’hypothèse de récents faussaires.
De son côté, Jacques Boucher de Perthes comprend dans les années 1840, en étudiant des silex taillés trouvés près d’ossements d’animaux disparus, que l’être humain a côtoyé des espèces éteintes. Au fil du XIXe siècle, les travaux de scientifiques comme Louis Agassiz démontrent que des formations géologiques attribuées au Déluge résultent en réalité du passage d’anciens glaciers. Ces avancées successives ont définitivement ancré la préhistoire comme la période précédant l’invention de l’écriture.