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Pourquoi dynamiser les entreprises est le véritable moment d’éclairage pour l’Afrique

Publié le 9 octobre 2024 23h00:00. Malgré les efforts considérables déployés au cours des quinze dernières années, plus de 600 millions d'Africains restent privés d'électricité, un chiffre qui reflète une croissance démographique rapide dépassant la capacité d'électrification du…

Pourquoi dynamiser les entreprises est le véritable moment d’éclairage pour l’Afrique

Publié le 9 octobre 2024 23h00:00. Malgré les efforts considérables déployés au cours des quinze dernières années, plus de 600 millions d’Africains restent privés d’électricité, un chiffre qui reflète une croissance démographique rapide dépassant la capacité d’électrification du continent. Une nouvelle initiative à 90 milliards de dollars vise à changer la donne, mais son approche est remise en question par certains experts.

  • Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, un chiffre qui reste inchangé depuis 15 ans.
  • La Banque mondiale et la Banque africaine de développement ont lancé un projet de 90 milliards de dollars pour connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030.
  • Certains économistes estiment que l’approche actuelle, axée sur l’accès à l’électricité pour les plus pauvres, est contre-productive et qu’il faudrait plutôt favoriser la croissance économique pour rendre l’électricité abordable.

Dans un contexte mondial en constante mutation, un constat demeure alarmant : le nombre d’Africains sans accès à l’électricité est obstinément bloqué à 600 millions. Ce chiffre, qui défie les efforts d’électrification, illustre une réalité démographique où la croissance de la population surpasse la capacité à fournir de l’énergie à tous.

En 2010, l’Agence internationale de l’énergie estimait que plus d’un tiers des personnes privées d’électricité dans le monde se trouvaient en Afrique. Aujourd’hui, ce chiffre a grimpé à 80 % des 740 millions de personnes qui vivent encore dans l’obscurité, selon les données les plus récentes. L’Afrique subsaharienne concentre désormais l’essentiel du déficit énergétique mondial.

Face à ce défi, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement ont conjointement lancé, l’année dernière, un ambitieux projet de 90 milliards de dollars. L’objectif affiché est de connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030. Une initiative louable, qui vise à mobiliser les efforts et à catalyser les investissements.

L’implication d’institutions multilatérales dans cette initiative soulève toutefois des questions. Si de nombreux pays africains ont défini leurs propres objectifs en matière d’électrification, l’approche globale de Mission 300, qui prévoit la signature de « pactes énergétiques » en échange d’engagements réglementaires et financiers, mérite d’être examinée de près.

Moussa Blimpo, professeur d’économie à l’Université de Toronto et spécialiste de l’électrification, estime que Mission 300 met la charrue avant les bœufs. Il critique une approche qui vise à fournir l’électricité aux populations les plus pauvres, sans tenir compte de leur capacité financière. Selon lui, cela risque de conduire à des subventions insoutenables, à des difficultés financières pour les fournisseurs d’électricité et à un endettement public accru.

« L’objectif devrait être l’inverse : créer un environnement favorable au développement économique, générer des emplois et favoriser la croissance afin que les populations puissent se permettre l’électricité aux tarifs commerciaux, si elles le souhaitent. »

Moussa Blimpo, professeur d’économie à l’Université de Toronto

Cette perspective, bien que pouvant paraître contre-intuitive, met en lumière les fondements du développement économique. Selon Blimpo, il est plus efficace de créer les conditions d’une prospérité générale, permettant aux individus d’investir dans l’éducation, la santé et l’accès à l’énergie. Il a développé ses réflexions dans le rapport de la Banque mondiale sur l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne.

L’exemple de l’Afrique du Sud est révélateur. Les fréquentes coupures de courant, résultant de l’obsolescence des infrastructures et d’une gestion déficiente du fournisseur d’électricité public Eskom, ont coûté à l’économie 235 millions de dollars par jour, selon les estimations des économistes. La réduction de ces interruptions a eu un impact positif bien plus important que l’extension du réseau électrique aux zones rurales isolées.

Il peut sembler paradoxal de privilégier l’amélioration de l’approvisionnement pour ceux qui en ont déjà les moyens. Cependant, comme le souligne Angus Deaton, économiste lauréat du prix Nobel, dans son ouvrage La grande évasion, les bénéfices de la croissance économique profitent d’abord à certains segments de la population. Deng Xiaoping, l’architecte des réformes économiques chinoises, avait fait de l’enrichissement initial de certains groupes sociaux le moteur du développement.

Mission 300, en misant sur les solutions hors réseau et les énergies renouvelables, adopte une approche différente. Elle s’inscrit dans une logique de rattrapage, visant à fournir un accès de base à l’électricité aux populations les plus vulnérables. L’initiative repose sur l’idée que l’accès à l’énergie peut stimuler l’entrepreneuriat à petite échelle.

Si cette hypothèse n’est pas dénuée de fondement, l’impact de l’électricité sera d’autant plus significatif qu’elle sera mise au service des entreprises formelles, véritables moteurs de croissance économique et de création d’emplois. Comme le souligne Ken Opalo de l’université de Georgetown, dans une analyse récente : « L’éclosion de micro-entreprises ne suffira pas à elle seule. »

L’idée que des millions d’individus consommant de faibles quantités d’électricité puissent transformer une économie est symptomatique d’une idéologie du « petit est beau ». Or, l’expérience des pays qui ont réussi à sortir de la pauvreté montre qu’il est préférable d’avoir l’ambition de viser grand et de créer une croissance durable, capable d’améliorer les conditions de vie de tous. Une fois que des perspectives économiques réelles se présentent, rares sont ceux qui choisiront de rester dans l’obscurité.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.