Sous les pavés de la Taunusstrasse, au cœur du quartier de la gare de Francfort, se cachait autrefois un lieu de justice implacable : le Galgenfeld, où les exécutions publiques étaient monnaie courante jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. L’histoire sombre de ce haut lieu de la justice médiévale a laissé une empreinte durable sur le nom et l’identité du quartier.
Pendant des siècles, le Galgenfeld a servi de principal lieu d’exécution de Francfort. Situé à la limite de la ville médiévale, il marquait la fin de l’ancienne route commerciale reliant Francfort à Mayence, la « Mainzer Landstrasse ». La potence, une structure en bois posée sur un socle en briques, pouvait accueillir jusqu’à quatre condamnés simultanément. Les corps y restaient souvent suspendus pendant des jours, un avertissement macabre pour les passants.
Les exécutions n’étaient pas cantonnées au Galgenfeld. Jusqu’en 1799, quatre lieux étaient utilisés à Francfort pour les condamnations à mort : le Rabenstein, à l’intersection de la Mainzer Landstrasse et du Zimmerweg, le Roßmarkt, en centre-ville, et le Vieux Pont. Cependant, le Galgenfeld restait le plus fréquenté, en particulier en raison de sa position stratégique près de la porte de la ville, la Galgentor, par laquelle transitaient de nombreux voyageurs.
Au fil du temps, le nom original de Galgenfeld a progressivement disparu, remplacé par le terme plus neutre de « Gallus ». Ce nouveau nom a ensuite donné naissance au Gallustor, au Galluswarte, et finalement à l’ensemble du quartier de Gallus, qui s’est développé au XIXe siècle et conserve encore ce nom aujourd’hui.
L’emplacement exact du Galgenfeld reste sujet à débat parmi les historiens, mais il est généralement admis qu’il se trouvait dans la zone de l’actuel carrefour Taunusstrasse/Moselstrasse. En 1806, la potence a été démantelée dans un contexte festif : sur ordre du maréchal français Augereau, le site a été utilisé pour un feu d’artifice en l’honneur de Napoléon.
Ce sombre chapitre de l’histoire de Francfort rappelle que sous l’effervescence actuelle du quartier de la gare, se trouve un passé marqué par la justice expéditive et les avertissements publics. Le nom de Gallus, bien que transformé, témoigne de cette histoire souvent oubliée.
