Le cinéaste chilien Patricio Guzmán, célèbre pour sa trilogie documentaire La Bataille du Chili retraçant le régime et la chute de Salvador Allende, est décédé à Paris à l’âge de 85 ans. Sa femme a confirmé la nouvelle auprès de l’AFP, marquant la disparition d’une figure majeure de la mémoire politique et du cinéma documentaire international.
L’orfèvre de la mémoire politique et de la tragédie chilienne
Né à Santiago le 11 août 1941, le réalisateur a consacré l’essentiel de son œuvre à ausculter les traumatismes de son pays natal et à lutter activement contre l’amnésie collective. Distingué à de multiples reprises dans les festivals internationaux comme Cannes et Berlin, le documentariste s’est imposé comme un témoin incontournable de l’histoire sud-américaine. Son travail monumental a débuté entre 1972 et 1973 avec la réalisation de La Bataille du Chili, une fresque en trois volets et de cinq heures documentant l’expérience socialiste de Salvador Allende jusqu’au coup d’État du général Pinochet le 11 septembre 1973.
Cette œuvre fondatrice s’est construite au péril de sa vie. Après le renversement du gouvernement démocratique, le réalisateur lui-même a été arrêté et soumis à des simulacres d’exécution avant de prendre le chemin de l’exil. Réfugié successivement à Cuba, en Espagne puis en France, il n’a jamais cessé de filmer les soubresauts de sa patrie d’origine.
La mémoire a sa propre force de gravité. Les États qui enfouissent leurs crimes passés sont à la traîne.
Patricio Guzmán, cinéaste, via l’AFP
Cette conviction, exprimée lors de la sélection de son film Nostalgie de la lumière au festival de Cannes en 2010, résume à elle seule l’ambition d’une filmographie entièrement tournée vers la quête de vérité historique.
Un regard inlassable du Chili à la France en passant par Cuba
Tout au long de sa carrière hors de ses frontières, il a bâti une œuvre protéiforme qui aborde l’histoire sous des angles inattendus, mêlant l’intime et le politique. En 1987, il signe Au nom de Dieu, qui interroge l’attitude de l’Église catholique face au régime militaire chilien, avant de consacrer un long métrage à l’ancien président assassiné avec Salvador Allende en 2004.
L’approche du cinéaste reposait sur une conception très personnelle de son médium, qu’il comparait souvent à un outil de pêche spirituel et politique. Le documentaire est un filet que tu lances et dont tu retires ce qui t’intéresse
, expliquait-il il y a quelques années, estimant que cet exercice permettait de sonder directement l’état d’âme d’un pays
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Des cimes des Andes à la révolte sociale contemporaine
Au fil des décennies, son exigence artistique n’a jamais faibli, trouvant dans la géographie et les mouvements sociaux de nouveaux moyens d’expression. Avec La Cordillère des rêves, qui a décroché l’Œil d’or du meilleur documentaire à Cannes en 2019, il a transformé la chaîne montagneuse andine en un témoin silencieux et immuable de la répression politique sur l’ensemble du continent sud-américain.

Son ultime démarche artistique s’est attachée au Chili contemporain à travers Mon pays imaginaire, sorti en 2022, qui documente la grande révolte sociale ayant secoué le pays en 2019. Cette filmographie s’achève sur le constat qu’il répétait inlassablement à ses interlocuteurs : Un pays qui n’a pas de cinéma documentaire, c’est comme une famille sans album de famille
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