Publié le 1er décembre 2025 à 04h00. La poétesse Parveen Habib a offert une performance poignante lors de la Foire internationale du livre de Koweït, explorant les thèmes de la perte, de la mémoire et de la résilience à travers un regard profondément humain et engagé.
- La soirée a été marquée par une exploration des souffrances palestiniennes, notamment à Gaza, à travers des poèmes émouvants.
- Parveen Habib a revisité des récits historiques et mythologiques pour donner une voix aux victimes et aux oubliés.
- Sa poésie explore également les complexités des relations humaines et la condition féminine avec une sensibilité et un humour singuliers.
La soirée de poésie donnée par Parveen Habib à la Foire internationale du livre de Koweït, la semaine dernière, n’était pas une simple rencontre littéraire. Elle s’apparentait plutôt à une fenêtre ouverte sur une âme qui s’illumine à mesure qu’elle s’approche de la flamme, et qui se calme à chaque fois que le langage l’élève à un niveau d’intensité presque insoutenable. Ce soir-là, Bruin, de son nom de plume, était présente dans toute sa fragilité et sa force, avec tout le chant brisé dans sa voix et la capacité de ses poèmes à transformer la perte en sens, et le sens en une impulsion vitale.
Il était déjà évident que Bruin ne produirait pas seulement des poèmes entendus, mais des poèmes vécus. Ces vers qui ne se contentent pas de frôler le cœur, mais s’enfoncent directement dans ses profondeurs, y laissant une marque indélébile.
Chaque poème qu’elle a déclamé ce soir-là était comme un balcon ouvert sur un autre monde, un univers peuplé de mères en deuil, de jeunes filles coupées de la chaleur du monde, d’hommes disparus avant que leurs histoires ne soient achevées, et de femmes qui confient leurs secrets à la nuit, laissant au poème le soin de les révéler, et tout le chagrin de « Gaza » !
Dans son poème consacré à Youssef, l’enfant que sa mère cherchait sous les bombardements, la scène prenait une ampleur dépassant la géographie du poème. C’était comme un long cri qui s’étendait au monde entier, sans jamais trouver d’écho. La mère demandait : « Avez-vous vu mon fils ? », comme si toutes les mères ayant perdu un enfant à Gaza, ou dans un autre pays frappé par la guerre, étaient assises derrière cette voix, répétant la même question. À cet instant, la poésie de Bruin ne se contentait pas de décrire l’enfant, elle exposait la tragédie elle-même. Le lait froid sur la table, les bougies non allumées et le cahier sans étoile de victoire… autant de petits témoignages d’une absence trop grande pour être comprise.
Quant à « Bouaki Hamza », Bruin a restauré une vieille histoire pour raconter une blessure nouvelle. Elle a tiré de l’histoire la phrase du Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix : « Mais Hamza ne pleure pas », et l’a mise dans la bouche d’une jeune Palestinienne s’adressant à son père martyr, afin que les voix et les époques s’entremêlent et que le passé devienne un chemin vers l’avenir, sans miroir. Soudain, nous avons vu la petite fille agir au nom des femmes des Ansar, pleurer au nom de toutes, et ouvrir dans le poème une fenêtre sur toutes les tombes qui ne trouvent pas de voix pour pleurer.
Dans d’autres poèmes, comme « Quatre lettres de Frog », Bruin ouvrait son cahier intérieur, un recueil qui n’est généralement lu qu’au bord de la douleur. Elle y revient aux relations humaines brisées, aux amants qui trébuchent sur leurs routes boueuses et aux femmes qui tombent et se relèvent, comme s’il n’y avait de salut que dans l’écriture. Ces lettres, qui coulent comme une rivière triste, portent en elles la biographie d’une femme qui défie un destin impitoyable, et qui s’obstine à explorer toutes les formes d’amour jusqu’à leurs extrémités douloureuses.
Dans « Beautiful Fat Women », où elle invoque Mahmoud Darwish, Parwin bouscule les standards et s’élève contre le regard dur porté sur le corps des femmes. C’est là l’un de ses poèmes les plus frais et les plus drôles, où le sarcasme se mêle à la joie, et la féminité se transforme en une célébration prolongée qui ne craint ni le poids ni les normes.
Dans « Ishtar » et « The Sumerian Papers », Bruin est apparue sous sa forme légendaire. Une femme émerge des profondeurs de la mythologie pour réécrire son destin de sa propre main et affronte la solitude avec un amour qui ne s’éteint ni ne recule jamais.
J’ai quitté la soirée avec un sentiment étrange : comme si Bruin n’avait pas tant lu des poèmes qu’elle n’avait levé un rideau autour d’elle, nous laissant entrevoir ce qui se cachait derrière. Les poèmes éclairaient, blessaient et guérissaient au même moment, et Parwin, avec un bel équilibre, écrivait sur l’amour comme s’il s’agissait d’une patrie, sur la patrie comme s’il s’agissait d’un amant, et sur la perte comme si c’était le seul chemin que les poètes ont appris à parcourir.
La plus belle chose de cette soirée est peut-être qu’elle nous rappelle que la poésie est encore capable de remuer l’air autour de nous et de remodeler notre âme chaque fois que nous nous trouvons sur le seuil d’un vers.
Cela suffit à faire de cette soirée l’une des nuits inoubliables de l’exposition.
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