Publié le 23 décembre 2025 à 09h31. Un vaste scandale de détournement et de vente illégale d’œuvres d’art anciennes secoue le musée de Nanjing, en Chine, impliquant d’anciens responsables et des transactions suspectes avec des collectionneurs étrangers.
- L’ancien directeur du musée de Nanjing, Xu Huping, est accusé d’avoir volé et vendu des trésors nationaux.
- Des accusations de corruption impliquant des fonctionnaires de haut rang, dont un ancien procureur général, ont été portées.
- Plus de 100 000 œuvres d’art auraient été stockées dans un entrepôt à Nanjing et vendues illégalement.
Le scandale a éclaté la semaine dernière après la découverte de la possible falsification d’un tableau de la dynastie Ming, « Jiang Nanchun », qui avait été présenté lors d’une vente aux enchères à Pékin. Le musée avait initialement affirmé qu’il s’agissait d’une copie, mais cette version est désormais remise en question.
Selon Guo Lidian, un ancien employé de l’Académie Nanjing Nanbo, Xu Huping aurait orchestré un système sophistiqué pour déposséder le musée de ses œuvres les plus précieuses. Il affirme que Xu Huping a falsifié l’authenticité de nombreuses pièces, notamment celles provenant de la Cité Interdite, les déclarant « fausses » afin de les vendre à bas prix à un magasin de reliques culturelles de la province du Jiangsu, dont il était responsable. Ces œuvres étaient ensuite revendues à des sociétés de vente aux enchères à Shanghai, puis à des collectionneurs français et d’autres acheteurs internationaux, générant des profits considérables.
« Xu Huping a déchiré les sceaux de la guerre anti-japonaise sur les boîtes de stockage des reliques culturelles sans l’approbation de l’Administration d’État du patrimoine culturel et a sorti un grand nombre de précieuses reliques culturelles. »
Guo Lidian, ancien employé de l’Académie Nanjing Nanbo
Guo Lidian accuse également Xu Huping d’avoir offert des peintures et des calligraphies à des fonctionnaires de tous niveaux pour obtenir leur protection et éviter les poursuites. Parmi eux, Han Jianlin, l’ancien procureur général du Parquet provincial du Jiangsu, qui a été démis de ses fonctions en 2004, aurait bénéficié de ces cadeaux. Selon Guo Lidian, plus de 2 211 boîtes de reliques culturelles ont été transférées depuis la Cité Interdite vers un entrepôt à Nanjing, où elles ont été soumises à ces manipulations.
L’affaire a suscité une vive indignation en Chine, où la protection du patrimoine culturel est une question sensible. Des signalements ont été faits dès 2008, mais, selon Guo Lidian, ils n’ont pas abouti en raison de l’influence et des pots-de-vin impliqués. Un rapport interne de l’agence de presse Xinhua, intitulé « Xu Huping Corruption Materials », aurait été publié en 2008, mais n’a pas conduit à des sanctions.
Le média chinois The Paper a rapporté que « Jiang Nanchun » était apparu lors d’une avant-première aux enchères à Pékin en mai dernier. Le tableau avait été donné au musée de Nanjing par les descendants de Pang Laichen, un collectionneur chinois moderne, qui avait fait don d’un ensemble important de 137 œuvres d’art au musée dans les années 1950.
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