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Session d’urgence sur les troubles politiques à Madagascar – Amani Africa

Publié le 13 octobre 2025 à 16h30. Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine se réunit en urgence ce dimanche pour examiner la situation politique tendue à Madagascar, où des manifestations massives et des signes…

Publié le 13 octobre 2025 à 16h30. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine se réunit en urgence ce dimanche pour examiner la situation politique tendue à Madagascar, où des manifestations massives et des signes d’une possible intervention militaire inquiètent la communauté internationale.

  • Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) convoque une session d’urgence pour répondre à l’escalade des tensions à Madagascar.
  • Des soldats auraient rejoint les protestations antigouvernementales, et une unité militaire d’élite a revendiqué le contrôle de certaines parties des forces armées.
  • La SADC et l’UA ont exprimé leur préoccupation et appelé à la retenue, tandis que le bilan des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre continue de s’alourdir.

La situation à Madagascar est devenue préoccupante ces dernières semaines, marquée par des manifestations de grande ampleur alimentées par la frustration face aux coupures récurrentes d’électricité et d’eau, à la hausse du coût de la vie, au chômage et à un sentiment général de désillusion envers la gouvernance. Ce qui a débuté fin septembre comme des rassemblements locaux de jeunes s’est rapidement transformé en un mouvement national exigeant davantage de responsabilité et des réformes politiques, attirant le soutien de figures de l’opposition.

Le président Andry Rajoelina a tenté de désamorcer la crise en dissolvant le gouvernement et en nommant un général au poste de Premier ministre, une décision interprétée comme une tentative de s’assurer de la loyauté de l’armée. Il a également appelé au dialogue, mais ces efforts n’ont pas suffi à calmer les manifestants qui réclament son départ. Le week-end du 11 et 12 octobre a vu une escalade significative des tensions, avec des membres de l’unité d’élite CAPSAT défilant aux côtés des manifestants à Antananarivo et occupant des lieux symboliques comme la place du 13 mai. Ce soutien militaire aux protestataires a brouillé les lignes entre contestation civile et possible coup d’État, exacerbant les craintes d’une prise de pouvoir par l’armée.

La réponse des forces de l’ordre s’est durcie, avec l’utilisation de balles réelles et de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. L’ONU a fait état de plus de 22 décès, un chiffre contesté par le gouvernement malgache. Des organisations de la société civile et des médias internationaux font état d’un bilan bien plus lourd, avec des dizaines de morts, tandis que les hôpitaux de la capitale sont submergés par l’afflux de blessés, confrontés à une pénurie croissante de ressources. Le gouvernement justifie ses actions par la nécessité de maintenir l’ordre, mais sa crédibilité est entamée par les divisions au sein de l’appareil sécuritaire et les accusations de répression.

Les acteurs régionaux et internationaux ont exprimé leur inquiétude. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a publié une déclaration le 27 septembre, exprimant sa profonde préoccupation face aux violences et offrant son soutien au gouvernement et au peuple malgaches, tout en appelant au calme et à la retenue. Le président de la Commission de l’UA a également publié une déclaration le 12 octobre, réaffirmant l’adhésion de l’UA aux principes de la Déclaration de Lomé et de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, et appelant toutes les parties à faire preuve de responsabilité et de patriotisme.

La crise actuelle révèle des faiblesses structurelles profondes au sein du système politique malgache, soulignant le lien fragile entre les difficultés socio-économiques, les lacunes en matière de gouvernance et l’érosion des frontières entre les sphères civile et militaire. Si la situation n’est pas maîtrisée, elle risque de dégénérer en une instabilité prolongée, avec des conséquences graves pour l’ensemble de la région de l’océan Indien. Les couvre-feux, les restrictions d’accès à Internet et les perturbations du trafic aérien témoignent d’une détérioration rapide de la situation sécuritaire, qui pourrait compromettre la fragile reprise économique de Madagascar et entraîner des déplacements de population vers les îles voisines et l’Afrique australe.

Lors de la session d’urgence, le Conseil de paix et de sécurité, présidé par Tebelelo Boang, Représentant permanent du Botswana auprès de l’UA, et avec une intervention introductive du président de la Commission de l’UA, Mahmoud Youssouf, devrait examiner les options de diplomatie préventive, notamment l’envoi d’une mission de haut niveau pour dialoguer avec toutes les parties prenantes. Le CPS devrait également entendre une déclaration du représentant de Madagascar ainsi que de la SADC, compte tenu du rôle de Madagascar en tant que président actuel de la SADC. Le Représentant Spécial du Président de la Commission à Madagascar présentera également un rapport au Conseil.

Le résultat attendu de la session est l’adoption d’un communiqué condamnant le recours excessif à la force, appelant à la retenue de tous les acteurs et réaffirmant la politique de tolérance zéro de l’UA à l’égard des changements de gouvernement anticonstitutionnels. Le CPS pourrait également soutenir une médiation conjointe UA-SADC pour faciliter un dialogue inclusif entre le gouvernement, les représentants des protestataires, les partis politiques et la société civile, afin de répondre aux préoccupations immédiates et de définir une feuille de route pour des réformes politiques et socio-économiques durables.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.