Publié le 14 décembre 2025 à 20h02. Les exportations agricoles péruviennes devraient atteindre un nouveau record de 12,5 milliards de dollars en 2025, mais cette croissance masque un déclin significatif pour l’asperge, autrefois fer de lance de ce secteur.
- Les exportations agricoles péruviennes devraient dépasser les 12,5 milliards de dollars en 2025, selon les estimations de l’ADEX (Association des corporations de producteurs agricoles du Pérou).
- Si les myrtilles, le raisin, l’avocat et le cacao affichent des performances exceptionnelles, l’asperge, qui a longtemps dominé les exportations, connaît une baisse alarmante.
- En 2024, la valeur des exportations d’asperges a atteint son plus bas niveau depuis 2009, s’élevant à 407 millions de dollars (97 000 tonnes).
Le secteur agro-exportateur péruvien poursuit sa trajectoire ascendante, avec des prévisions optimistes pour 2025. L’ADEX anticipe un chiffre d’affaires supérieur à 12,5 milliards de dollars, porté par la dynamique de plusieurs produits phares. Cependant, cette croissance globale ne doit pas masquer des disparités notables entre les différentes cultures, notamment le recul marqué de l’asperge.
Alors que les myrtilles, le raisin, l’avocat et, l’année dernière, le cacao ont enregistré des volumes d’exportation records, atteignant jusqu’à 2,2 milliards de dollars, l’asperge, qui a autrefois propulsé le boom de l’agro-exportation péruvienne, se retrouve désormais en cinquième position. En 2024, sa valeur à l’exportation s’est limitée à 407 millions de dollars pour un volume de 97 000 tonnes. Il s’agit du chiffre le plus bas enregistré depuis 2009, année du lancement de l’accord de libre-échange entre le Pérou et les États-Unis.
Malgré une légère augmentation du volume exporté de 10 % entre janvier et octobre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente (atteignant 79 000 tonnes), le montant des recettes reste stable, aux alentours de 305 millions de dollars.
Cette baisse de régime se traduit également par une réduction des surfaces cultivées. Il y a vingt ans, les plantations d’asperges occupaient environ 28 000 hectares, contre seulement 10 000 hectares aujourd’hui.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. Gabriel Amaro, président de l’ADEX, souligne que les caractéristiques de la culture, les conditions climatiques défavorables et les contraintes réglementaires ont contribué à sa stagnation.
« L’asperge a une marge bénéficiaire relativement faible, ce qui exige une production très efficace et une productivité élevée. Tout facteur affectant sa compétitivité a un impact direct sur sa rentabilité. À partir de 2020, sa production a commencé à baisser. En 2021, une loi agraire, adoptée sans concertation avec le secteur, a entraîné une augmentation des coûts. D’autres événements, comme le phénomène climatique El Niño et les mesures prises par l’Union européenne en matière de restrictions phytosanitaires, ont également joué un rôle. »
Gabriel Amaro, président de l’ADEX
Par ailleurs, l’asperge présente des contraintes spécifiques : « Lorsqu’elle atteint un certain âge, entre 12 et 15 ans, elle n’est plus rentable et doit être remplacée, il n’est pas possible de continuer à cultiver sur la même terre », explique M. Amaro.
Pour Rony Corvera, directeur de FreshFruit Perú, le problème ne réside pas tant dans une baisse de la demande internationale – le Pérou étant en concurrence avec le Mexique pour la première place des exportations d’asperges au cours de la dernière décennie – que dans la concurrence interne avec d’autres produits d’exportation plus rentables, tels que le raisin ou les myrtilles.
« D’autres produits ont affiché une rentabilité très élevée et ont suscité une forte demande internationale. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est un retour des grandes entreprises sur le marché de l’asperge. Ce sera un produit qui se redressera, mais pas rapidement. Il s’agit plutôt d’une question d’offre locale : nous ne plantons pas plus que ce que le monde ne nous achète. »
Rony Corvera, directeur de FreshFruit Perú
