Publié le 18 octobre 2025 04:00:00. Alors que le retour de l’homme sur la Lune se profile à l’horizon, une nouvelle course se dessine : celle de l’exploitation des ressources lunaires, qui pourrait donner naissance à une économie spatiale florissante estimée à 170 milliards de dollars (145 milliards d’euros) d’ici 20 ans.
- Les États-Unis, l’Europe, le Japon et le Canada préparent activement une présence lunaire durable, notamment via la mission Artemis II de la NASA.
- L’oxygène, l’hélium-3 et les minéraux présents dans le régolithe lunaire suscitent un intérêt croissant pour des applications énergétiques, industrielles et scientifiques.
- L’Union européenne investit dans des technologies d’extraction minière lunaire et dans le développement d’une économie orbitale terrestre.
L’exploration spatiale entre dans une nouvelle ère, où la Lune n’est plus seulement une destination scientifique, mais aussi une source potentielle de matières premières et d’énergie. Plusieurs pays, emmenés par les États-Unis, l’Europe, le Japon et le Canada, se préparent à exploiter les richesses du satellite terrestre, ouvrant la voie à une « économie lunaire » dont l’essor est estimé à 170 milliards de dollars (145 milliards d’euros) au cours des deux prochaines décennies.
La mission Artemis II de la NASA, prévue pour février 2026, est considérée comme une étape cruciale vers l’établissement d’un camp de base lunaire permanent. Cette initiative, ainsi que d’autres programmes spatiaux, stimulent le développement de chaînes d’approvisionnement dédiées aux missions spatiales autonomes, c’est-à-dire celles qui ne nécessitent pas de retour constant sur Terre. Des réglementations concernant l’exploitation des ressources lunaires sont déjà à l’étude.
Quelles ressources en jeu ?
Les États-Unis ont clairement affiché leur soutien à l’essor de l’activité économique lunaire, impliquant à la fois les gouvernements, les agences spatiales et les entreprises privées. Selon une récente feuille de route de l’US Air Force, les secteurs des communications, du transport et de la logistique pourraient être parmi les premiers à bénéficier de cette nouvelle économie. Ces industries soutiendraient notamment les futures initiatives minières, qui constituent le pilier central de cette économie lunaire émergente.
L’une des ressources les plus prometteuses est l’oxygène stocké dans le régolithe lunaire, la couche de roche meuble recouvrant la surface du satellite. Des recherches antérieures ont démontré que le régolithe contient des minéraux essentiels à la production de végétaux, un élément crucial pour tout établissement lunaire à long terme, selon l’Agence spatiale européenne (ESA).
La Lune est également une source importante d’hélium-3, un isotope rare qui pourrait permettre de développer une énergie nucléaire plus sûre et plus propre, car il n’est pas radioactif. L’Institut Polytechnique de Paris souligne que l’hélium-3 pourrait également avoir des applications terrestres dans des domaines de pointe tels que l’informatique quantique, la résonance magnétique et la cryogénie, l’étude des matériaux à très basse température.
La NASA ambitionne de construire un réacteur à fusion sur la Lune d’ici 2030, tandis que la Chine et la Russie travaillent sur un projet similaire, attendu pour 2035, selon Reuters. L’objectif est d’utiliser les ressources locales pour alimenter l’exploitation minière et d’autres industries, réduisant ainsi la dépendance aux matériaux provenant de la Terre.
Défis et perspectives
Malgré ces perspectives prometteuses, plusieurs défis restent à surmonter. La longue nuit lunaire, qui dure environ 14 jours sur certaines parties de la surface, rend difficile l’utilisation de sources d’énergie renouvelables comme les panneaux solaires. De plus, la poussière lunaire, présente dans l’atmosphère lunaire avec le régolithe, pourrait compliquer l’extraction des ressources et la production d’oxygène liquide, indispensable à la vie sur le satellite, souligne la NASA.
La stratégie européenne
L’ESA étudie l’exploitation des ressources lunaires depuis 2019, avec notamment un contrat passé avec ArianeGroup pour explorer les stratégies d’extraction du régolithe. Des recherches sont en cours pour déterminer comment construire des habitats sur la Lune et Mars en utilisant des ressources locales.
La Commission européenne a annoncé en juin sa vision pour « l’économie spatiale européenne », qui prévoit un soutien à la recherche et au développement d’instruments scientifiques, de robotique et de techniques d’échantillonnage pour l’exploitation minière lunaire. L’UE se concentre également sur l’économie orbitale, c’est-à-dire toutes les activités se déroulant en orbite terrestre, telles que le développement de satellites et le stockage de données dans l’espace.
Bruxelles travaille sur la mission Opérations spatiales et services pour les infrastructures (ISOS4I), qui vise à fournir des services spatiaux à la demande aux entreprises et organisations européennes lors de futures missions. Cela pourrait inclure le ravitaillement et la recharge des vaisseaux spatiaux, la mise hors service et le recyclage des satellites, ainsi que l’extraction de ressources. Selon la Commission, cette mission permettra également le déploiement de grandes plateformes spatiales autonomes, pilotées par la robotique, l’automatisation et l’intelligence artificielle. Ces services soutiendront également les ambitions de l’ESA d’envoyer des missions robotiques vers la Lune, Mars et d’autres corps célestes.
Les opérations spatiales pourraient également étendre leur champ d’action à l’extraction de ressources d’astéroïdes, tels que l’eau, l’hélium-3 et les métaux. La mission ISOS4I est prévue pour 2030, mais ne sera pleinement opérationnelle qu’en 2035.
