Publié le 12 octobre 2024 à 10h27. L’ancien joueur de cricket néo-zélandais Lou Vincent, impliqué dans des affaires de matches truqués il y a plus de dix ans, alerte sur l’étendue de la corruption sportive, qui ne se limite pas au cricket professionnel et touche désormais même les sports amateurs.
- Lou Vincent a été banni à vie du cricket pour avoir tenté de manipuler des rencontres dans plusieurs pays.
- Il affirme que tout sport diffusé en direct sur internet est potentiellement vulnérable aux paris illégaux et à la corruption.
- Vincent se consacre désormais à la prévention et à l’éducation des jeunes athlètes sur les risques de manipulation.
Lou Vincent, 44 ans, a pris la parole lors d’une conférence à Melbourne, en Australie, en amont d’un symposium de la police de Victoria consacré à l’intégrité sportive. L’ancien joueur de cricket, qui a disputé 23 tests-matchs et plus de 100 matchs ODI (One Day International) pour la Nouvelle-Zélande, a mis en garde contre une menace croissante : la corruption dans le sport, bien au-delà du cricket de haut niveau.
Selon Vincent, la facilité avec laquelle les compétitions sont diffusées en direct sur internet ouvre la porte à des paris clandestins et à des tentatives de manipulation, même dans des sports amateurs. « Il ne s’agit pas seulement de cricket, il s’agit de tous les sports. Il y a du football de troisième niveau en Nouvelle-Zélande que personne ne connaît et que dix personnes regardent, mais comme il est diffusé en direct sur internet, on peut parier dessus », a-t-il expliqué à l’agence de presse AAP. « Tout ce qui est filmé et diffusé en direct sur internet, ils trouvent un moyen d’accéder à des sites de paris clandestins et on peut parier sur tout, donc il ne s’agit pas seulement du sport professionnel, mais aussi du sport amateur. »
Vincent a lui-même été pris dans un scandale de trucage de matchs en 2008, ce qui lui a valu une interdiction à vie. Il a admis avoir été approché par des bookmakers et avoir succombé à la tentation de l’argent facile, notamment lors de son passage dans la Ligue indienne de cricket, une compétition non sanctionnée par le Conseil international du cricket (ICC). Il s’était alors décrit comme une cible privilégiée, attiré par une sorte de fraternité qui promettait protection et avantages.
Il a révélé un exemple concret de manipulation : marquer entre 10 et 15 points lors d’un match T20 avant de se faire éliminer. Vincent a décrit cette période comme un « nœud coulant autour du cou », source de menaces pour sa sécurité et celle de sa famille, jusqu’à ce qu’il prenne la décision de révéler la vérité.
Sa sanction à vie a été partiellement levée il y a deux ans, lui permettant de participer à nouveau au cricket au niveau amateur ou professionnel inférieur. Aujourd’hui, travaillant comme ouvrier du bâtiment en Nouvelle-Zélande, Vincent se consacre à la prévention et à l’éducation.
« D’une manière étrange, en m’appropriant ce que j’ai fait et en ayant l’opportunité d’utiliser mon histoire comme une énorme leçon éducative pour la prochaine génération, cela en valait la peine. »
Lou-Vincent
Vincent insiste sur l’importance d’un avertissement direct et personnel pour les jeunes athlètes. « J’ai un message puissant à transmettre à la prochaine génération et à la future génération de sportifs : ils peuvent facilement être manipulés ou corrompus dans ce monde souterrain sombre, que j’ai vécu personnellement », a-t-il déclaré. « J’ai quasiment détruit ma vie, détruit ma carrière, détruit mon avenir dans le sport, mais c’est une petite partie de redonner au suivant, d’aider à éduquer. Plus les jeunes athlètes en seront informés, plus ils seront conscients des signes et des personnes à éviter. »