Face à un recul politique de l’équité et de la justice sociale, les professionnels de la santé publique sont appelés à redoubler d’ingéniosité pour défendre l’accès aux soins et contrer les inégalités. L’adaptation des stratégies de communication et l’utilisation d’un langage précis apparaissent comme des outils essentiels pour résister aux coupes budgétaires et aux restrictions imposées aux programmes de santé publique.
La santé publique, par essence, est intrinsèquement liée à l’équité et à la justice sociale. Forts d’un siècle d’expérience dans des domaines sensibles tels que la santé des immigrés, les soins aux populations défavorisées, la santé sexuelle ou encore la lutte contre les addictions, les acteurs de la santé publique sont habitués à adapter leurs messages et à innover pour atteindre leurs objectifs.
Les efforts actuels visant à minimiser l’importance de l’équité, notamment par la suppression de milliers de subventions de recherche et la réduction d’au moins 11 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d’euros) des financements de la santé publique, nécessitent une réponse stratégique. Il est crucial de garantir la pérennité des initiatives en faveur de la diversité, de l’équité, de l’inclusion et de l’accessibilité (DEIA), afin de protéger les communautés les plus vulnérables – les minorités ethniques, les personnes à faible revenu, les personnes handicapées, les personnes LGBTQ+, les populations rurales et autres groupes marginalisés.
Le débat autour de l’équité en santé, du racisme systémique et de l’oppression est particulièrement polarisé. Dans un contexte de restriction du discours inclusif, il est impératif de trouver des moyens de contourner les nouvelles directives tout en restant fidèles aux valeurs fondamentales de la santé publique. L’utilisation d’un langage clair et direct sur l’équité en santé est un moyen efficace de lutter contre la désinformation.
Les professionnels de la santé publique se heurtent à des questions cruciales : comment rendre compte des services destinés à des populations spécifiques sans pouvoir utiliser de données démographiques ? Comment aborder les concepts de racisme, d’oppression et de discrimination systémiques sans pouvoir les nommer ? L’atténuation de la terminologie essentielle risque de compromettre l’intégrité des valeurs de la santé publique et de faire perdre de vue l’histoire collective de ce domaine.
Face à cette pression, l’institut FrameWorks propose des outils pour gérer les contraintes liées à l’application de directives contraires à ses valeurs. Il est essentiel de réfléchir à la marge de manœuvre dont on dispose et de justifier ses choix. Certains professionnels, en fonction de leur position ou de leur identité, peuvent se sentir plus libres que d’autres de s’exprimer. Ceux qui disposent de cette liberté ont une responsabilité particulière de prendre la parole, que ce soit lors de réunions, dans la communauté, par l’écriture ou par l’art.
Si un changement de langage s’avère nécessaire, il est possible de privilégier des termes tels que « santé pour tous » ou « personne n’est laissée pour compte », tout en mettant l’accent sur l’équité, le respect, la dignité et le partenariat.
Pour ceux qui travaillent au sein d’organisations soumises aux directives de l’administration précédente, les défis sont encore plus importants. Il est encourageant de voir des organisations comme l’American Public Health Association faire preuve de courage moral en dénonçant les politiques non scientifiques et le mauvais leadership en matière de santé. Un leadership authentique, qui a démontré son impact positif sur les soins aux patients et la satisfaction des employés, est plus que jamais nécessaire. L’avenir de la santé publique repose également sur l’engagement et l’initiative des jeunes professionnels.
Travailler pour l’équité en santé peut être éprouvant. Il est donc essentiel de trouver des alliés et un réseau de soutien pour partager des ressources, des idées et un soutien mutuel.
« Dans le défi réside l’opportunité. Utilisons notre énergie et notre expertise collectives pour adapter, lorsque nécessaire, nos stratégies linguistiques et de communication en faveur de l’équité en santé afin que nos messages de santé publique soient entendus par les personnes qui en ont besoin. »
