Publié le 25 novembre 2025 à 01h31. Une nouvelle étude de l’Université de Californie à Davis remet en question la pertinence des tests sur des macaques rhésus pour le développement de médicaments d’immunothérapie contre le cancer ciblant une protéine clé, le TIGIT, en raison de différences biologiques significatives entre les singes et les humains.
- Des chercheurs ont découvert que le TIGIT est éliminé de la surface des cellules immunitaires des macaques rhésus en présence d’une enzyme naturellement présente dans les tumeurs, la plasmine, ce qui ne se produit pas chez l’humain.
- Cette élimination pourrait rendre les anticorps monoclonaux anti-TIGIT moins efficaces chez les macaques, faussant les résultats des tests précliniques de sécurité et de dosage.
- L’étude souligne la nécessité de modèles de recherche plus précis pour le développement de nouvelles immunothérapies.
Le TIGIT (immunorécepteur des cellules T avec domaines Ig et ITIM) est un mécanisme de freinage du système immunitaire. Il agit sur les cellules T et les cellules tueuses naturelles (NK) pour éviter une réaction immunitaire excessive. Malheureusement, les cellules cancéreuses exploitent ce frein pour échapper à la surveillance du système immunitaire. C’est pourquoi les scientifiques travaillent au développement de médicaments d’immunothérapie visant à bloquer le TIGIT et à permettre au système immunitaire de combattre plus efficacement les tumeurs.
Cependant, plusieurs essais cliniques de phase III évaluant des anticorps anti-TIGIT sur des tumeurs solides ont échoué, soulevant des interrogations sur le fonctionnement précis de cette protéine et l’efficacité des traitements ciblant le TIGIT. Les résultats de l’étude de l’UC Davis apportent un nouvel éclairage sur ces échecs.
L’équipe de recherche a découvert que chez les macaques rhésus, la plasmine, une enzyme impliquée dans la coagulation sanguine et présente en quantités accrues dans la plupart des cancers solides, provoque l’élimination du TIGIT de la surface des cellules immunitaires. Cette élimination génère une forme soluble de TIGIT qui peut se lier aux anticorps monoclonaux anti-TIGIT, comme le tiragolumab, un traitement expérimental. Ainsi, au lieu de bloquer le TIGIT sur les cellules immunitaires et de stimuler la réponse anti-tumorale, les anticorps pourraient être neutralisés par le TIGIT soluble.
« Nous savons, grâce à notre étude sur la réponse des macaques, que la dilution du médicament à l’écart des lymphocytes T est un problème. Les tests sur les macaques ne prédiront pas de données appropriées sur la sécurité et l’estimation de la dose pour les essais cliniques sur l’homme »,
Jogender Tushir-Singh, professeur agrégé au Département de microbiologie médicale et d’immunologie de l’UC Davis.
Les chercheurs ont identifié une différence subtile au niveau d’un acide aminé (en position 119) entre la protéine TIGIT humaine et celle du macaque. Cette unique variation permet à la plasmine de cliver facilement le TIGIT chez les singes, mais pas chez l’humain. Ils ont confirmé que la plasmine n’affectait pas le TIGIT des cellules immunitaires humaines.
Cette découverte a des implications importantes pour la recherche sur l’immunothérapie. Les macaques rhésus sont fréquemment utilisés dans les études précliniques pour évaluer la sécurité et l’efficacité des nouveaux médicaments. L’étude suggère que les résultats obtenus chez les macaques pourraient ne pas être transposables à l’homme, et que les tests sur ces animaux pourraient produire des données trompeuses.
Les auteurs de l’étude appellent à développer des modèles de recherche plus pertinents, qui reflètent mieux la biologie humaine, pour le développement de nouvelles immunothérapies. Ils soulignent la complexité du mécanisme d’action du TIGIT et la nécessité d’approfondir les connaissances dans ce domaine.
Les coauteurs de l’étude comprennent Eric Pirillo, Francis Freenor V, Brice EN Wamba, Sanchita Bhatnagar et Tanmoy Mondal du département de microbiologie médicale et d’immunologie de l’UC Davis.
La recherche a été financée par le National Institutes of Health National Cancer Institute (R01CA233752) et l’Ovarian Cancer Alliance of Greater Cincinnati (SP0A243532).

