Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des gènes hérités de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pourraient expliquer pourquoi certaines personnes vivent plus longtemps et en meilleure santé que d’autres, selon une étude menée en Italie. La longévité ne serait donc pas uniquement une question de mode de vie ou de soins médicaux, mais aussi d’un héritage génétique très ancien.
- Une composante génétique issue des chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale est plus fréquente chez les centenaires italiens.
- Ce patrimoine génétique semble favoriser une meilleure résistance au vieillissement et une inflammation réduite.
- L’étude souligne que la longévité est le résultat d’une interaction complexe entre gènes, mode de vie et environnement.
L’espérance de vie en Allemagne, comme dans de nombreux pays développés, ne cesse d’augmenter. Cependant, cette progression n’est pas uniforme : certains individus conservent une vitalité physique et mentale impressionnante jusqu’à un âge avancé, tandis que d’autres sont confrontés à des maladies chroniques bien plus tôt. Si les facteurs liés au mode de vie, aux soins médicaux et à la prévention jouent un rôle, ils ne suffisent pas à expliquer ces disparités. Des recherches récentes mettent désormais l’accent sur l’importance des prédispositions génétiques.
Au-delà des gènes individuels, ce sont des caractéristiques ancestrales du génome, transmises de génération en génération depuis les débuts de l’histoire européenne, qui semblent influencer la capacité du corps à vieillir en bonne santé. L’étude italienne, dont les données ont été récemment publiées, apporte un éclairage concret à cette hypothèse. Les chercheurs ont comparé le patrimoine génétique de centenaires à celui d’adultes d’âge moyen en bonne santé. Ils ont découvert qu’une composante génétique remontant aux chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale (WHG) était particulièrement présente chez les personnes ayant dépassé les 100 ans.
Cet ADN, datant de plus de 14 000 ans – soit bien avant l’avènement de l’agriculture et de la sédentarisation – pourrait jouer un rôle clé dans la robustesse de l’organisme avec l’âge. L’analyse a montré que cette composante n’était pas le fruit du hasard, mais distinguait clairement les centenaires des groupes de comparaison plus jeunes. D’autres lignées ancestrales, comme celles des premiers agriculteurs d’Anatolie ou des bergers de l’âge du bronze, ne présentaient pas ce lien, voire affichaient une tendance inverse.
Les gènes impliqués dans cette résistance au vieillissement sont apparus à une époque où la vie était marquée par des défis considérables : infections, froid, manque de nourriture. Ils auraient conféré un avantage sélectif en renforçant le système immunitaire et en permettant de réguler rapidement les réactions inflammatoires. Aujourd’hui, cet équilibre est considéré comme essentiel, car de nombreuses maladies liées à l’âge sont associées à des processus inflammatoires chroniques. Un système immunitaire qui réagit de manière plus mesurée avec l’âge protège les organes, les vaisseaux sanguins et le métabolisme.
L’Italie, avec sa structure génétique nord-sud bien définie et documentée, s’est avérée être un terrain d’étude idéal. Le nord du pays est davantage influencé par les migrations de l’âge du bronze, tandis que le sud conserve une proportion plus élevée de lignées pré-néolithiques. L’étude a porté sur 333 centenaires issus de différentes régions italiennes, comparés à 690 adultes en bonne santé, répartis géographiquement de manière précise. L’origine et l’histoire familiale des participants ont été prises en compte, et les chercheurs ont analysé l’ensemble de leur patrimoine génétique, en le comparant au génome de plus de 100 individus préhistoriques. Cette approche a permis d’éliminer les biais régionaux et de confirmer que la proportion d’ADN de chasseurs-cueilleurs était significativement plus élevée chez les personnes très âgées.
Le lien entre ce patrimoine génétique ancestral et la longévité est particulièrement marqué chez les femmes. Plus la proportion de cette empreinte génétique ancienne est importante, plus les chances de devenir centenaire augmentent. Statistiquement, cet effet représente une probabilité environ 38 % plus élevée par écart type, et il est plus de deux fois plus fort chez les femmes. Pour les hommes, le lien est moins évident, ce qui pourrait s’expliquer par le nombre plus faible de centenaires masculins.
Une autre composante génétique, associée aux bergers errants de la steppe pontique-caspienne durant l’âge du bronze, semble avoir un effet plutôt défavorable sur la longévité des femmes. Ces résultats soulignent que la longévité n’est pas déterminée par un seul « gène de la longévité », mais par une histoire génétique complexe.
« La longévité n’est pas un trait uniforme, mais plutôt le résultat d’une longue histoire génétique et démographique. »
Scientifiques (non nommé dans la source)
Une analyse plus approfondie du génome a révélé que les centenaires possédaient davantage de sections de chromosomes provenant de leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs que les individus du groupe témoin. Ces sections correspondaient précisément aux régions génétiques qui avaient déjà été associées à une longue vie dans des études antérieures. Ces différences persistent même en tenant compte de l’origine régionale, ce qui suggère qu’elles sont directement liées aux exigences biologiques nécessaires à un vieillissement réussi.
Ces découvertes ne proposent pas de recette miracle pour vivre plus longtemps, mais elles modifient notre compréhension du vieillissement. Le mode de vie, les soins médicaux et les facteurs sociaux restent essentiels, mais les données montrent que chacun part avec des prédispositions biologiques différentes. Cela explique pourquoi les mêmes recommandations ne fonctionnent pas de la même manière pour tout le monde. Quelques points importants peuvent néanmoins être soulignés : un système immunitaire plus calme à un âge avancé est bénéfique, le stress chronique et l’inflammation augmentent les risques, et les effets génétiques se manifestent à long terme.
En résumé, une partie de la longévité est liée à des caractéristiques génétiques très anciennes, présentes chez de nombreux centenaires et issues de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Ces avantages génétiques ne sont pas uniformément répartis, mais ils ne déterminent pas à eux seuls le destin de chacun. Le mode de vie, les soins médicaux et l’environnement restent des facteurs déterminants pour un vieillissement en bonne santé.
À noter : Un des chercheurs les plus reconnus au monde dans le domaine du vieillissement estime que l’immortalité n’est pas une approche réaliste, mais qu’il est plus pertinent de se concentrer sur des gènes, des médicaments et des stratégies visant à prolonger une vie en bonne santé. En savoir plus sur les recherches de Nir Barzilai.
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