Publié le 31 octobre 2025 à 16h29. Une enquête révèle l’existence d’une alliance criminelle transnationale impliquant l’Armée de Libération Nationale (ELN) vénézuélienne, le régime de Nicolás Maduro, le Hezbollah et des cartels de la drogue brésiliens, transformant la région frontalière en un point chaud du trafic de drogue et de la violence.
- L’ELN est décrit comme une « force supplétive stratégique » et une branche armée du régime vénézuélien.
- Le Hezbollah faciliterait le transport de cocaïne via des sociétés écrans iraniennes et des compagnies aériennes.
- Des hauts responsables militaires vénézuéliens seraient impliqués dans le contrôle et le soutien de cette alliance criminelle.
Une enquête menée par le média colombien Cambio, et basée sur un rapport des services de renseignement, met en lumière une collaboration de plusieurs décennies entre le gouvernement vénézuélien et l’ELN. Ce partenariat a permis à des dirigeants de l’ELN, notamment ceux identifiés sous les pseudonymes de Gabino, Pablo Beltrán et Pablito, de trouver refuge et de se réorganiser dans les États de Zulia, Apure et Amazonas, bénéficiant de la protection de l’armée et de la Garde nationale bolivarienne.
Selon le rapport, l’ELN, sous le commandement d’Eliécer Herlinto Chamorro Acosta (alias Antonio García), Israel Ramírez Pineda (alias Pablo Beltrán) et Gustavo Aníbal Giraldo (alias Pablito), a renforcé sa présence à Catatumbo, agissant comme une force armée au service du régime vénézuélien et du Cartel des Soleils. Des interceptions et des témoignages pointent vers Diosdado Cabello comme le cerveau derrière le Cartel des Soleils, utilisant l’ELN pour développer ses activités illicites, notamment le trafic de drogue et la contrebande d’or.
L’analyste Andrés Villamizar souligne que la Force armée nationale bolivarienne (FANB) est le principal fournisseur d’armes, de logistique et de fournitures pour la guérilla, une information corroborée par des témoignages d’anciens militaires vénézuéliens ayant déserté le pays.
Le réseau mondial : de Caracas au Moyen-Orient
L’enquête ne se limite pas à des acteurs vénézuéliens. Elle accuse également des hauts gradés de l’armée vénézuélienne, dont le major général Jesús Maria Mantilla Oliveros, l’amiral Neil Jesús Villamizar Sánchez et le général de division Alfredo Roman Parra Yarza, d’être au cœur de ce réseau criminel international. Le Hezbollah jouerait un rôle clé en facilitant la logistique et le transport de la cocaïne par le biais de sociétés écrans iraniennes enregistrées comme exportateurs. Des vols de la compagnie aérienne iranienne Mahan Air seraient utilisés pour déplacer les cargaisons de drogue et blanchir l’argent du Venezuela vers l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.
Par ailleurs, une alliance solide existerait avec les principaux cartels brésiliens, le Premier Comando da Capital (PCC) et le Comando Vermelho (CV), qui utilisent les voies fluviales et amazoniennes reliant le Venezuela au Brésil pour distribuer la cocaïne.
« La FANB ne se contente pas de fournir des ressources à l’ELN, elle participe également activement à des opérations conjointes visant à consolider le contrôle territorial à la frontière colombo-vénézuélienne », indique le rapport.
Conflit armé autour de la drogue à la frontière
Le rapport de l’Unité d’Analyse des Conflits Hybrides révèle qu’en janvier 2025, l’ELN a lancé une offensive militaire contre le front 33 des dissidents des FARC, dirigés par les pseudonymes John Mechas et Richard. Ce conflit a été déclenché par le détournement d’une cargaison de cocaïne destinée au général Mantilla Oliveros, qui aurait été vendue au cartel de Sinaloa. Cet incident a conduit à une intervention personnelle de Diosdado Cabello dans l’État de Táchira et au déploiement d’une centaine d’agents de la FANB pour renforcer l’ELN. Ces opérations ont fait au moins 80 morts et des milliers de déplacés, consolidant le contrôle territorial du Cartel des Soleils à Catatumbo.
Le déni de l’ELN et du Venezuela
Le gouvernement Maduro, qui nie l’existence du Cartel des Soleils, et la direction de l’ELN ont rejeté ces accusations. Le commandant de l’ELN, alias Antonio García, a nié les allégations sur son compte X, affirmant :
« Jamais un militant de l’ELN n’a été capturé avec un gramme de cocaïne »
Antonio García, commandant de l’ELN
Il a également proposé la création d’une commission internationale pour vérifier de manière indépendante les allégations.
Le rapport conclut que ce réseau représente une menace majeure pour la sécurité régionale et nécessite une réponse coordonnée de la Colombie et de la communauté internationale pour démanteler cette structure criminelle transnationale.
