Le Myanmar a entamé ce dimanche une série d’élections générales, les premières depuis cinq ans, organisées par la junte militaire en pleine guerre civile. Ce scrutin, largement critiqué pour son manque de transparence et l’exclusion de l’opposition, pourrait consolider le pouvoir du général Min Aung Hlaing.
Plus de 4 800 candidats issus de 57 partis sont en lice pour des sièges au niveau national et régional, mais seuls six ont une réelle chance d’influencer la politique parlementaire. Le Parti de l’Union Solidarité et du Développement (PUSD), soutenu par l’armée, est considéré comme le principal concurrent. Le vote se déroule en trois phases, les 102 townships sur 330 ayant participé ce dimanche. Les deux autres phases sont prévues les 11 et 25 janvier, avec des résultats définitifs attendus d’ici février.
Les critiques dénoncent un simulacre de légitimité pour le régime militaire, qui a pris le pouvoir en février 2021 en renversant le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), son parti, a été dissoute en 2023 après avoir refusé de se conformer aux nouvelles règles imposées par la junte. Plusieurs autres partis ont également choisi de ne pas participer, et des appels au boycott ont été lancés par les groupes d’opposition.
« Une élection organisée par une junte qui continue de bombarder des civils, d’emprisonner des dirigeants politiques et de criminaliser toutes les formes de dissidence n’est pas une élection – c’est le théâtre de l’absurde exécuté sous la menace d’une arme », a déclaré Tom Andrews, expert des droits de l’homme de l’ONU pour le Myanmar, sur le réseau social X.
La tenue de ces élections pourrait néanmoins servir de prétexte à des pays voisins, tels que la Chine, l’Inde et la Thaïlande, pour maintenir leur soutien au Myanmar, arguant qu’elles favorisent la stabilité. Les pays occidentaux, quant à eux, maintiennent leurs sanctions contre les généraux au pouvoir en raison de leurs actions antidémocratiques et de la répression en cours.
Aung San Suu Kyi, âgée de 80 ans, purge actuellement une peine de 27 ans de prison pour des accusations jugées fallacieuses et politiquement motivées. Selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, plus de 22 000 personnes sont actuellement détenues pour des motifs politiques au Myanmar. Plus de 7 600 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d’État de 2021.
La résistance armée s’est développée après la répression violente des manifestations pacifiques qui ont suivi le coup d’État. La guerre civile qui en a résulté a provoqué le déplacement de plus de 3,6 millions de personnes, selon les chiffres de l’ONU. Une nouvelle loi sur la protection des élections impose des sanctions sévères pour toute critique publique du processus électoral.
Amael Vier, analyste du Réseau asiatique pour des élections libres, a souligné le manque de véritable choix offert aux électeurs, rappelant que 73 % des voix avaient été attribuées à des partis aujourd’hui disparus lors des élections de 2020.