Publié le 2023-10-31. L’horreur est devenue le genre cinématographique à la croissance la plus rapide aux États-Unis, une fascination que le psychologue Coltan Scrivner explore dans son nouvel ouvrage, « Morbidly Curious », en expliquant que notre attirance pour le macabre pourrait avoir des vertus insoupçonnées.
- Le genre de l’horreur a vu sa part de marché quadrupler au cours de la dernière décennie aux États-Unis.
- Un intérêt pour les éléments effrayants pourrait être lié à un mécanisme de survie hérité de nos ancêtres.
- La consommation de contenu horrifique pourrait même aider à gérer l’anxiété et à renforcer la résilience psychologique.
Alors que la nuit d’Halloween approche, nombreux sont ceux qui se tourneront vers des films ou des histoires effrayantes. Ce penchant pour le macabre n’est pas nouveau, mais il semble s’intensifier. Selon les chiffres récents, l’horreur est désormais le genre cinématographique qui connaît la plus forte croissance aux États-Unis, sa part de marché ayant été multipliée par quatre en dix ans. Cette popularité croissante interroge sur les raisons qui nous poussent à rechercher des émotions négatives, et c’est précisément ce que tente d’expliquer le psychologue Coltan Scrivner dans son livre, « Morbidly Curious ».
Coltan Scrivner, chercheur à l’Arizona State University, avance que notre fascination pour l’horreur remonte à l’aube de l’humanité.
« Dès que nous racontions des histoires, nous racontions des histoires effrayantes. Et c’est plutôt logique, non ? Les anciens humains, en particulier, vivaient dans un monde très dangereux, entouré de nombreuses menaces réelles. Et donc raconter des histoires sur ces menaces aurait été utile pour nos ancêtres. »
Coltan Scrivner, auteur de « Morbidly Curious : A Scientist Explains Why We Can’t Look Away »
Il suggère que l’intérêt pour les dangers, même simulés, serait un héritage de nos instincts de survie. Comme le font encore aujourd’hui certains animaux, comme les zèbres ou les gazelles, qui observent attentivement leurs prédateurs pour mieux anticiper les menaces, nous serions naturellement attirés par l’exploration des dangers potentiels.
Mais pourquoi l’horreur, sous forme de films ou de littérature, est-elle si populaire ? Selon Scrivner, la fiction offre des scénarios que l’actualité ne propose pas toujours, et permet d’explorer des situations extrêmes en toute sécurité. Il prend l’exemple du film « Contagion » (2011), qui a connu un regain de popularité au début de la pandémie de COVID-19.
« Il était assez populaire à sa sortie, puis il a en quelque sorte disparu des yeux du public, puis en mars 2020, il est redevenu le film le plus populaire en Amérique, car c’était une excellente simulation de quelque chose dont beaucoup de gens avaient peur, mais qu’ils traversaient. »
Coltan Scrivner, auteur de « Morbidly Curious : A Scientist Explains Why We Can’t Look Away »
L’auteur va même plus loin en affirmant que la consommation de contenu horrifique pourrait avoir des bénéfices psychologiques. Il explique que s’exposer à des émotions comme la peur et l’anxiété dans un environnement contrôlé peut nous aider à mieux les gérer dans la vie réelle. Une étude menée en 2020, pendant la pandémie, a d’ailleurs révélé que les personnes qui appréciaient les films d’horreur étaient plus résilientes face au stress.
« Si vous souffrez d’anxiété, et en particulier d’anxiété généralisée, où vous n’avez pas vraiment de source pour ce qui vous rend stressé ou mal à l’aise, il est vraiment difficile de sortir d’un cycle de rumination. Et une chose que de nombreux fans d’horreur ont découverte, c’est que les films d’horreur sont en fait très efficaces pour fournir une sorte de sortie à ces sentiments d’anxiété. »
Coltan Scrivner, auteur de « Morbidly Curious : A Scientist Explains Why We Can’t Look Away »
En détournant notre attention vers une source de peur spécifique, les films d’horreur pourraient nous aider à briser le cycle de l’anxiété généralisée.
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