Une mobilisation inédite vise le Surrey Hotel de New York : plusieurs agences de talents influentes de Los Angeles et de New York ont reçu une demande de boycott, dans le cadre d’un conflit social portant sur les conditions de réembauche du personnel après une rénovation.
L’appel a été lancé par le Hotel and Gaming Trades Council (HTC), un syndicat représentant près de 40 000 travailleurs de l’hôtellerie et des jeux dans l’État de New York et le New Jersey. Le syndicat accuse la direction du Surrey d’avoir délibérément exclu les anciens employés lors de la réouverture de l’établissement en 2024, après plusieurs années de fermeture et de travaux.
Selon Rich Maroko, président du HTC, environ 100 anciens employés ont perdu leur emploi et n’ont pas été reconsidérés après la reprise du Surrey par Corinthia Hotels. « Nous avons demandé à plusieurs reprises la liste des anciens employés, mais ils ont simplement ignoré nos demandes », a-t-il déclaré. « Ils ont choisi de ne pas les interviewer ni les embaucher, préférant recruter une nouvelle équipe, avec très peu d’exceptions. »
Le syndicat dénonce également des salaires inférieurs d’au moins 10 dollars de l’heure (environ 9,20 €) par rapport aux conventions collectives en vigueur dans les hôtels syndiqués de New York, ainsi qu’une absence d’avantages sociaux et de protections de l’emploi. « Nos conventions collectives garantissent un niveau de vie décent à nos membres », a précisé M. Maroko, soulignant que certains postes peuvent atteindre un salaire de plus de 40 dollars de l’heure (environ 37 €).
L’HTC estime que les actions de Corinthia Hotels contreviennent à la loi new-yorkaise sur les travailleurs de l’hôtellerie déplacés (Displaced Hotel Service Workers Act), adoptée en 2020. Cette loi oblige les nouveaux propriétaires d’hôtels à offrir un emploi aux anciens employés pendant au moins 90 jours après la vente ou le transfert de propriété.
Le syndicat a déposé une plainte auprès du National Labor Relations Board et une action en justice contre le Surrey. L’appel aux agences de talents s’explique par la clientèle prestigieuse de l’hôtel, fréquenté par des célébrités et utilisé pour de nombreux événements médiatiques. Le HTC espère ainsi sensibiliser les clients à la situation des anciens employés.
« Nous savons qu’une part importante de leur clientèle provient de l’industrie du divertissement et des médias, et beaucoup d’entre eux séjournent à l’hôtel sans connaître les propriétaires, la société de gestion ou le litige », a expliqué M. Maroko. « Nous pensons que s’ils étaient informés, ils ne séjourneraient pas dans cet hôtel. »
Le HTC a déjà organisé plusieurs manifestations, notamment devant l’hôtel et lors du Met Gala, et prévoit d’autres actions à venir. Le syndicat a également lancé une campagne d’information en ligne, accessible à l’adresse http://www.shameonthesurrey.com. Corinthia Hotels n’a pas encore répondu aux sollicitations de la presse.
« Si vous entendiez les témoignages de ces travailleurs, qui ont parfois consacré 30 ans de leur vie à cet hôtel, cela vous briserait le cœur », a conclu M. Maroko. « Il est déchirant de voir ces personnes, qui ont passé des décennies à travailler pour l’hôtel et à servir les clients, être traitées avec tant de mépris. »
