L’or a touché un sommet de trois mois et le bitcoin a franchi des seuils inédits fin août, stimulés par une hausse des rachats d’obligations du Trésor américain et une dette fédérale dépassant 40 000 milliards de dollars, relançant le pari mondial sur la dépréciation monétaire.
Un déclencheur au Trésor américain et une dette à 40 000 milliards
Le déclencheur de ce mouvement sur les marchés est daté précisément de la mi-août. Le même jour, la dette fédérale américaine a franchi pour la première fois la barre des 40 000 milliards de dollars, tandis que le déficit budgétaire mensuel de juillet atteignait un pic de cinq ans.
Deux hauts fonctionnaires du Trésor ont indiqué que le département pourrait utiliser son compte général pour contribuer au financement de ces opérations. Interrogé sur ces turbulences, Scott Bessent a affirmé disposer d’un vaste arsenal pour apaiser le marché des obligations gouvernementales face aux doutes entourant la santé financière de l’État.
Stephen Coltman, responsable de la macroéconomie chez 21Shares, via cnbc.com, a déclaré que la taille des achats du Trésor annoncés jusqu’à présent par Bessent était infime par rapport à la taille globale du marché, mais que l’effet de signal avait été très puissant.
Flambée de l’or et des actifs alternatifs
Face à la nervosité des investisseurs, les actifs réputés tangibles ont fortement progressé. L’or a touché un plus haut niveau en trois mois ce lundi, prolongeant une série de cinq semaines consécutives de hausse et se dirigeant vers sa plus forte progression mensuelle depuis 1999. Du côté des cryptomonnaies, le bitcoin a profité de la tendance pour franchir des sommets, atteignant brièvement 80 000 dollars, tandis que l’argent a progressé de façon marquée au cours du mois d’août.
Les analystes soulignent que les banques centrales continuent d’acheter massivement du métal jaune, maintenant un rythme supérieur à 1 000 tonnes par an pour la troisième année consécutive, un niveau sans précédent depuis la fin du système de Bretton Woods. Sur le plan technique, l’analyste Michael Hsueh de Deutsche Bank estime que l’or pourrait dépasser son objectif de cours fixé à 4 800 dollars l’once, la politique du Trésor ne faisant que renforcer la vision constructive sur le métal précieux.
Alerte sur les rendements obligataires et la crédibilité de la politique
Les rendements des bons du Trésor américain à long terme ont connu de fortes tensions. Le rendement à 30 ans a atteint un sommet de près de vingt ans à près d’un pic historique, contre un niveau inférieur en late juin. Malgré les interventions du Trésor, les investisseurs obligataires ont continué d’exprimer leurs doutes quant à l’adéquation des mesures prises.
Antoine Fraysse-Soulier, analyste chez eToro, via lerevenu.com, a indiqué que toute politique visant à contenir les rendements obligataires ravive les craintes de dépréciation monétaire à long terme, que l’or en profite, et que le bitcoin, avec son offre plafonnée à 21 millions d’unités, en fait de même.
Ce signal de défiance a également été relayé par le monde financier. Markets are saying something,
a déclaré le philanthrope et ancien trader d’énergie John Arnold dans une publication sur le réseau social X, qualifiant la baisse du dollar et le renforcement des actifs tangibles de composantes directes de ce commerce de dépréciation.
Risques pour le dollar et perspectives de politique monétaire
L’indice du dollar américain, qui mesure la devise face à six grandes monnaies, a touché des plus bas de trois mois, subissant sa troisième semaine de baisse sur les quatre dernières semaines. Nohshad Shah, responsable des ventes de taux pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique chez Citadel Securities, prévient que les efforts du Trésor pourraient accentuer la pression sur la monnaie américaine et assouplir les conditions financières, risquant d’aggraver une inflation déjà supérieure à la cible de la Réserve fédérale depuis de nombreuses années.

Face à ce scénario, les marchés évaluent la probabilité d’un resserrement monétaire de la part de la Fed. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux reflètent une probabilité significative d’une hausse des taux directeurs lors de la réunion d’octobre. Nohshad Shah a résumé en indiquant que le message du marché obligataire était direct et que la politique budgétaire ou monétaire devrait être plus restrictive, tout en avertissant que les ménages pourraient finir par payer l’attentisme des autorités face à la dégradation des comptes publics.