Publié le 2025-10-20 11:00:00. La perte auditive, touchant un habitant de la planète sur cinq, n’est plus un problème exclusivement lié au vieillissement. Elle progresse rapidement chez les jeunes et multiplie par cinq le risque de développer une démence, alertent les scientifiques.
- Plus de 500 millions de personnes dans le monde sont affectées par une perte auditive.
- L’exposition constante à des bruits intenses, notamment via l’utilisation d’écouteurs et la fréquentation de concerts, est un facteur d’aggravation.
- Des recherches prometteuses sur la thérapie par cellules souches pourraient offrir une solution pour régénérer les neurones auditifs perdus.
La perte auditive est une condition de plus en plus répandue, qui va bien au-delà du simple inconfort. Elle impacte la communication quotidienne et, selon les dernières études, augmente considérablement le risque de démence. Cette réalité inquiétante, qui touche désormais une part croissante de la population, notamment les jeunes, suscite une attention grandissante de la communauté scientifique.
Le Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles à l’Université de Sheffield, a partagé ses réflexions sur l’ampleur de ce problème, ses causes, les limites des traitements actuels et les avancées potentielles lors du podcast ZOÉ.
En dialogue avec Jonathan Loup, le Dr Rivolta a souligné que
« La prévalence de cette maladie ne se limite pas aux personnes âgées. »
Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles
Si le vieillissement de la population reste un facteur important, l’exposition répétée à des niveaux sonores élevés, comme l’utilisation fréquente d’écouteurs ou la participation à des concerts, contribue à l’augmentation des cas de perte auditive à un âge plus précoce.
Selon le chercheur, nous vivons dans un environnement de plus en plus bruyant, et de nombreuses personnes, en particulier les jeunes, dépassent les limites de sécurité recommandées en matière d’exposition sonore. Il a précisé que l’intensité sonore, mesurée en décibels, est un indicateur clé des dommages potentiels.
« Probablement environ 60 décibels pourraient poser problème. 70 ou 80 décibels seraient assez forts. »
Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles
Il recommande de maintenir le volume à un niveau confortable.
Une brève exposition à un bruit très fort peut causer des dommages immédiats et irréversibles, tandis qu’une exposition prolongée à des niveaux élevés accélère l’apparition d’une perte auditive. Certains médicaments, comme les antibiotiques aminoglycosides, peuvent également endommager l’audition, bien que leur utilisation soit réservée à des situations cliniques spécifiques.
Au-delà des aspects physiologiques, le Dr Rivolta a insisté sur l’impact de la perte auditive sur la vie sociale et émotionnelle des personnes concernées.
« Vous commencez à demander aux autres de se répéter. Au bout d’un moment, vous vous sentez simplement honteux, renfermé ou exclu, et vous ne voulez pas demander la même chose encore et encore. »
Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles
Les recherches actuelles mettent en évidence un lien étroit entre la perte auditive et le développement de la démence. Les personnes souffrant de problèmes d’audition présentent un risque nettement plus élevé d’en développer une. Des études récentes indiquent que celles qui développent une perte auditive sévère à l’âge mûr ont un risque cinq fois plus élevé de développer une démence plus tard dans la vie, tandis que la perte auditive modérée double ce risque.
Ce lien pourrait s’expliquer par une surcharge cognitive : le cerveau doit fournir un effort considérable pour comprendre les conversations, ce qui entraîne une usure accrue. « C’est une surcharge qui provoque alors une usure plus importante », explique le spécialiste.
Concernant les traitements existants, le Dr Rivolta a souligné leurs limites.
« Il n’existe aujourd’hui aucun remède biologique à la perte auditive : les aides auditives et les implants cochléaires sont des prothèses qui aident, mais ne représentent pas une solution définitive. »
Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles
Les aides auditives agissent comme des amplificateurs intelligents, mais nécessitent une audition résiduelle. Les implants cochléaires, quant à eux, sont posés chirurgicalement et stimulent directement le nerf auditif, remplaçant la fonction des cellules ciliées.
Cependant, leur efficacité dépend de la présence de neurones cochléaires fonctionnels, ce qui laisse sans solution ceux qui ont perdu ces cellules. C’est dans ce contexte que les recherches menées par le Dr Rivolta ouvrent une voie prometteuse : le développement de thérapies à base de cellules souches pour régénérer les neurones cochléaires perdus.
Son équipe de l’Université de Sheffield travaille à transformer des cellules souches en progéniteurs de l’oreille, capables de se différencier en neurones cochléaires. Des tests sur des modèles animaux, comme les rongeurs, ont montré une restauration partielle de la fonction auditive après la transplantation de ces cellules.
« Nous avons montré qu’ils ont survécu, atteint le bon endroit dans la cochlée, établi des liens et restauré une fonction auditive. »
Dr Marcelo Rivolta, professeur de biologie des cellules souches sensorielles
Les progrès vers l’application clinique de cette thérapie sont désormais bien avancés. « Nous préparons le terrain pour démarrer des tests sur des patients humains pour la première fois l’année prochaine », a-t-il annoncé. Si les essais cliniques sont concluants, cette thérapie pourrait être disponible dans 5 à 6 ans, initialement en association avec des implants cochléaires pour les patients présentant une perte neuronale.
En attendant, le Dr Rivolta recommande d’éviter l’exposition aux bruits forts, d’utiliser les écouteurs avec prudence et de consulter un professionnel dès les premiers signes de perte auditive. Il souligne également l’importance d’utiliser des appareils auditifs lorsqu’ils sont prescrits, car leur utilisation peut réduire le risque de démence en diminuant la surcharge cognitive. Il a enfin appelé à normaliser l’utilisation de ces appareils, en soulignant que leur objectif principal est d’améliorer la qualité de vie et de protéger la santé cérébrale, et non de les associer au vieillissement ou à des différences personnelles.
