Publié le 14 décembre 2023. Julius Ibrani, avocat indonésien de renom et défenseur des droits humains, a reçu le Prix asiatique de la démocratie et des droits de l’homme à Taïwan, une distinction qui souligne la détérioration de l’espace civique en Indonésie et les risques croissants encourus par les défenseurs des droits.
- Julius Ibrani et son organisation, l’Association indonésienne d’aide juridique et des droits de l’homme (PBHI), sont confrontés à des intimidations et un harcèlement croissants de la part des autorités indonésiennes.
- La situation des droits humains en Indonésie s’est dégradée, rappelant les années précédant la chute du régime autoritaire de Suharto.
- PBHI renforce ses partenariats internationaux pour accroître l’impact de ses actions et attirer l’attention sur les violations des droits de l’homme en Indonésie.
À Taipei, peu après avoir reçu le prestigieux prix décerné par la Fondation taïwanaise pour la démocratie (TFD), Julius Ibrani a confié à l’agence de presse CNA :
« Je suis toujours humain… Je ne suis pas Superman. »
Julius Ibrani, avocat et directeur de PBHI
Cette déclaration, empreinte d’humilité, témoigne de la pression constante à laquelle il est exposé dans son travail de défense des groupes vulnérables à travers l’Indonésie.
Julius Ibrani, à la tête de PBHI depuis 2021, a été confronté à de nombreux défis au cours de ses décennies d’engagement. Il a notamment subi une surveillance constante de la part des forces de sécurité. Cet été, le harcèlement s’est intensifié, le contraignant à déménager avec sa famille et à fermer temporairement une petite entreprise familiale. Il a même reçu des appels lui déconseillant de se rendre à Taïwan pour la cérémonie de remise du prix.
Malgré ces pressions, Julius Ibrani affirme avoir appris à « accepter » ses peurs et à naviguer avec plus de tact dans ses interactions avec les autorités. PBHI a ainsi réussi, en août dernier, à obtenir la libération d’une femme enceinte arrêtée lors de manifestations antigouvernementales, en combinant une assistance juridique efficace avec une campagne de sensibilisation qui a suscité l’indignation du public, notamment parmi les mères de famille.
La situation des droits humains en Indonésie est préoccupante, selon Julius Ibrani. Il établit un parallèle entre le rétrécissement de l’espace civique actuel et l’impunité dont jouissaient les autorités il y a trente ans, à la fin du régime autoritaire de l’ancien président Suharto, période durant laquelle PBHI a été fondée par une vingtaine de militants.
L’administration actuelle, dirigée par Prabowo Subianto, a été critiquée pour sa répression violente d’une importante manifestation fin août, initialement déclenchée par de nouveaux avantages accordés aux parlementaires et exacerbée par la mort d’un chauffeur de taxi-scooter, percuté par un véhicule de police. La gestion de ces manifestations à l’échelle nationale, qui ont conduit à des milliers d’arrestations, a été dénoncée par Amnesty International pour un « usage excessif et illégal de la force » par les forces de l’ordre.
Fondée en 1996, PBHI s’est imposée comme l’une des principales organisations indonésiennes de défense des droits humains. Elle apporte une aide juridique aux civils et aux militants poursuivis en justice, et documente les meurtres, les enlèvements et les détentions arbitraires qui auraient été commis par les autorités. Depuis trois ans, PBHI cherche à étendre ses partenariats internationaux, une stratégie que Julius Ibrani qualifie de « très puissante ». Il explique que la collaboration avec des partenaires régionaux et internationaux renforce les campagnes de défense des droits de l’homme et augmente la visibilité médiatique et l’attention des organisations internationales.
Le prix décerné par la TFD, une organisation à but non lucratif financée par le gouvernement taïwanais et dédiée à la promotion de la démocratie, est perçu par Julius Ibrani comme une reconnaissance de l’engagement de PBHI :
« Cela signifie que nous devons faire davantage. »
Julius Ibrani, avocat et directeur de PBHI