Publié le 22 octobre 2025 16h08:00. L’industrie automobile européenne et américaine est confrontée à une crise d’approvisionnement en matières premières essentielles, dont la Chine détient le contrôle quasi-total, menaçant la production et l’avenir de nombreux constructeurs.
- La Chine limite drastiquement ses exportations de terres rares, indispensables à la fabrication des véhicules modernes.
- Les stocks des fabricants occidentaux s’épuisent rapidement, sans solution de remplacement à court terme.
- Les associations industrielles alertent sur le risque de fermetures d’usines et de chaos dans les chaînes d’approvisionnement.
Une pénurie silencieuse mais bien réelle s’installe dans le secteur automobile. Ce ne sont pas les métaux traditionnels comme l’acier qui posent problème, mais des éléments beaucoup plus discrets, mais tout aussi cruciaux : les terres rares. Néodyme, dysprosium, terbium… ces noms ne parlent peut-être pas au grand public, mais ils constituent le “sang” des voitures modernes, indispensables au fonctionnement des moteurs électriques, des capteurs et des systèmes de freinage.
Depuis l’été dernier, l’alerte a été donnée, mais la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle s’est durcie. Pékin, considérant ces ressources comme stratégiques, a décidé de restreindre sévèrement les licences d’exportation, plaçant les constructeurs occidentaux dans une situation délicate. La tension est palpable, illustrée par la récente prise de contrôle, par le gouvernement néerlandais, au nom de la “sécurité économique”, du fabricant de puces chinois Nexperia.
Les entrepôts des fabricants se vident à une vitesse alarmante. Ryan Grimm, vice-président de Toyota pour l’Amérique du Nord, a exprimé son inquiétude de manière sans détour :
« En deux mois, leurs [les actions de la Chine] pourraient arrêter notre production et l’ensemble de l’industrie automobile. »
Ryan Grimm, vice-président de Toyota (Amérique du Nord)
Cette crainte est partagée par l’Association allemande des constructeurs automobiles (VDA), qui met en garde contre un “chaos” imminent dans les chaînes d’approvisionnement et la menace réelle de fermetures d’usines en Europe.
La Chine ne se contente pas de limiter les quantités exportées. Elle renforce également les exigences en matière de licences, demandant aux entreprises de divulguer l’utilisation finale des matières premières. En d’autres termes, même une entreprise européenne utilisant des composants contenant des matériaux d’origine chinoise doit obtenir l’approbation de Pékin, se retrouvant prise au piège d’une bureaucratie complexe.
Si certains fabricants ont tenté de constituer des stocks, cela n’a été qu’une solution temporaire. Roberto Vavassori, président de l’Association italienne des fabricants de composants automobiles (ANFIA), confirme que ces réserves ont déjà été épuisées : “Les stocks d’urgence mobilisables sont pour l’essentiel inexistants”, a-t-il déclaré.
Pékin a délibérément construit son monopole sur plusieurs décennies, exerçant désormais un contrôle presque absolu sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de l’extraction minière à la production d’aimants ultra-puissants. Un pays contrôlant l’intégralité de l’approvisionnement en un élément vital peut, à tout moment, décider de couper le robinet. Diversifier rapidement cette dépendance s’avère impossible.
Face à cette situation, les associations industrielles européennes réclament l’accélération des autorisations pour les projets d’exploitation minière et de raffinage locaux, ainsi qu’une augmentation de la capacité de raffinage et la recherche de partenaires stables, indépendants du contrôle de Pékin. Ces mesures, bien que pertinentes, ne porteront leurs fruits qu’à long terme, alors que l’industrie automobile a besoin de solutions immédiates, dans les prochaines semaines.

