Home DivertissementRevue « Guac » : un cas déchirant en faveur d’une réforme des armes à feu

Revue « Guac » : un cas déchirant en faveur d’une réforme des armes à feu

by Antoine Girard

Publié le 26 octobre 2023 10:15:00. Sur les planches du Kirk Douglas Theatre, « Guac », une performance poignante et engagée, transforme le deuil personnel d’un père en un cri de protestation contre la violence armée, rappelant que la tragédie peut frapper n’importe qui, n’importe où.

  • Manuel Oliver, dont le fils a été tué lors de la fusillade de Parkland en 2018, présente une œuvre théâtrale unique, à la fois intime et militante.
  • La pièce, co-écrite par James Clements et mise en scène par Michael Cotey, rend hommage à la vie de Joaquín, surnommé Guac, et plaide pour un contrôle plus strict des armes à feu.
  • « Guac » est née d’une initiative plus large, Change the Ref, qui vise à sensibiliser le public aux fusillades de masse et à encourager l’activisme chez les jeunes.

La douleur d’un parent face à la perte d’un enfant est un thème récurrent dans la tragédie classique. Euripide, considéré par Aristote comme « le plus tragique des poètes », explorait cette souffrance dans des œuvres telles que « Hécube », « Hippolyte » et « Les Bacchantes ». Shakespeare, quant à lui, a offert une représentation emblématique de ce deuil dans « Le Roi Lear », où le monarque, tenant le corps sans vie de sa fille, répète inlassablement le mot « jamais », soulignant l’irréversibilité de la perte.

Dans ces tragédies, les protagonistes sont souvent rongés par la culpabilité, même si leur rôle dans le malheur est involontaire ou inévitable. Thésée dans « Hippolyte » et Agave dans « Les Bacchantes » sont confrontés à leur responsabilité dans la mort de leurs proches. Lear, bien qu’il reconnaisse trop tard son erreur de jugement, est également hanté par ses propres actions. Mais « Guac », la performance solo présentée au Kirk Douglas Theatre, se distingue radicalement : Manuel Oliver n’incarne pas seulement un père endeuillé, il *est* un père endeuillé.

Son fils, Joaquín, 17 ans, affectueusement surnommé Guac par sa famille et ses amis, a été l’une des 17 victimes de la fusillade qui a frappé le lycée Marjory Stoneman Douglas à Parkland, en Floride, en 2018. La pièce, écrite et interprétée par Oliver, transforme son chagrin personnel en un acte d’activisme puissant et poignant.

Co-écrite avec James Clements et mise en scène par Michael Cotey, « Guac » partage l’histoire de la vie courte mais intense de Joaquín avec le public. Oliver ne se contente pas de pleurer son fils, il célèbre sa mémoire. Guac était bien plus qu’un fils pour lui : c’était son meilleur ami, son guide dans la découverte de la culture américaine. Immigrants vénézuéliens, la famille avait trouvé un nouveau départ aux États-Unis, et Guac les avait aidés à s’approprier ce pays.

Pour rendre hommage à la vie de son fils, Oliver présente au public une série de photographies de famille, qu’il a transformées en œuvres d’art. L’image de Guac, constamment retouchée et embellie pendant la représentation, est omniprésente. En ajoutant des détails à l’arrière-plan et en modifiant les vêtements de son fils, Oliver nous raconte l’histoire de leur vie partagée, brutalement interrompue.

La tragédie est palpable, viscérale. Oliver porte le poids de sa perte et le transforme en énergie pour son combat. La pièce plaide en faveur d’une législation plus stricte sur les armes à feu, avec l’éloquence déchirante d’un père dont la vie a basculé le jour où il a déposé son fils à l’école, un jour de Saint-Valentin qui avait commencé avec tant de promesses.

Ce qui est arrivé à Joaquín pourrait arriver à n’importe qui, à tout moment, dans un pays où les élus, souvent financés par le lobby des armes à feu, se dérobent à leurs responsabilités et se contentent de proposer des « pensées et des prières » vides de sens au lieu d’une réforme significative. Le résultat est une atmosphère de peur et de suspicion, où chacun scrute la foule et surveille les issues de secours dans les lieux publics.

Oliver n’est pas un acteur professionnel. Il est avant tout un père. Mais c’est précisément cette authenticité, cette simplicité, qui lui permet de créer un lien si fort avec le public. Il est sur scène, mais on l’imagine facilement en train d’échanger quelques mots avec ses voisins.

Il évoque son fils en se remémorant avec tendresse sa passion pour l’air guitar. Les accords de « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd résonnent dans le théâtre tandis qu’il anime le portrait de Guac avec passion. Les mots « J’aurais aimé être ici » sont ajoutés au T-shirt de Guac, un sentiment que le public partage avec une émotion intense. Oliver invite ensuite sa femme, Patricia, sur scène, transformant l’espace théâtral en une extension de la réalité nationale.

En mémoire de Joaquín, le couple a créé Change the Ref, une organisation dédiée à la sensibilisation aux fusillades de masse et à l’autonomisation de la prochaine génération d’activistes par le biais de « la créativité, de l’activisme, de la perturbation et de l’éducation ». changetheref.org « Guac » est un témoignage poignant de ce qui peut naître d’une tragédie qui ne peut plus être considérée comme impensable.

<div class=”enhancement” data-click=”enhancement” data-align-center”>

‘Guac’

Où: Théâtre Kirk Douglas, 9820 Washington Blvd., Culver City

Quand: 19h30 du mardi au jeudi, 20h les vendredis et samedis, 13h le dimanche. Pas de spectacle le 31 octobre. Représentation supplémentaire le dimanche 2 novembre à 19h.

Billets : À partir de 34,50 $

Contact: CenterTheatreGroup.org

Durée : 1 heure 40 minutes

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.