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Sahel : forêts transformées en bases opérationnelles permanentes des jihadistes

by Clara Dubois
Les forêts du Sahel comme hubs logistiques et économiques des groupes jihadistes

Les forêts du Sahel, autrefois considérées comme des refuges temporaires, sont devenues des bases opérationnelles permanentes pour les groupes jihadistes, selon des analyses récentes et des rapports sur le terrain. Depuis juin 2026, le Mali a déclaré 39 parcs et forêts, dont la forêt de Faya de 80 000 hectares, "zones interdites aux civils", où les forces armées ont pour mission d’éliminer toutes les cibles liées aux groupes terroristes. Cette mesure fait suite à des attaques majeures menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda, et ses alliés séparatistes touaregs, qui ont fait des centaines de morts depuis avril dernier.


Les forêts du Sahel comme hubs logistiques et économiques des groupes jihadistes

Les forêts du Sahel ne sont plus de simples cachettes, mais des bases logistiques et économiques pour des groupes comme le JNIM et la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP). Selon Samir Bhattacharya, chercheur associé à l’Observer Research Foundation, ces espaces offrent des avantages tactiques majeurs : protection contre la surveillance aérienne, intégration dans les économies informelles locales (orpaillage, braconnage, contrebande), et capacité à organiser des gouvernances parallèles. "Les forêts ne sont pas des espaces accidentellement exploités, mais des choix stratégiques", souligne Bhattacharya. Les groupes y exploitent aussi des ressources naturelles, comme le bois ou l’or, pour financer leurs opérations.

Les forêts du Sahel comme hubs logistiques et économiques des groupes jihadistes

Le complexe W-Arly-Pendjari (WAP), qui s’étend sur le Benin, le Burkina Faso et le Niger, est un exemple frappant. Entre 2021 et 2024, plus de 120 soldats y ont trouvé la mort, et des attaques récentes ont ciblé des positions militaires près des frontières. En janvier 2025, une attaque près du "point triple" (où se rencontrent les trois pays) a fait près de 30 morts, et en avril 2025, le JNIM a tué au moins 54 soldats béninois dans une embuscade près de la frontière. Ces zones, souvent mal contrôlées par les États, deviennent des sanctuaires où les groupes terroristes peuvent se réorganiser et frapper sans relâche.


Les réponses militaires limitées face à l’implantation durable des jihadistes

Les gouvernements de la région tentent de riposter. Le Mali a étendu ses opérations militaires dans les forêts, tandis que le Burkina Faso et le Niger ont déclaré des "zones rouges" où les civils sont évacués. Pourtant, ces mesures peinent à endiguer la menace. Au Niger, la région de Torodi, frontalière avec le Burkina Faso, est devenue un épicentre de la violence jihadiste. Un responsable d’une association nigérienne du bois a déclaré à l’AFP que les groupes terroristes y brûlent des camions et tuent des travailleurs locaux. "Nous avons arrêté d’y aller, c’est l’enfer", a témoigné un chauffeur de camion, Hassane Gourouza.

French troops pull out of Mali: Sahel 'priority' area for Al-Qaeda, IS expansion • FRANCE 24

Les drones et les blindés, traditionnellement utilisés contre les insurgés, se révèlent peu efficaces dans ces espaces boisés et isolés. Les groupes jihadistes, en s’implantant durablement dans les forêts, exploitent aussi les failles des économies locales. Selon le projet ACLED, les attaques dans les réserves naturelles et les forêts désignées indiquent une dépendance délibérée des groupes à ces espaces. "Les forêts sont devenues des bases permanentes, pas seulement des cachettes", résume Bhattacharya.


L’exemple du complexe W-Arly-Pendjari : un foyer de violence transfrontalière

Quelles perspectives pour l’avenir ?

L’exemple du complexe W-Arly-Pendjari : un foyer de violence transfrontalière

La situation dans le Sahel reste critique. Les forêts, en offrant une combinaison unique de protection, de ressources et de faiblesse des États, continuent de servir de tremplin aux groupes jihadistes. Les attaques récentes, comme celle de Woro au Nigeria en février 2026, illustrent cette dynamique : près de 200 personnes ont été tuées dans une zone boisée proche du parc national de Kainji, un nouveau foyer de violence jihadiste. La coopération régionale, déjà fragile, est essentielle pour contrer cette menace, mais les divergences politiques et les capacités militaires limitées freinent les progrès.

Les populations locales prises en étau entre jihadistes et impuissance des États

À court terme, les populations locales et les travailleurs des zones forestières restent les premières victimes de cette guerre par procuration. Sans une stratégie coordonnée et une présence militaire accrue, les forêts du Sahel continueront de jouer un rôle central dans la stratégie des groupes terroristes, au détriment de la stabilité régionale.

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