Publié le 13 novembre 2025 à 22h30. Des réductions drastiques de l’aide internationale menacent la survie de centaines de milliers de réfugiés à travers le monde, alors que le nombre de personnes déplacées atteint des niveaux records. Un ancien humanitaire témoigne des conséquences directes de ces coupes budgétaires sur les camps de réfugiés en Afrique et appelle à un regain d’engagement.
- Le nombre de personnes déplacées dans le monde dépasse les 122 millions, dont 43 millions de réfugiés.
- Les réductions de l’aide américaine ont entraîné une diminution de 30 % des rations alimentaires dans le camp de Kakuma au Kenya, où les réfugiés « meurent lentement de faim », selon l’ONU.
- Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) et d’autres organisations humanitaires luttent pour maintenir leurs programmes malgré des financements en baisse.
Après cinq années passées au service du Service Jésuite des Réfugiés (JRS) dans les camps de Kakuma (Kenya), d’Adjumani (Ouganda) et de Maban (Soudan du Sud), un ancien humanitaire alerte sur la détérioration rapide de la situation des réfugiés. L’année dernière, son équipe a accueilli des centaines de personnes fuyant la guerre civile au Soudan, un conflit qui a déjà déplacé plus de 14 millions de personnes. Il se souvient de l’arrivée incessante de convois de réfugiés, épuisés par un voyage de plus de 13 kilomètres depuis la frontière, couverts de poussière et souvent trop affaiblis pour même pleurer.
Un souvenir particulièrement poignant reste gravé dans sa mémoire : celle d’une petite fille, assise sur une couverture dans le froid, qui lui a simplement dit : « Merci ». « Je n’oublierai jamais son visage », confie-t-il. Cette expérience, parmi d’autres, l’a amené à s’interroger sur la pérennité des valeurs fondatrices américaines, notamment la conviction que chaque être humain possède une dignité et des droits inaliénables.
Les récentes coupes dans l’aide internationale, selon lui, trahissent cette conviction. Dans le camp de Kakuma, qui accueille plus de 300 000 réfugiés en provenance de pays voisins en proie à des conflits, les rations alimentaires ont été réduites à seulement 30 % des besoins nutritionnels minimaux. Les États-Unis fournissaient auparavant 70 % du financement du Programme Alimentaire Mondial au Kenya. Un responsable de l’ONU a déclaré que des centaines de milliers de réfugiés kenyans étaient en train de « mourir lentement de faim ». La malnutrition augmente également dans les camps de Maban et les programmes d’éducation et de santé à Adjumani ont été sévèrement réduits.
Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), nous assistons actuellement à l’un des niveaux de déplacement de population les plus élevés jamais enregistrés. Une personne sur 67 dans le monde est aujourd’hui déplacée de force. Au 30 avril, plus de 122 millions de personnes étaient concernées, dont 43 millions de réfugiés. Quarante pour cent de ces personnes déplacées sont des enfants de moins de 18 ans.
L’aide américaine aux réfugiés a permis de réduire la mortalité maternelle et infantile, de fournir des médicaments essentiels, de former des enseignants et d’assurer un enseignement primaire et secondaire de base à des millions de familles. Selon une analyse du JRS, le coût de cette assistance pour les États-Unis ne représentait que 0,0012 % des dépenses annuelles du pays. Cependant, les réductions drastiques des programmes d’aide aux migrations et aux réfugiés, ainsi que de l’assistance internationale en cas de catastrophe, compromettent gravement ces efforts. L’annulation par l’administration Trump de près de 5 milliards de dollars d’aide étrangère déjà approuvée par le Congrès met en péril la santé et la stabilité mondiales, ainsi que la crédibilité des États-Unis.
Le JRS, comme d’autres organisations, s’efforce de consolider ses programmes et de maintenir ses services aux plus vulnérables. Cependant, les dons sont essentiels pour combler les lacunes. « Nos défis sont immenses et croissants », souligne l’ancien humanitaire.
Il cite l’exemple de Charite Lobo, un jeune père réfugié originaire de la République démocratique du Congo, qui, fuyant la guerre avec sa fille aveugle, lui a confié : «
Père, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Vous avez peur à cause des incertitudes. Nous, en tant que réfugiés, avons vécu ces incertitudes dès le moment où nous avons commencé à fuir nos pays…. Nous ne connaissons pas l’avenir, mais nous savons que Dieu prendra soin de nous. Même lorsque nous mourons, nous mourons avec Dieu, qui nous aime et prend soin de nous.
».
« Avons-nous une telle foi ? » s’interroge-t-il. « Notre indifférence, alors que nous pouvons agir, trahit tout ce qui nous est le plus cher. Ce n’est pas seulement l’humanité des réfugiés que nous trahissons, mais la nôtre. » Il rappelle les paroles du pape Léon, dans son message pour la 111ème Journée mondiale des migrants et des réfugiés, le 4 octobre : «
Dans un monde obscurci par la guerre et l’injustice… les migrants et les réfugiés sont des messagers d’espoir. Leur courage et leur ténacité témoignent héroïquement d’une foi qui voit au-delà de ce que nos yeux peuvent voir et leur donne la force de défier la mort sur les différentes routes migratoires contemporaines.
Il conclut en évoquant la résilience et le courage des mères qu’il a rencontrées à Kakuma, Maban et Adjumani, qui, malgré la perte de tout, continuent d’espérer pour leurs enfants et de croire en leur valeur infinie. « Des millions des ‘plus petits de nos frères et sœurs’ souffriront désormais à cause de ce que nous ne parvenons pas à faire », déplore-t-il.
