Publié le 14 janvier 2026 10h31. Face au froid qui s’installe en Lettonie et à la volatilité des prix de l’énergie, une station innovante à Iecava transforme le fumier de poulet en biométhane, une alternative prometteuse pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et réduire sa dépendance aux énergies fossiles.
- La station de biogaz d’Iecava produira 150 gigawattheures (GWh) d’énergie en 2026, soit suffisamment pour alimenter environ 71 400 foyers lettons par an.
- Le processus de production est circulaire : les déchets issus de la production de biométhane sont transformés en engrais organiques, réduisant ainsi l’impact environnemental.
- Cette solution, unique en Lettonie, présente un fort potentiel d’exportation et s’appuie sur une ressource locale abondante et constante : le fumier de poulet.
Alors que la Lettonie est confrontée à un hiver rigoureux, avec des températures pouvant descendre en dessous de -20°C, la demande en chauffage augmente, entraînant une pression sur les prix du gaz naturel. Cette situation souligne la nécessité de diversifier les sources d’énergie et de rechercher des alternatives plus stables et respectueuses de l’environnement. C’est dans ce contexte qu’une solution originale émerge à Iecava, dans le sud du pays.
La station de biogaz « EGG ENERGY », opérationnelle depuis 2015, utilise le fumier de poulet, un sous-produit de l’élevage, comme matière première pour produire du biométhane, également appelé gaz naturel vert. Ce gaz est ensuite injecté dans le réseau national depuis mars 2024. L’entreprise AS “Balticovo”, un important producteur d’œufs letton, fournit environ 100 000 tonnes de fumier par an à la station, contribuant ainsi à réduire l’impact environnemental de ses activités.
En 2026, la station devrait atteindre une production de 150 GWh (gigawattheures) d’énergie. Pour donner une idée de l’ampleur de cette production, l’Office central des statistiques letton indique qu’un foyer moyen consomme en moyenne 175 kWh par mois. Ainsi, la station d’Iecava pourrait potentiellement alimenter environ 71 400 foyers par an, ce qui équivaut à la consommation totale de deux villes de la taille de Daugavpils, ou à la somme de la consommation de Jelgava, Jurmala et Valmiera.
Au-delà de la production d’énergie, la station « EGG ENERGY » adopte une approche circulaire. Les résidus du processus de production de biométhane, appelés digestat ou fumier de poulet fermenté, sont transformés en engrais organique. Actuellement, il s’agit d’engrais granulaires, mais un nouveau projet est en cours pour permettre également la production d’engrais liquides concentrés. Environ 260 000 tonnes de digestat devraient être transformées en 25 000 tonnes d’engrais granulaires et 9 000 tonnes d’engrais liquides par an. De plus, le processus permet de récupérer plus d’eau qu’il n’en consomme, créant ainsi un cycle de production quasi fermé et sans déchets.
Cette solution présente plusieurs avantages. Contrairement à l’énergie solaire ou éolienne, qui dépendent des conditions météorologiques, la disponibilité du fumier de poulet est assurée tant que des œufs sont produits. Le processus de production est également rapide et prévisible : il faut environ 30 jours entre la collecte du fumier dans l’élevage et l’injection du gaz purifié dans le réseau GASO. Enfin, la production de biogaz est continue, assurant un flux stable d’énergie, ce qui est particulièrement important pour la sécurité énergétique du pays.
Pour une station de ce type, au moins 12 000 tonnes de fumier de poulet par an sont nécessaires, ce qui correspond à un élevage d’au moins 200 000 poulets. Il est également possible de mutualiser les ressources de plusieurs exploitations de taille moyenne, à condition de s’assurer de la compatibilité des différentes sources de matières premières. Selon les estimations, la production d’1 GWh nécessite au moins 1 000 tonnes de fumier de poulet.
La Lettonie, forte d’une importante industrie avicole et d’ambitions croissantes en matière d’énergies renouvelables, se positionne ainsi comme un pionnier dans le domaine du biométhane issu du fumier de poulet. Cette solution n’est pas seulement une avancée technologique, mais aussi une réelle opportunité de renforcer la sécurité énergétique et la durabilité économique du pays.
