L’Union européenne a prolongé jusqu’au 9 octobre 2027 les sanctions visant l’ancien colonel suisse Jacques Baud. Établi à Bruxelles et ciblé depuis décembre 2025 pour des interventions jugées prorusses, l’ex-officier conteste ces mesures devant le Tribunal de l’UE tout en dénonçant le blocage persistant de ses comptes bancaires.
La reconduction des sanctions et le profil de Jacques Baud
Le Conseil de l’UE a formellement reconduit le 8 octobre son régime restrictif contre les activités qualifiées de déstabilisatrices
de la Russie, englobant au total 80 personnes et 20 entités. Parmi elles figure Jacques Baud, âgé de 71 ans et inscrit sur cette liste noire depuis le 15 décembre 2025. Cette décision prolonge le gel des avoirs de l’ancien officier ainsi que ses interdictions de déplacement en Belgique et au-delà, maintenant ces contraintes jusqu’au 9 octobre 2027 selon les documents officiels cités par le média en ligne L’Impertinent.
Né à Genève, Jacques Baud a mené une carrière militaire et diplomatique avant sa retraite. Il a notamment exercé de 1983 à 1990 au sein du renseignement suisse, où il était chargé d’analyser les forces du Pacte de Varsovie, avant d’occuper diverses fonctions pour l’Organisation des Nations unies, en particulier au Soudan. Établi à Bruxelles, il s’est fait connaître par de nombreuses interventions critiques envers la politique menée par l’Occident et l’Union européenne face à la guerre en Ukraine, s’assurant une audience de plusieurs millions de vues sur des plateformes comme YouTube.
La reformulation juridique des accusations par Bruxelles
Les autorités européennes ont légèrement ajusté la formulation des griefs retenus contre l’ancien colonel sans toutefois modifier le fond des reproches. Initialement, Bruxelles lui imputait des actions de soutien aux initiatives russes qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers
, en visant explicitement l’Ukraine. Le nouveau texte adopté par le Conseil de l’UE évoque désormais des actes qui compromettent la démocratie et menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers
, retirant la mention explicite de l’Ukraine et transformant la conjonction alternative en exigence cumulative, comme le rapporte la presse suisse.
Le Conseil reproche par ailleurs à Jacques Baud d’avoir relayé des théories du complot et d’intervenir régulièrement dans des médias jugés prorusses, tels que Sud Radio, Le Média, Omerta ou l’hebdomadaire suisse alémanique Die Weltwoche. Parmi les points centraux de l’inculpation figure l’accusation d’avoir soutenu que Kiev aurait orchestré sa propre invasion pour faciliter son adhésion future à l’OTAN.
Défense, recours en justice et répercussions quotidiennes
L’intéressé rejette l’ensemble des accusations, estimant que les mesures prises à son encontre possèdent un caractère éminemment politique. Dans un entretien vidéo accordé à Roger Köppel pour le journal Die Weltwoche, il déclarait : Je n’ai absolument aucune relation avec la Russie.
Je n’ai reçu aucun centime, aucun rouble.
L’ancien officier affirme fonder ses analyses sur des documents d’origine américaine et ukrainienne, tout en précisant que ses propos sur l’invasion s’inspiraient d’une interview accordée en 2019 par Oleksiy Arestovytch, qui allait devenir conseiller de Volodymyr Zelensky.
Face à ces restrictions, la Commission européenne a défendu la légitimité du dispositif auprès de la NZZ, soulignant que les agissements des personnes sanctionnées doivent atteindre un seuil critique pour menacer les institutions démocratiques, l’État de droit ou la sécurité au sein de l’espace communautaire. Pour tenter de faire infirmer ces décisions, Jacques Baud a saisi le Tribunal de l’Union européenne dès le mois de mars 2026.
Sur le plan pratique, ces mesures continuent d’entraver lourdement son quotidien. L’ex-colonel ne peut plus accéder librement à ses avoirs bancaires ni percevoir sa pension, et demeure confiné en Belgique. S’il a pu bénéficier d’une dérogation humanitaire temporaire entre mars et juin pour débloquer son compte bancaire national, ses fonds sont redevenus inaccessibles au début du mois de juillet. Une nouvelle exception accordée par les autorités belges au début d’octobre n’avait pas encore été appliquée à la mi-octobre, conduisant l’intéressé à qualifier cette situation de kafkaïenne.