Publié le 21 décembre 2025 à 08h02. La cuisine indienne, autrefois cantonnée aux plats à emporter, connaît un essor remarquable aux États-Unis, avec l’émergence de restaurants haut de gamme et une reconnaissance accrue de la diversité de ses saveurs régionales.
- Le nombre de restaurants indiens étoilés au guide Michelin aux États-Unis est passé à quatre, avec une forte demande de réservation.
- Les chefs attribuent cette évolution à une meilleure information et à une plus grande ouverture d’esprit des consommateurs, notamment grâce aux réseaux sociaux.
- Des établissements renommés de Londres et de New York préparent leur implantation aux États-Unis, témoignant de l’attrait croissant pour cette gastronomie.
Autrefois considérée comme une option rapide et informelle, la cuisine indienne se positionne désormais comme une expérience culinaire raffinée et recherchée. Srijith Gopinathan, chef-propriétaire du restaurant Copra à San Francisco, observe une période d’équilibre sans précédent pour la cuisine indienne aux États-Unis depuis vingt ans :
« Je cuisine des plats indiens sous ses différents avatars depuis 2007 et je ne pense pas avoir vu une période plus équilibrée pour la cuisine indienne au cours des 20 dernières années. »
Srijith Gopinathan, chef-propriétaire du restaurant Copra
Ce changement s’illustre par l’augmentation du nombre de restaurants indiens haut de gamme à travers le pays. Seulement quatre établissements indiens ont actuellement obtenu une étoile au guide Michelin aux États-Unis, répartis de New York à Houston, et l’accès à certains d’entre eux est devenu extrêmement difficile. Sujan Sarkar, chef et propriétaire du restaurant Indienne à Chicago, propose un menu dégustation considéré comme le plus cher d’Amérique, avec les 90 places réservées chaque soir.
Plusieurs facteurs expliquent cette transformation. L’accès accru à l’information, notamment via des plateformes comme Instagram et TikTok, a permis de faire découvrir aux amateurs de gastronomie la richesse et la subtilité des différentes cuisines régionales indiennes, souvent édulcorées par le passé. Mo Alkassar, restaurateur derrière le restaurant Ghee Indian Kitchen à Miami, souligne l’importance de l’éducation des consommateurs :
« Avant, il était très difficile d’éduquer. L’information n’était pas aussi facilement disponible, n’était pas aussi facilement accessible. Si vous aviez une certaine stigmatisation dans votre tête, il fallait beaucoup plus de temps pour changer cela. »
Mo Alkassar, restaurateur du Ghee Indian Kitchen
Grâce aux réseaux sociaux, il constate que les clients sont plus aventureux et plus ouverts à dépasser leurs préjugés.
Cette nouvelle dynamique se traduit par une demande croissante pour une cuisine indienne authentique et non diluée. Roni Mazumdar, fondateur du groupe Unapologetic Foods, qui gère les restaurants Dhamaka et Semma à New York, résume cette tendance :
« Ne me donnez pas une version diluée ; donnez-moi les vraies choses. »
Roni Mazumdar, fondateur d’Unapologetic Foods
Son groupe a joué un rôle majeur dans la valorisation de la cuisine régionale indienne, au point de susciter des scènes de foule devant l’emplacement original d’Adda, l’un de ses concepts, qui a récemment déménagé dans un cadre plus luxueux dans l’East Village.
L’influence de la diaspora indienne, disposant d’un pouvoir d’achat conséquent, est également un facteur clé. Ces consommateurs recherchent des restaurants proposant des plats qui rappellent les saveurs de leur enfance ou les recettes traditionnelles de leurs grands-parents. De plus, la diversité croissante des personnes occupant des postes influents contribue à élargir les horizons culinaires et à valoriser des cuisines auparavant moins reconnues.
L’attrait pour la cuisine indienne haut de gamme dépasse désormais les frontières américaines. Le restaurant londonien deux étoiles Michelin Gymkhana ouvrira son premier établissement aux États-Unis à Las Vegas en décembre, tandis que le luxueux Ambassadors Clubhouse prévoit d’importer sa cuisine punjabi à New York à la fin de l’hiver. Karam Sethi, directeur culinaire et créatif de JKS Restaurants, compare l’engouement actuel aux États-Unis à celui qu’a connu Londres il y a une dizaine d’années, annonçant une véritable explosion de la gastronomie indienne. Il précise que 30 % de la clientèle des établissements londoniens de Gymkhana et Ambassadors Clubhouse est américaine.
Les chefs et restaurateurs sont convaincus que le potentiel de croissance est encore immense. Srijith Gopinathan estime que seulement 20 % de la cuisine régionale indienne a été découverte aux États-Unis. Bien que la formation de chefs capables de maîtriser les nuances de ces plats puisse prendre du temps, le point de bascule est atteint et la cuisine indienne est promise à un avenir radieux.
Roni Mazumdar exprime son optimisme :
« Je n’aurais jamais pensé vivre assez longtemps pour voir ce moment. Je pensais que quel que soit notre travail, cela se produirait probablement après ma vie. Et j’avais ce faible et profond espoir que… mon Dieu, un jour, et si c’était plutôt normal et normal, où quelqu’un peut dire : “Je vais me procurer un biryani”, ou “Je vais me procurer un bol de pâtes”, ou “Je vais aller chercher des sushis”, et rien de tout cela ne semble étranger. Personne dans cette conversation n’a l’impression qu’il faut être ethnique, [while] l’autre doit être courant. »
Roni Mazumdar, fondateur d’Unapologetic Foods
En vedette : Adda, dans l’East Village de New York, propose son bheja masala (un curry de cervelle de chèvre) accompagné de pain pão à la portugaise.
