Publié le 13 décembre 2025 04:37:00. L’acteur indien Dileep a été acquitté des accusations de complot dans une affaire d’agression de 2017, un verdict qui met en lumière de graves lacunes dans l’enquête policière, selon le tribunal d’Ernakulam. Le jugement de plus de 1 700 pages critique notamment la manipulation des preuves et l’intimidation de témoins.
- Le tribunal a rejeté les accusations selon lesquelles Dileep aurait créé un faux groupe WhatsApp pour influencer l’opinion publique.
- Un expert en cybersécurité a rétracté son témoignage initial, affirmant avoir été contraint par la police de faire de fausses déclarations.
- L’enquête a été critiquée pour ne pas avoir examiné un disque dur contenant potentiellement des preuves cruciales.
L’affaire, qui a captivé l’opinion publique en Inde, concernait une actrice de cinéma agressée en 2017. Dileep, acteur populaire du Kerala, était accusé d’avoir commandité l’agression. Bien qu’acquitté de l’accusation de complot, le verdict détaillé révèle des failles majeures dans la manière dont l’enquête a été menée par l’équipe spéciale d’enquête (SIT) dirigée par le DySP Baiju Paulose.
L’accusation avait notamment avancé que Dileep avait orchestré la création d’un groupe WhatsApp intitulé « Dileépine Poottanam » (Dileep doit être piégé) afin de donner l’impression que de puissants acteurs de l’industrie du cinéma complotaient contre lui. Des personnalités influentes, telles que le réalisateur Aashiq Abu, le journaliste Nikesh Kumar et l’ADGP B Sandhya, auraient figuré dans ce groupe. Le tribunal a cependant jugé cette allégation sans fondement, soulignant que le témoin initial ayant présenté une capture d’écran du groupe, Shone George, n’a jamais été interrogé par l’accusation.
Le juge Honey M Varghese a souligné dans son jugement :
« M. Shone George est la personne la plus compétente pour parler de ce message particulier. Le témoin à charge 182 n’a pas été interrogé sur cet aspect. »
Juge Honey M Varghese
Un autre point faible de l’accusation résidait dans le témoignage de Sai Sankar, un expert en cybersécurité. Initialement, la police avait affirmé que Sankar avait avoué avoir vu Dileep supprimer des données incriminantes de ses iPhones. Cependant, devant le tribunal, Sankar a déclaré que sa déclaration initiale était un mensonge prononcé sous la contrainte. Il a affirmé :
« C’était un mensonge que j’ai dit. Je savais que c’était un mensonge au moment où je l’ai dit ; je l’ai dit par peur. »
Sai Sankar, expert en cybersécurité
Le tribunal a pris en compte des preuves de la défense, notamment des enregistrements audio et une requête écrite, suggérant que les enquêteurs DySP Baiju Paulose et SP Sudarsan avaient intimidé Sankar. Des menaces auraient été proférées pour arrêter l’épouse de Sankar et engager de nouvelles poursuites contre lui si celui-ci ne coopérait pas. Le tribunal a noté :
« On voit que PW261 [DySP Baiju Paulose] le contraindre à se rendre. »
Juge Honey M Varghese
L’enquête a également été critiquée pour ne pas avoir soumis à une analyse médico-légale un disque dur saisi chez Sai Sankar, qui aurait pu contenir les données supprimées du téléphone de Dileep. Le disque dur avait été saisi dans des circonstances inhabituelles, à 1h00 du matin, dans les locaux de la station de métro Aluva. L’accusation n’a jamais expliqué pourquoi cet élément de preuve crucial n’avait pas été examiné par des experts.
De plus, le tribunal a relevé une incohérence dans le rapport de saisie, qui indiquait initialement que les données avaient été supprimées au bureau de l’avocat de Dileep, l’avocat principal B Raman Pillai. L’officier chargé de l’enquête a ensuite admis devant le tribunal que cette information était fausse. L’accusation avait également affirmé que les avocats de Dileep s’étaient rendus à Lab Systems India Pvt Ltd à Mumbai pour détruire des preuves. Cependant, le tribunal a conclu que les preuves démontraient le contraire, les avocats ayant envoyé les téléphones à Mumbai pour récupérer des données prouvant un complot contre Dileep, orchestré par le directeur Balachandrakumar.
Le directeur du laboratoire a témoigné que les avocats n’avaient jamais demandé la suppression des données et qu’aucune manipulation n’avait eu lieu. Les rapports médico-légaux ont confirmé que les 12 discussions finalement supprimées étaient de nature personnelle et sans rapport avec l’agression. Le juge a conclu :
« Le témoignage de PW216 montrerait clairement qu’il s’agit d’une fausse affirmation… L’accusation n’a pas réussi à prouver que l’accusé n°8 avait supprimé des données liées à cette affaire et provoqué ainsi la disparition de preuves. »
Juge Honey M Varghese
Ce verdict met en évidence les défis liés à la conduite d’enquêtes complexes et la nécessité d’une collecte de preuves rigoureuse et impartiale. L’affaire pourrait avoir des répercussions sur la confiance du public dans le système judiciaire et la police du Kerala.
