Home SantéUne carence en tryptophane dans le lait maternel pourrait expliquer les problèmes de santé des enfants nés de mères séropositives

Une carence en tryptophane dans le lait maternel pourrait expliquer les problèmes de santé des enfants nés de mères séropositives

by Sophie Martin

Publié le 28 octobre 2025 16:06:00. Une étude de l’UCLA révèle que le lait maternel des femmes vivant avec le VIH présente une concentration significativement plus faible en tryptophane, un acide aminé essentiel, ce qui pourrait expliquer les problèmes de santé et de développement plus fréquents chez les enfants nés de mères séropositives, même en l’absence d’infection.

  • Le lait maternel des femmes séropositives contient jusqu’à 50 % moins de tryptophane que celui des femmes non infectées.
  • Des marqueurs d’inflammation et d’activation immunitaire sont également présents en quantités plus importantes dans le lait maternel des mères vivant avec le VIH.
  • Les chercheurs envisagent des interventions nutritionnelles, comme la supplémentation en tryptophane, mais soulignent la nécessité de précautions pour éviter des effets indésirables.

Environ 1,3 million d’enfants naissent chaque année dans le monde de mères vivant avec le VIH. Malgré l’efficacité des traitements antirétroviraux pour prévenir la transmission du virus, ces enfants présentent un risque accru de mortalité (50 % plus élevé dans les pays à faible revenu), d’infections, de troubles de la croissance et de difficultés cognitives. Comprendre les raisons de cette vulnérabilité persistante, même en l’absence d’infection, constitue un enjeu majeur de santé publique.

L’étude, publiée dans la revue Communications Nature, apporte un nouvel éclairage sur cette question en identifiant une altération métabolique spécifique dans le lait maternel des femmes séropositives. Les chercheurs ont analysé 1 426 échantillons de lait maternel prélevés sur 18 mois auprès de 326 femmes en Zambie (288 vivant avec le VIH et 38 non infectées). Ils ont utilisé une technologie de métabolomique avancée pour mesurer plus de 800 métabolites différents, à différents moments après l’accouchement. Ces résultats ont été confirmés par une étude complémentaire menée auprès de 47 femmes haïtiennes sous traitement antirétroviral.

L’analyse a révélé que le taux de tryptophane, un acide aminé essentiel pour le développement immunitaire, la croissance et le développement cérébral du nourrisson, était significativement plus faible dans le lait maternel des femmes vivant avec le VIH tout au long de la période d’étude. Le rapport kynurénine/tryptophane, indicateur de l’activation immunitaire, était également plus élevé. Des analyses sanguines ont montré que les femmes séropositives présentaient également des taux de tryptophane plus faibles, suggérant que la diminution observée dans le lait maternel est liée à un épuisement systémique, probablement dû à une absorption intestinale réduite.

L’équipe de recherche a également identifié la présence de niveaux élevés d’un composé antiviral récemment découvert, appelé ddhC, ainsi qu’une augmentation de la cytosine et de la diméthylarginine, des marqueurs associés à une infection virale chronique et à l’inflammation. Ces altérations métaboliques persistaient même chez les femmes sous traitement antirétroviral et présentant une fonction immunitaire améliorée, ce qui suggère que ce phénomène reste pertinent dans le contexte des traitements modernes.

Les chercheurs insistent sur le fait que ces résultats nécessitent des investigations supplémentaires avant de pouvoir envisager des interventions nutritionnelles. Ils prévoient d’étudier l’impact de la supplémentation en tryptophane sur la fonction immunitaire, la croissance et le développement cognitif dans des modèles animaux. Ils soulignent également la nécessité de moduler les voies métaboliques impliquées, car une simple supplémentation en tryptophane pourrait être contre-productive en raison de sa transformation en métabolites neurotoxiques dans un environnement inflammatoire.

Des études futures examineront également si les nourrissons nés de mères vivant avec le VIH présentent des niveaux systémiques réduits de tryptophane et des altérations dans le métabolisme de cet acide aminé. Si des interventions sûres et efficaces sont identifiées, elles pourraient bénéficier aux 1,3 million d’enfants nés chaque année de mères séropositives dans le monde.

« Nous savons depuis des années que les enfants nés de mères vivant avec le VIH sont confrontés à de plus grands problèmes de santé, mais nous ne comprenons pas vraiment pourquoi. Cette étude révèle que la carence en tryptophane et l’altération du métabolisme peuvent servir de dénominateur commun expliquant les différences immunitaires, de croissance et cognitives que nous observons chez ces enfants. »

Grace Aldrovandi, auteur correspondant de l’étude et professeur de pédiatrie et chef de la division des maladies infectieuses à la faculté de médecine David Geffen de l’UCLA

« Ce qui est particulièrement frappant, c’est que cette signature métabolique persiste même lorsque les mères suivent un traitement antirétroviral efficace », a ajouté le Dr Nicole Tobin, professeur de pédiatrie à la faculté de médecine David Geffen de l’UCLA et auteur principal de l’étude. « Cela explique pourquoi ces enfants continuent d’avoir besoin d’un soutien supplémentaire malgré les progrès dans le traitement du VIH. »

Source:

Référence du journal :

Tobin, N.H., et al. (2025). Tryptophane du lait modifié et ses métabolites chez les femmes vivant avec le VIH. Communications Nature. doi.org/10.1038/s41467-025-64566-w

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