Publié le 28 décembre 2025 à 20h03. Après une année 2025 marquée par des tensions accrues avec Israël et les États-Unis, l’Iran aborde 2026 avec une résilience inattendue, une conviction renforcée de sa capacité à surmonter les pressions et une approche potentiellement plus agressive de la scène régionale.
- L’Iran semble avoir traversé une année de confrontations directes sans subir d’effondrement interne, ce qui renforce la confiance de son régime.
- Un changement psychologique est perceptible au sein de la population iranienne, avec une diminution de la peur face au pouvoir en place.
- La République islamique pourrait chercher à reconstruire son influence régionale et à développer ses capacités militaires, augmentant ainsi le risque d’escalade.
L’année 2024 avait commencé sous de bons auspices pour Téhéran, qui étendait son influence régionale, progressait vers le seuil de la capacité nucléaire et affichait une certaine assurance tant sur le plan intérieur qu’international. Cette dynamique s’est inversée vers la fin de 2024 et s’est accélérée en 2025, confrontant l’Iran à des défis majeurs.
L’année écoulée a été jalonnée d’une confrontation directe avec Israël, suivie de tensions avec les États-Unis, d’un affaiblissement de son réseau de mandataires dans la région et d’une pression intérieure croissante. Pourtant, la République islamique a résisté, une survie qui, selon les analystes, pourrait façonner sa stratégie pour 2026.
Le point culminant de cette année tumultueuse a été la guerre de juin avec Israël, une confrontation qui a remis en question les hypothèses de longue date concernant la dissuasion iranienne, sans pour autant provoquer de changement de régime.
Lors d’une discussion récente, Avi Melamed, analyste du Moyen-Orient et ancien responsable du renseignement israélien, Jay Solomon, journaliste d’investigation et auteur de The Iran Wars, et Shahram Kholdi, historien, ont analysé les implications de cette résilience iranienne et les perspectives pour l’année à venir.
La peur s’estompe, mais la survie est réinterprétée
Avi Melamed a souligné un changement psychologique significatif au sein de la société iranienne.
« Le plus important, selon moi, est que nous assistons aujourd’hui à un changement très significatif en Iran, où de nombreux Iraniens n’ont plus peur de ce régime. »
Avi Melamed, analyste du Moyen-Orient et ancien responsable du renseignement israélien
Cette érosion de la peur coïncide avec une contestation sociale généralisée, notamment chez les jeunes et les femmes, malgré la répression persistante.
Shahram Kholdi estime que Téhéran ne considère pas cette situation comme une défaite, mais plutôt comme une preuve de sa capacité à survivre. Il soutient que les dirigeants iraniens intègrent désormais cette expérience dans leur optique stratégique, privilégiant la défiance à la retenue.
« Si quelque chose qui peut vous tuer ne vous détruit pas, cela vous rend plus fort. »
Shahram Kholdi, historien
Il explique que cette mentalité est enracinée dans la guerre de juin avec Israël et justifie, en partie, la poursuite des exécutions et la détermination affichée par la République islamique.
Un renversement stratégique perçu comme un test réussi
Sur le plan externe, 2025 a marqué une rupture avec la trajectoire ascendante de l’Iran, qui avait étendu son influence par le biais de mandataires et de la dissuasion pendant des décennies. Jay Solomon décrit cette année comme un tournant, caractérisé par une « faiblesse » de l’Iran. Il souligne les frappes israéliennes, l’affaiblissement du Hezbollah et du Hamas, ainsi que les difficultés de l’Iran à gérer des crises multiples, telles que l’inflation, les pénuries d’eau et la contestation publique.
Malgré les craintes d’un conflit majeur suite aux événements de juin, la République islamique a finalement réussi à se retirer, renforçant ainsi sa propre perception d’avoir résisté à la tempête.
Pourquoi 2026 pourrait être plus volatile
La principale préoccupation pour 2026 réside dans le risque accru d’erreur de calcul. Le modèle de dissuasion iranien a été fragilisé, mais pas abandonné. Téhéran semble déterminé à reconstruire son influence régionale, à développer ses capacités en matière de missiles et à réaffirmer sa position dans un contexte d’incertitude.
Selon Al-Monitor, l’arsenal iranien de missiles balistiques reste en grande partie intact après la guerre de juin, avec environ 2 000 missiles lourds. Une source de sécurité israélienne aurait indiqué que les renseignements militaires israéliens ont transmis cette évaluation aux États-Unis, exhortant Washington à agir pour contrer cette menace.
Avi Melamed met en garde contre un environnement accru de risque d’erreur de calcul. Shahram Kholdi estime que la conviction que l’Iran « n’a pas perdu » la guerre de juin rend une nouvelle confrontation plus probable. Jay Solomon ajoute que l’évolution de la situation politique aux États-Unis est suivie de près par Téhéran et Tel-Aviv, réduisant ainsi les marges de manœuvre.
Le danger, selon les experts, est que la survie elle-même soit perçue comme une victoire. À l’aube de 2026, la République islamique est peut-être affaiblie, mais elle est convaincue d’avoir surmonté l’épreuve. Cette conviction pourrait façonner l’année à venir plus que n’importe quel résultat sur un champ de bataille.
