Home Des sportsL’IA perpétue des idéaux corporels irréalistes, une objectivation et un manque de diversité – en particulier pour les athlètes

L’IA perpétue des idéaux corporels irréalistes, une objectivation et un manque de diversité – en particulier pour les athlètes

by Camille Renault

Publié le 7 décembre 2025 à 14h40. L’intelligence artificielle (IA) façonne de plus en plus notre perception des corps, notamment ceux des athlètes. Une nouvelle étude révèle que les images générées par l’IA renforcent des idéaux corporels irréalistes, avec des conséquences potentielles sur la santé mentale et la performance sportive.

  • L’IA générative tend à représenter les athlètes comme jeunes, minces et musclés, excluant la diversité corporelle.
  • Les images produites par l’IA renforcent les stéréotypes de genre, avec une prédominance masculine dans les représentations athlétiques.
  • Cette exposition répétée à des images idéalisées peut entraîner une image corporelle négative, des troubles alimentaires et une baisse de la motivation sportive.

Une récente étude menée à l’Université de Toronto a analysé les caractéristiques physiques des images d’athlètes et de personnes non-athlètes créées par l’IA. Les chercheurs ont constaté que ces images véhiculent des normes corporelles exagérées, voire inatteignables. Ils ont examiné des données démographiques, les niveaux de graisse corporelle et de musculature, l’apparence vestimentaire et l’attrait physique général des images générées par différentes plateformes d’IA.

Les résultats de cette recherche mettent en évidence une tendance claire : les images masculines générées par l’IA présentent souvent des hommes jeunes (93,3 %), minces (68,4 %) et musclés (54,2 %). Les images féminines sont systématiquement associées à la jeunesse (100 %), à la minceur (87,5 %) et à des vêtements révélateurs (87,5 %). En ce qui concerne les athlètes, l’IA génère des images de personnes minces (98,4 %), musclées (93,4 %) et portant des tenues de sport moulantes et révélatrices (100 %). De manière frappante, aucune des images générées ne représente de personnes handicapées ou présentant des caractéristiques physiques considérées comme non conventionnelles, telles que des rides ou de la calvitie.

Les chercheurs soulignent que l’IA ne fait que reproduire les biais présents dans les données sur lesquelles elle est entraînée. Ces données proviennent largement des médias sociaux et d’autres sources en ligne, où les idéaux d’apparence nuisibles sont déjà omniprésents. L’objectivation du corps, un phénomène déjà bien documenté, est ainsi amplifiée par l’IA. Cette objectivation est liée à une image corporelle négative, à des problèmes de santé mentale et à une diminution des performances sportives.

Avec l’utilisation croissante de l’IA sur les réseaux sociaux – plus de 4,6 milliards de personnes utilisent ces plateformes, et 71 % des images y sont désormais générées par l’IA – il est crucial de comprendre comment ces technologies représentent les corps. Cette exposition répétée à des images idéalisées peut inciter les individus à adopter des comportements malsains, tels que des régimes restrictifs et une réduction de l’activité physique, voire à l’abandon du sport.

Les chercheurs insistent sur la nécessité de lutter contre les biais intégrés dans les modèles d’IA. Ils appellent à une plus grande intentionnalité dans la formulation des requêtes d’images et à une analyse critique des résultats. Il est essentiel de promouvoir une représentation plus diversifiée et réaliste des corps, afin de limiter l’internalisation de normes corporelles inaccessibles et de prévenir les conséquences négatives sur la santé mentale et le bien-être.

Un homme noir très musclé.
Une image générée par l’IA d’un athlète masculin par MidJourney à partir des recherches des auteurs.
(Delaney Thibodeau)
Un homme blanc très musclé.
Une autre image générée par l’IA d’un athlète masculin par MidJourney à partir des recherches des auteurs.
(Delaney Thibodeau)

Selon les données de Statistique Canada, environ 27 % des Canadiens de plus de 15 ans vivent avec au moins un handicap. L’absence de représentation de ces personnes dans les images générées par l’IA est particulièrement préoccupante. Des études ont également montré que l’IA peut même effacer les handicaps sur les photos de personnes réelles.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.