Un essai clinique présenté au congrès de la Société européenne de cardiologie montre qu’une stratégie de prescription de statines guidée par le score calcique coronaire cible nettement moins de patients en prévention primaire que les équations de risque traditionnelles, sans différence sur les événements cardiovasculaires majeurs après plus de quatre ans de suivi.
La prise en charge de la prévention primaire des maladies cardiovasculaires fait face à un débat persistant sur la meilleure méthode pour identifier les patients qui bénéficieraient le plus d’un traitement par statine. L’essai clinique randomisé CorCal Outcomes, dont les résultats ont été dévoilés lors d’une session Hot Line au congrès de la Société européenne de cardiologie présenté au ESC Congress 2026, apporte de nouveaux éléments sur l’utilisation du score calcique coronaire par rapport aux méthodes d’évaluation traditionnelles du risque.
Méthodologie et déroulement de l’essai CorCal Outcomes
L’étude a évalué deux approches distinctes pour guider l’instauration d’un traitement par statine chez des individus sans antécédent documenté de maladie coronaire, cérébrovasculaire ou vasculaire périphérique, et sans diabète. D’un côté, les équations de risque agrègent les facteurs traditionnels pour estimer une probabilité d’événement à dix ans. De l’autre, le score calcique coronaire mesure directement la charge athéromateuse calcifiée du patient par tomodensitométrie mesure directement la charge athéromateuse calcifiée.
Au total, l’essai a inclus 5 772 patients après l’invitation de plus de 75 539 personnes éligibles. La population se composait d’hommes de 50 à 80 ans et de femmes de 60 à 80 ans, affichant un âge moyen de 64 ans, dont les femmes constituaient une partie de la cohorte. Les participants ont été répartis par tirage au sort pour recevoir des recommandations thérapeutiques fondées soit sur leur score de risque des équations de cohorte poolées, soit sur leur score calcique coronaire. Les patients et leurs médecins ont ensuite pris les décisions finales de traitement.
Comparaison des stratégies : taux de prescription et observance
Les données comparatives révèlent des divergences marquées dans le volume des recommandations. La stratégie guidée par le score calcique a recommandé une statine à trois fois moins de patients que les équations de risque traditionnelles, soit 22,5 % contre 72,8 %. Si les prescriptions effectives ont été plus faibles dans le groupe score calcique (13,6 % contre 18,1 %), cette stratégie a converti une proportion beaucoup plus élevée de ses recommandations en actes de prescription réels.
Plus notable encore, l’observance thérapeutique à un an s’est avérée nettement supérieure chez les patients suivis par le score calcique, atteignant 62 % contre 23 % dans le groupe de référence. Concernant l’efficacité biologique, la baisse du cholestérol LDL chez les patients ayant reçu une recommandation de traitement s’est révélée deux fois plus importante sous stratégie guidée par le score calcique, avec une réduction moyenne de 37 mg/dL contre 18,3 mg/dL.
Événements cardiovasculaires et critères de jugement
Malgré ces écarts d’observance et de baisse lipidique, le critère de jugement principal composite — associant le décès, l’infarctus du myocarde non fatal, l’accident vasculaire cérébral non fatal et la revascularisation artérielle — n’a montré aucune différence entre les deux approches après un suivi moyen de 4,2 ans. Les événements cardiovasculaires majeurs sont survenus chez 2,7 % des patients dans chacun des deux groupes.
L’essai a toutefois été interrompu prématurément sur recommandation d’un comité de surveillance. Le nombre d’événements observés s’est élevé à 145, un chiffre nettement inférieur aux 458 événements initialement prévus par le calcul d’effectif, ce qui a réduit la puissance statistique de l’étude.

Le médecin principal de l’essai a également souligné que la non-infériorité n’a pas pu être formellement démontrée en raison de cette baisse du taux d’événements, tout en insistant sur la valeur des enseignements tirés de l’étude. Selon les données fournies par les chercheurs de l’Intermountain Health Care, l’approche offre des pistes précieuses pour optimiser l’efficacité de la prévention primaire et améliorer l’adhésion des patients grâce à une sélection plus fine par l’imagerie.
Perspectives pour les recommandations cliniques
Ces observations s’inscrivent dans un contexte réglementaire et professionnel en évolution. Les recommandations de gestion des dyslipidémies intègrent déjà l’idée que la présence d’une athélerosclérose subclinique mesurée par un score calcique élevé doit être considérée comme un modificateur de risque chez les sujets à risque modéré ou se trouvant autour des seuils de décision thérapeutique.

Les investigateurs estiment que les informations recueillies fournissent des bases solides pour concevoir de futurs essais randomisés de grande envergure, capables de comparer directement l’imagerie calcique aux algorithmes de risque traditionnels avec une puissance statistique adaptée.