Publié le 2024-05-03 14:35:00. Une analyse approfondie de plus d’un siècle de données épidémiologiques révèle que l’émergence de nouveaux virus a connu deux pics majeurs, entre 1950 et 1979, puis à partir des années 2000, avec une concentration initiale de cas aux États-Unis, en Chine et en Australie.
- L’étude identifie une accélération de l’émergence virale corrélée aux progrès des techniques de diagnostic et de surveillance.
- Les États-Unis, la Chine et l’Australie se distinguent comme des foyers initiaux de détection, reflétant davantage leurs capacités de recherche que des facteurs géographiques spécifiques.
- Le changement climatique et l’interaction croissante entre humains et animaux sont pointés du doigt comme des moteurs de l’émergence de maladies zoonotiques.
Une revue systématique de 212 virus humains signalés entre 1900 et 2024, menée par des chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney, en Australie, a permis de dresser un tableau précis des tendances temporelles, des origines géographiques, des modes de transmission et des syndromes cliniques associés aux maladies infectieuses émergentes. Les chercheurs ont également développé un nouvel outil de visualisation interactif pour faciliter l’exploration de ces données.
« Au cours du siècle dernier, l’émergence et la réémergence de maladies infectieuses allant du VIH/SIDA au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), en passant par le virus Zika, la COVID-19 et le Mpox, ont mis à plusieurs reprises à l’épreuve les systèmes de santé, mis en évidence les lacunes des infrastructures de surveillance et perturbé les économies et les sociétés », soulignent les auteurs de l’étude. Ils ajoutent que ces événements démontrent que l’apparition de nouveaux agents pathogènes n’est pas un phénomène rare, mais un processus continu influencé par un monde de plus en plus interconnecté et un environnement fragilisé.
L’analyse révèle que 87 virus ont émergé entre 1950 et 1979, tandis que 54 autres ont été détectés pour la première fois à partir de l’an 2000, représentant 25,5 % de tous les agents pathogènes émergents depuis le début du XXe siècle. Cette augmentation coïncide avec des avancées significatives dans le domaine du diagnostic moléculaire, le développement d’infrastructures de laboratoire plus performantes et la mise en place de réseaux de surveillance à l’échelle mondiale.
Les chercheurs notent que les capacités de surveillance et de recherche semblent jouer un rôle déterminant dans la détection précoce des virus. Les États-Unis (42 virus), la Chine (15) et l’Australie (10) sont les pays où le plus grand nombre de virus ont été identifiés initialement, ce qui, selon eux, reflète davantage leurs ressources et leurs infrastructures que des différences géographiques intrinsèques.
« Nos résultats mettent en évidence la manière dont les facteurs technologiques, écologiques et sociodémographiques façonnent l’émergence virale. »
Auteurs de l’étude
L’étude précise que les virus à ARN, tels que ceux responsables de la grippe et des coronavirus, sont particulièrement fréquents. De plus, 62 % des maladies infectieuses émergentes sont d’origine zoonotique ou transmises par des vecteurs. Les maladies fébriles représentent 27,4 % des infections, tandis que les maladies respiratoires et hémorragiques sont également courantes, avec des proportions respectives de 25,5 % et 14,2 %.
L’émergence de nouveaux agents pathogènes est favorisée par une combinaison de facteurs biologiques, écologiques et anthropiques, dont le changement climatique. L’augmentation des interactions entre les humains et les animaux, due à l’urbanisation, à la déforestation, à l’intensification de l’agriculture et au commerce des espèces sauvages, crée de nouvelles opportunités pour les virus de franchir les barrières entre les espèces.
Bien que les outils de surveillance se soient sophistiqués grâce à l’intégration de la génomique, de l’échantillonnage environnemental, de l’intelligence artificielle et de l’analyse de sources ouvertes, la détection précoce des virus émergents reste souvent entravée par la fragmentation des données, la sous-déclaration, le manque de standardisation et l’imprévisibilité des caractéristiques des nouveaux agents pathogènes. Les chercheurs insistent donc sur la nécessité de développer des outils capables de consolider les données historiques, de visualiser les tendances et de faciliter la modélisation prédictive. Ils soulignent également l’importance de renforcer les programmes de vaccination, de maintenir une surveillance rigoureuse et de favoriser la collaboration interdisciplinaire pour atténuer les risques liés aux futures épidémies et pandémies.